
L’encours de la dette extérieure publique du Maroc a atteint 563 milliards de dirhams à fin juin 2026, contre 381,4 milliards en 2021. En cinq ans et demi, l’augmentation s’élève à 181,6 milliards de DH. Le Trésor et les établissements et entreprises publics concentrent l’essentiel de cet endettement.
La dette extérieure publique poursuit sa progression. À fin juin 2026, son encours s’est établi à 563 milliards de dirhams, contre 381,4 milliards en 2021, soit une hausse de 181,6 milliards de DH, équivalente à 47,6 % en cinq ans et demi. Le seuil des 500 milliards a été franchi en 2025, année au cours de laquelle l’encours a atteint 517,4 milliards de DH.
Au titre de l’année 2025, la structure par devises de la dette extérieure publique montre une prépondérance de la dette libellée en euro, qui représente une part de 61,4%, suivie de celle libellée en dollar US et devises liées (30,3%), alors que la part du Dinar koweïtien a atteint 2,7%
La trajectoire est marquée par une augmentation continue sur les trois points de référence disponibles : 381,4 milliards de DH en 2021, 468,2 milliards en 2024 et 517,4 milliards en 2025. Entre 2021 et 2024, la dette extérieure publique a progressé de 86,8 milliards de DH, soit 22,8 %.
En 2025, elle s’est accrue de 49,2 milliards supplémentaires, représentant une hausse annuelle de 10,5 %. Exprimé en dollar US, l’encours de la dette extérieure publique à fin 2025, s’est établi à 56,7 milliards de dollars US, contre 46,3 milliards de dollars US à fin 2024, soit une hausse de 10,4 milliards de dollars US.
Au premier semestre 2026, elle a encore augmenté de 45,6 milliards de DH par rapport à fin 2025, soit 8,8 % en six mois.
Le Trésor, principal moteur de l’endettement extérieur
Le Trésor demeure le premier emprunteur public à l’extérieur. Son encours est passé de 269,8 milliards de DH en 2024 à 299,8 milliards en 2025, avant d’atteindre 328 milliards à fin juin 2026. Sur le seul premier semestre 2026, sa dette extérieure a ainsi augmenté de 28,2 milliards de DH.
Évolution de la dette extérieure publique
| Emprunteur public | 2024 | 2025 | S1-2026 | Évolution 2024–S1 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Trésor | 269,8 | 299,8 | 328,0 | +58,2 |
| EEPs | 189,4 | 206,7 | 224,2 | +34,8 |
| Institutions financières publiques | 5,1 | 6,8 | 6,4 | +1,3 |
| Collectivités territoriales (CTs) | 2,8 | 3,0 | 3,3 | +0,5 |
| IUP | 1,1 | 1,1 | 1,1 | 0 |
| Total (MMDH) | 468,2 | 517,4 | 563,0 | +94,8 |
Montants en milliards de dirhams. Calculs effectués à partir des données fournies.
Les établissements et entreprises publics (EEP) constituent le deuxième pôle d’endettement. Leur dette extérieure est passée de 189,4 milliards de DH en 2024 à 206,7 milliards en 2025, puis à 224,2 milliards au premier semestre 2026. Sur cette dernière période, leur encours a progressé de 17,5 milliards de DH.
À fin juin 2026, le Trésor représente environ 58,3 % de la dette extérieure publique, contre près de 39,8 % pour les EEP. À eux seuls, ces deux groupes concentrent ainsi près de 98,1 % de l’encours total.
Les autres catégories affichent des montants nettement plus faibles. La dette des institutions financières publiques s’établit à 6,4 milliards de DH à fin juin 2026, contre 6,8 milliards en 2025. Celle des collectivités territoriales atteint 3,3 milliards, contre 3 milliards un an auparavant. L’encours de la catégorie désignée « IUP » reste stable à 1,1 milliard de DH.
Les mobilisations extérieures ont plus que doublé entre 2021 et 2025
Les mobilisations extérieures du secteur public ont bondi de 123,6 % entre 2021 et 2025, passant de 41,6 à 93 milliards de DH. Cette progression de 51,4 milliards témoigne d’un recours nettement accru aux financements extérieurs.
2025, les mobilisations extérieures du secteur public ont atteint 93 milliards de DH, en hausse de 14,5 % sur un an. Derrière ce total, deux grands emprunteurs se distinguent : le Trésor, avec 48,4 milliards de DH, et les autres emprunteurs publics, avec 44,6 milliards.
Le fait marquant est la concentration des tirages des entreprises et organismes publics : cinq entités ont mobilisé 40,3 milliards de DH, soit environ 90,4 % des tirages des autres emprunteurs publics. L’OCP arrive largement en tête avec 25,3 milliards de DH.
Les tirages sur emprunts extérieurs du secteur public ont progressé de 14,5 % en 2025, à 93 milliards de dirhams. Le Trésor en a mobilisé 48,4 milliards, tandis que cinq établissements et entreprises publics ont concentré près de 90 % des financements extérieurs obtenus par les autres emprunteurs publics. L’OCP domine largement ce classement.
Le Trésor demeure le premier emprunteur en volume. Ses tirages ont atteint 48,4 milliards de DH en 2025, contre 40,4 milliards un an auparavant, enregistrant une hausse de 8 milliards de DH, soit près de 19,8 %.
Les autres emprunteurs publics ont, pour leur part, mobilisé 44,6 milliards de DH, en progression de 3,8 milliards par rapport à 2024. Leur contribution représente près de 48 % de l’ensemble des tirages extérieurs du secteur public.
