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Chômage: les vérités crues de Jouahri au Souverain

Malgré un bond des créations d’emplois à 193 000 postes en 2025, le taux de chômage stagne à un niveau critique de 13 %. Dans son allocution de présentation du rapport annuel au Roi Mohammed VI, le Wali de la Banque Centrale pointe les faiblesses d’un modèle qui peine à insérer ses jeunes et appelle d’urgence l’investissement privé à prendre le relais.

L’économie marocaine a beau retrouver des couleurs, son moteur social reste en surchauffe. Lors de la présentation officielle du rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib devant le Souverain, le Wali Abdellatif Jouahri a posé un diagnostic sans concession sur ce qu’il qualifie de « maillon faible de l’économie nationale » : le marché de l’emploi.

Le constat est d’autant plus frappant que l’exercice 2025 affichait une nette reprise sur le plan comptable. Avec 193 000 créations nettes d’emplois — contre 82 000 en 2024 et une perte sèche de 157 000 postes en 2023 —, la croissance a rediffusé de l’oxygène. Insuffisant, toutefois, pour enclencher le moindre fléchissement du chômage.

Un paradoxe démographique et qualitatif

Le marché du travail marocain est percuté par un déséquilibre structurel : la démographie avance plus vite que la capacité d’absorption du tissu productif.

Sur les 407 000 personnes ayant atteint l’âge de travailler en 2025, seules 177 000 ont franchi les portes du marché du travail, bridées par un taux de participation historiquement bas. Résultat : le chômage se maintient à 13 %, poursuivant une dégradation continue chez les femmes et les 15–24 ans depuis la crise sanitaire.

La précarité comme norme

Au-delà des volumes, la Banque Centrale alerte sur la détérioration qualitative du travail :

  • Un tissu précaire : Plus d’un cinquième de la main-d’œuvre est désormais composé de saisonniers et d’occasionnels.
  • Le déficit de couverture : Malgré le chantier national de généralisation de la protection sociale, plus des deux tiers des actifs déclarent ne bénéficier d’aucune couverture médicale via leur emploi.
  • Le drame des « NEET » : Près de 3 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans vivent en marge du système éducatif, de la formation et du marché du travail.
  • Moins de 4 sur 10 : C’est la proportion dérisoire de personnes en âge de travailler qui occupent effectivement un emploi.

Les failles de l’action publique : l’appel à la rupture

Le diagnostic du Wali sonne comme un désaveu pour les dispositifs publics récents : « Les politiques actives mises en place au cours des dernières années n’ont pas permis d’insuffler une dynamique tangible », a-t-il asséné, constatant un affaiblissement marqué du contenu en emploi de la croissance nationale.

« Moins de quatre personnes en âge de travailler sur dix sont effectivement employées. L’emploi a été le maillon faible de l’économie nationale. »

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib

La feuille de route de BAM : Deux urgences nationales

Pour sortir de l’impasse, Bank Al-Maghrib esquisse une trajectoire en deux temps, appelant à rompre avec les hésitations du passé :

En amont : Mettre fin au pilotage à vue de l’école

L’appareil éducatif et le système de formation professionnelle doivent impérativement être mis à niveau. Le Wali déplore un secteur qui a trop longtemps pâti des « remises en question successives des choix opérés et de la lenteur dans la mise en œuvre des réformes ».

En aval : Le relais impératif du secteur privé

L’investissement public dans les infrastructures, véritable carburant de la croissance ces dernières années, approche de ses limites et va décélérer. Pour irriguer durablement l’emploi, l’initiative privée doit impérativement prendre le relais. La balle est désormais dans le camp du gouvernement et des décideurs économiques pour garantir les conditions d’un véritable choc de compétitivité.

Extrait de l’allocution

Sur le marché du travail, le raffermissement de la croissance a permis une nette amélioration des créations d’emplois qui se sont élevées à 193 mille, après 82 mille en 2024 et une perte de 157 mille en 2023. Ce niveau a toutefois été insuffisant pour enclencher un fléchissement palpable du chômage et ce, malgré le faible taux de participation au marché du travail.

En effet, sur les 407 mille personnes supplémentaires ayant atteint l’âge de travailler en 2025, seules 177 mille ont intégré ce marché. En conséquence, le taux de chômage s’est établi à 13% globalement, tout en poursuivant sa tendance haussière observée depuis la pandémie parmi les femmes et les jeunes de 15 à 24 ans. Qui plus est, sur le plan qualitatif, l’évolution est restée mitigée, avec une progression du salariat contractuel, mais également de l’emploi occasionnel et saisonnier.

Ces dernières années,  l’emploi, principal vecteur d’intégration sociale et d’accès aux services de base, a été le maillon faible de l’économie nationale. Les politiques actives mises en place au cours des dernières années n’ont pas permis d’insuffler une dynamique tangible sur le marché du travail et le contenu en emploi de la croissance s’est sensiblement affaibli.

Le chômage, le sous-emploi et, plus encore, l’inactivité touchent de larges franges de la population. En 2025, moins de quatre personnes en âge de travailler sur dix étaient effectivement employées.

De surcroît, un cinquième de cette main-d’œuvre était composé de saisonniers et d’occasionnels et, malgré les efforts déployés pour la généralisation de la couverture médicale, plus des deux tiers déclaraient ne pas en bénéficier dans le cadre de leur travail. Pour les jeunes en particulier, près de 3 millions d’entre eux âgés de 15 à 29 ans se trouvaient en marge du système d’éducation et de formation, ainsi que du marché du travail.

Face à ce constat, la solution réside dans une meilleure préparation en amont de la main-d’œuvre qui passe inévitablement par la mise à niveau du système d’éducation et de formation. Ce dernier a longtemps pâti des remises en question successives des choix opérés et de la lenteur dans la mise en œuvre des réformes, situation qu’il faudrait impérativement dépasser.

En aval, la création d’emplois requiert une accélération du rythme de l’activité économique.

Or, l’investissement dans les infrastructures, principal moteur de la croissance ces dernières années, est vraisemblablement appelé à ralentir, alors que l’émergence nécessite, au regard des expériences internationales, plusieurs années de hausse soutenue et régulière. Le défi consiste dès lors à améliorer ses effets d’entrainement, tout en poursuivant les réformes structurelles pour en optimiser le rendement.

Par ailleurs, la cadence de l’investissement tiré jusqu’à présent par l’effort public, ne saurait être soutenable que si celui-ci est davantage porté par l’initiative privée. Il est donc essentiel pour les autorités de continuer d’œuvrer à assurer des conditions propices au développement et au renforcement du tissu productif national.

LES CHIFFRES CLÉS DU MARCHÉ DU TRAVAIL EN 2025

IndicateurDonnée 2025Observation / Évolution
Créations nettes d’emplois193 000En nette hausse (82 000 en 2024 / -157 000 en 2023)
Nouveaux entrants en âge de travailler407 000Seuls 177 000 ont intégré le marché de l’emploi
Taux de chômage national13,0 %Stagnation à un niveau élevé
Taux d’emploi< 40 %Moins de 4 personnes sur 10 en âge de travailler occupent un emploi
Jeunes NEET (15–29 ans)~3 millionsHors système éducatif, de formation et du marché du travail
Couverture médicale professionnelle< 33 %Plus de deux tiers des actifs déclarés sans couverture liée au travail

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