
En reconduisant la suspension des droits de douane sur le bétail et les viandes, l’Exécutif tente de contenir une inflation alimentaire tenace. Une fuite en avant réglementaire et financière qui met à nu les limites d’une stratégie incapable de stabiliser les prix en étal, en dépit de rallonges budgétaires colossales.
Une perfusion fiscale sans effet sur le ticket de caisse
C’est un rituel qui commence à ressembler à une aveuglante confession d’impuissance. Réuni hier, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de décret n° 2.26.584, prolongeant une nouvelle fois la suspension des droits de douane sur les importations d’ovins, de bovins, de caprins et d’abats. Présentée par l’Exécutif comme une mesure d’accompagnement du pouvoir d’achat, cette artillerie fiscale répétitive révèle surtout l’incapacité des autorités à juguler la hausse des prix de la viande sur le marché national.
Car sur le terrain, le constat est sans appel pour les ménages : les prix refusent de fléchir. L’effort fiscal concédé aux importateurs s’évapore dans la chaîne de distribution sans jamais se traduire par une baisse tangible chez le boucher du quartier.
Un marché sous tension : saisonnalité estivale et fièvres électorales
Cette incapacité à réguler le marché intérieur devient critique alors que la demande s’apprête à franchir un pic majeur sous le double effet du calendrier et de la conjoncture politique :
- Un été traditionnellement sous pression : Le retour massif de la diaspora, le pic touristique et la multiplication des célébrations estivales exercent une tension mécanique sur l’approvisionnement en produits carnés.
- La dérive des dépenses de campagne : À l’approche des échéances électorales, le regain d’activité politique et l’organisation des rassemblements militants agissent comme un dopant artificiel de la consommation locale, accentuant le fossé entre une production nationale exsangue et une demande sous perfusion.
Le revers de médaille du discours officiel sur l’Aïd Al-Adha
Cette prolongation contredit ouvertement le récit triomphaliste distillé lors du dernier Aïd Al-Adha. Alors que la communication officielle vantait une offre abondante et une maîtrise parfaite des flux d’approvisionnement, la réalité économique impose aujourd’hui une tout autre lecture.
- Une offre nationale sous dépendance : Si la production locale était en mesure de répondre à la demande globale — amplifiée par la saison estivale et la pré-campagne —, le recours systématique aux dérogations tarifaires ne serait plus une priorité absolue.
- Une crise de confiance : L’exonération massive des droits d’importation, cumulée aux rallonges budgétaires, n’a fonctionné que comme un palliatif temporaire, laissant intactes les failles structurelles de la chaîne de valeur.
L’illusion des 13 milliards : un gouffre budgétaire sans dividende social
Ce constat d’impuissance s’avère d’autant plus lourd que l’effort financier consenti par l’État atteint des niveaux inédits. Pour financer les charges liées à la préservation du pouvoir d’achat et amortir le choc inflationniste, le Gouvernement a dû procéder à l’ouverture de crédits supplémentaires massifs à hauteur de 13 milliards de dirhams.
Pourtant, cette injection massive de deniers publics se heurte au mythe de l’auto-régulation du marché :
- Un déséquilibre persistant : Malgré cette rallonge budgétaire record, l’Exécutif n’a pas réussi à rétablir l’équilibre entre l’offre réelle et le pouvoir d’achat effectif des citoyens.
- Une rentabilité sociale nulle : Les milliards engagés ont servi de bouclier comptable pour maintenir les flux d’importation, mais n’ont généré aucune baisse tarifaire pérenne sur les étals.
La fuite en avant face au choc structurel
Plutôt que d’amorcer une véritable refonte de la filière élevage — lourdement impactée par la sécheresse systémique et l’envolée des coûts des aliments du bétail —, l’Exécutif s’enferme dans une stratégie d’importation subventionnée. Un choix coûteux qui protège provisoirement les marges des opérateurs, mais laisse le consommateur seul face à une inflation désormais ancrée dans le quotidien.
Avec un budget alimentaire qui engloutit la moitié des revenus des classes populaires, la persistance de prix élevés de la viande rouge fragilise directement le niveau de vie et creuse les inégalités sociales de consommation…



