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OIF : les arbitrages du Maroc entre Kigali, Nouakchott et Kinshasa

La course à la succession au Secrétariat général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) entre dans une phase décisive. Depuis la clôture officielle des dépôts le 15 mai, quatre candidats restent en lice pour le poste. Ces derniers disposent désormais d’un compte à rebours de cinq mois pour convaincre et exposer leurs projets. Le verdict tombera les 15 et 16 novembre prochains à Phnom Penh (Cambodge), à l’occasion du XXe Sommet de l’organisation.

La succession ne sera pas une simple affaire de bulletins de vote. Elle prend désormais les traits d’une féroce bataille d’influence où la recherche du consensus prime sur la logique électorale. Entre l’offensive diplomatique de Nouakchott, les ambitions de Kinshasa et le vœu de continuité de Kigali, les grandes manœuvres africaines et européennes s’intensifient. Au centre de ce grand échiquier ? Le Maroc, érigé en arbitre incontournable des futurs équilibres francophones.

Dans ce jeu de billard à plusieurs bandes, le Maroc ne cherche pas à imposer son propre candidat, mais s’impose comme le « faiseur de consensus » ultime.. Rabat n’adopte pas une posture de soutien automatique, mais une approche fondée sur l’équilibre entre les différents blocs francophones. Ses choix sont guidés par la recherche d’un consensus africain large,

L’axe Kigali-Rabat : la carte du soutien croisé

Le Rwanda de Paul Kagame l’a bien compris. En activant sa campagne pour la reconduction de l’actuelle Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, Kigali a immédiatement sollicité le soutien direct du Maroc via un canal diplomatique formel transmis à Nasser Bourita.

À 64 ans, l’actuelle Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat. Celle qui fut la chef de la diplomatie de Paul Kagame pendant près d’une décennie aborde ce scrutin avec l’étiquette de favorite, bien que sa candidature soit lourdement hypothéquée par les tensions persistantes entre le Rwanda et la RDC. Si elle affirme avoir un temps hésité à se réengager, la Rwandaise a finalement franchi le pas, portée par les vifs encouragements de plusieurs chefs d’État reçus en novembre dernier lors de la Conférence ministérielle de Kigali.

La Mauritanie cherche le compromis

Pendant que les regards se tournent vers les mastodontes de l’organisation, Nouakchott accélère sa percée. La Mauritanie a intensifié ses offensives diplomatiques dans les capitales européennes, particulièrement à Bruxelles, à travers des échanges avec la Belgique. pour vendre sa propre vision de l’institution. En se tournant vers les centres décisionnels européens, la Mauritanie veut incarner la voie du juste milieu — une candidature de compromis capable de réconcilier les différentes sensibilités géopolitiques de l’espace francophone.

Face à la candidate rwandaise, la Mauritanie a officiellement abattu sa carte le 17 avril en propulsant la candidature de la Dre Coumba Bâ. À 56 ans, cette proche conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani affiche un CV impressionnant : ancienne ministre des Affaires africaines, de la Fonction publique et de la Jeunesse, elle a également officié comme envoyée spéciale auprès de l’OIF. Sa feuille de route ? Faire de la Mauritanie un carrefour géopolitique et culturel incontournable — au carrefour des mondes africain, arabe et sahélien — afin d’installer Nouakchott dans un rôle de médiateur et de pont stratégique au sein de la Francophonie.

RDC : le poids symbolique africain

Face aux autres prétendantes, la République démocratique du Congo mise sur le poids des symboles. Portée par le président Félix Tshisekedi depuis le 19 mars, Juliana Amato Lumumba (71 ans) incarne la voix du deuxième pays francophone au monde et de ses 57 millions de locuteurs. Fille du héros de l’indépendance Patrice Lumumba, cette diplômée de l’EHESS de Paris et ancienne journaliste a déjà géré plusieurs portefeuilles ministériels entre 1997 et 2001.

Sa feuille de route ? Rompre avec la diplomatie des salons pour imposer une « Francophonie des peuples », souveraine et tournée vers l’action. Sa vision met l’accent sur la solidarité, l’intégration économique et l’utilisation de la langue française comme un tremplin pour valoriser les cultures et les langues africaines sur la scène mondiale.

4é candidature, 4é logique d’influence

Seul candidat non africain en lice, Dacian Cioloș (56 ans) entend bousculer les pronostics. L’ancien Premier ministre roumain — qui a dirigé un gouvernement technocratique de 2015 à 2017 après avoir été commissaire européen à l’Agriculture — prône une modernisation profonde de l’institution, a rapporté lautjournal.

Pour ce parfait bilingue (français-anglais), l’OIF joue sa survie et sa pertinence dans un monde en pleine mutation. Conscient que l’avenir de la langue française se dessine largement au Sud, il a récemment mené une tournée diplomatique stratégique sur le continent africain. Son objectif ? Convaincre les chefs d’État de son engagement à transformer la Francophonie en un levier pragmatique, axé sur l’économie, la sécurité et l’emploi des jeunes.

Enfin , l’élection à l’OIF se jouera dans les coulisses, là où se négocient les arbitrages de Paris et d’Ottawa, et où des pays comme la Belgique jouent les facilitateurs. Le continent africain, bien que majoritaire, avance en ordre dispersé.

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