
Des laits infantiles en vente peuvent encore contenir la toxine céréulide, même si c’est en dessous des seuils définis par les autorités européennes, révèle lundi la RTS.
En mars 2026, 10% des laits en poudre pour bébés testés dans le canton de Genève s’avéraient positifs à la céréulide, une toxine pouvant mettre en danger la santé des bébés à travers des diarrhées et des vomissements.
Ces résultats interviennent dans le cadre de contrôles effectués par les services du chimiste cantonal, suite à l’éclatement du scandale des laits contaminés et aux rappels massifs de produits intervenus en début d’année. Au total, six boîtes contenaient la toxine. Pourtant, il a été décidé de les laisser en rayon, selon des informations de la RTS.
Demande de vérifications
Les raisons? La teneur en céréulide dans ces produits est en dessous du seuil maximal défini par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) le 2 février dernier. Maintenir ces produits en magasin est du ressort de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV).
Les autorités demandent néanmoins aux entreprises concernées de mener des vérifications et, si nécessaire, d’améliorer leurs processus de production.
Entretemps, des parents peuvent toutefois acheter des boîtes contaminées sans en être informés.
Que vaut vraiment ce seuil?
A priori, un produit répondant aux normes est un produit inoffensif. Mais dans le cas de la céréulide, plusieurs questions se posent. La teneur maximale de la toxine a en effet été fixée en urgence par l’EFSA, en pleine crise, alors qu’aucune valeur limite n’existait jusque-là.
Officiellement, l’OSAV explique par mail qu’en dessous de cette valeur, « aucun effet sur la santé des nourrissons et des bébés en bonne santé n’est attendu ».
Néanmoins, dans un document que la RTS a pu se procurer, l’autorité donne un autre son de cloche alors qu’elle échange avec Danone: « L’OSAV ne partage pas l’interprétation de Danone sur la dose de référence. Celle-ci est le résultat d’une évaluation rapide des risques par l’autorité européenne et a valeur de recommandation. (…) L’interprétation de cette dose de référence par d’autres pays ou par l’Union européenne ne joue aucun rôle en Suisse. »
Certains scientifiques se demandent également quels sont les effets de petites doses régulières de céréulide sur l’organisme. Pour l’heure, aucune réponse claire ne fait consensus.
De gros tâtonnements sur la méthode de test
Quand le scandale a éclaté, fabricants et autorités européens se sont lancés dans des batteries de tests sur les laits. Or, selon des informations de la RTS, jusqu’à récemment, ils n’utilisaient pas la bonne méthode. Ils analysaient la poudre, alors qu’ils devraient se pencher sur le mélange avec l’eau tel qu’il est consommé par les bébés. En effet, l’huile contenant la toxine se présente sous forme de capsule. Elle possède une couche de protection qui n’est détruite que lorsqu’on mélange la poudre à l’eau.
Conséquence: la teneur en céréulide est totalement sous-estimée dans les analyses. Les deux procédés – test sur la poudre ou test sur le biberon reconstitué – donnent des résultats complètement différents.
En fonction des échantillons, 35 à 135 fois plus de céréulide sont détectées dans le lait tel que consommé par les bébés par rapport à une analyse de poudre, selon Sciensano, le laboratoire belge qui fait référence en la matière en Europe.
Des « limites techniques »
Ce n’est que le 30 janvier que la sonnette d’alarme est tirée. La directrice générale adjointe chargée de la durabilité alimentaire de la Commission européenne envoie un mail aux Etats-membres, ainsi qu’à la Suisse.
Ce courriel – que la RTS a pu obtenir – alerte ces acteurs sur la méthode et demande un changement. « Il est important de noter que, pour une extraction complète de la céréulide, la poudre de lait infantile ou de lait de suite doit être reconstituée avant l’analyse ».
Plus loin, il est écrit: « Je vous serais reconnaissante de bien vouloir veiller à ce que les laboratoires adoptent les méthodes d’analyse recommandées afin de garantir l’exactitude des résultats de détection de la céréulide dans différentes matrices de produits ». La Suisse, elle, n’a pas besoin de modifier sa façon de faire car elle ne commence les tests que le 6 février.
La firme Nestlé reconnaît elle-même que les méthodes d’analyse actuellement disponibles présentent certaines limites techniques. La multinationale indique ainsi à la RTS viser une présence nulle de céréulide dans ses produits. Le fabricant Hochdorf affirme suivre la même approche. Sollicité à plusieurs reprises, Danone s’est en revanche montré plus évasif.I

Rtsinfo