L’OCP concentre plus de la moitié des tirages des autres emprunteurs publics
La répartition des financements extérieurs des autres emprunteurs publics fait apparaître une forte concentration. Cinq établissements et entreprises publics ont mobilisé à eux seuls 40,3 milliards de DH, soit environ 90,4 % de leur enveloppe totale.
L’OCP arrive largement en tête, avec 25,3 milliards de DH, devant l’ONCF, qui a mobilisé 6,8 milliards, et l’ONEE, avec 5 milliards. Le Fonds d’équipement communal (FEC) a obtenu 1,9 milliard de DH, tandis qu’Autoroutes du Maroc (ADM) a mobilisé 1,3 milliard.
À lui seul, l’OCP représente ainsi 56,7 % des tirages des autres emprunteurs publics et 27,2 % de l’ensemble des mobilisations extérieures du secteur public. Son volume d’emprunts dépasse celui de l’ONCF, de l’ONEE, du FEC et d’ADM réunis, qui totalisent 15 milliards de DH.
| Emprunteur public | Tirages (MMDH) | Part des autres emprunteurs publics |
|---|---|---|
| OCP | 25,3 | 56,7 % |
| ONCF | 6,8 | 15,2 % |
| ONEE | 5,0 | 11,2 % |
| FEC | 1,9 | 4,3 % |
| ADM | 1,3 | 2,9 % |
| Total des cinq entités | 40,3 | 90,4 % |
| Autres emprunteurs publics | 4,3 | 9,6 % |
| Total autres emprunteurs publics | 44,6 | 100 % |
Cette concentration souligne le poids des grands opérateurs publics dans la mobilisation des financements internationaux. Elle invite également à examiner la destination des ressources empruntées, les investissements qu’elles financent et les capacités de remboursement propres à chaque entité.
Une lecture à distinguer de l’encours de la dette
Les 93 milliards de DH mobilisés en 2025 correspondent aux tirages effectués sur les emprunts extérieurs au cours de l’année, et non à l’augmentation nette de la dette extérieure publique. L’encours dépend aussi des remboursements du principal, des variations de change et d’autres ajustements comptables.
Cette distinction est essentielle pour apprécier la dynamique de l’endettement. En 2025, les mobilisations extérieures ont augmenté de 14,5 %, tandis que l’encours de la dette extérieure publique est passé de 468,2 milliards de DH en 2024 à 517,4 milliards en 2025, soit une hausse de 49,2 milliards de DH (+10,5 %).
Les deux évolutions convergent vers un constat : les financements extérieurs occupent une place importante dans les ressources du secteur public marocain. Mais leur portée économique dépendra de leur utilisation, de la rentabilité des investissements financés et de la capacité des emprunteurs à honorer leurs engagements futurs.
SERVICE DE LA DETTE EXTÉRIEURE PUBLIQUE
Durant l’année 2025, le service de la dette extérieure publique s’est établi à 47,4 milliards DH contre 62,1 milliards DH à fin 2024, en baisse de 14,7 milliards DH. Cette évolution s’explique principalement par la baisse du service de la dette à l’égard des créanciers privés à hauteur de 14,4 milliards DH.
Au titre de l’année 2025, les amortissements de la dette extérieure publique se sont établis à 30,7 milliards DH, en baisse de 14,5 milliards DH ou 32,0% par rapport à l’année 2024. Cette baisse s’explique principalement par les remboursements effectués en 2024 au titre de l’Eurobond à 10 ans émis par le Trésor en 2014 (1,0 milliard d’euros) et du reliquat de l’Eurobond
à 10 ans émis par l’OCP en 2014 (1,25 milliard de dollars US).
Les charges en intérêts et commissions de la dette extérieure publique, durant l’année 2025, ont enregistré une baisse de 0,2 milliards DH pour atteindre 16,7 milliards DH. Ladite baisse s’explique principalement par la diminution des charges payées auprès des créanciers multilatéraux, notamment en raison de la détente des taux d’intérêts variables sur le MFI.
Changement de visage des remboursements (2026-2031)
Le ministère de l’Économie et des Finances a dévoilé ses projections sur dix ans concernant le service de la dette extérieure publique (remboursement du capital et des intérêts). L’analyse met en lumière une dynamique contrastée : une décrue notable des engagements « classiques » (hors Eurobonds) face à une montée en puissance fulgurante des obligations internationales.
Une charge globale maîtrisée mais en dents de scie
Sur la période 2026-2031, le service total de la dette extérieure devrait fluctuer entre 51,5 et 54,7 milliards de dirhams. Après un point bas en 2027 (51,5 MMDH), la charge repartira à la hausse pour atteindre son apogée en 2031 (54,7 MMDH). En apparence, la charge pour les finances publiques semble donc contenue. Cependant, la composition interne de cette dette est en train de basculer.
La fin des prêts traditionnels ?
La composante « Hors Eurobonds » , qui englobe généralement les prêts concessionnels des bailleurs multilatéraux et bilatéraux, suit une courbe descendante continue. Elle passera de 40,6 milliards de dirhams en 2026 à seulement 31,5 milliards en 2031, soit une baisse de près de 22% en cinq ans. Cette diminution s’explique par l’arrivée à échéance d’anciens prêts.
L’ère des Eurobonds
À l’inverse, la charge liée aux Eurobonds va connaître une augmentation spectaculaire. De 12,9 milliards de dirhams en 2026, elle bondira à 23,2 milliards en 2031, soit une hausse de près de 80%. Ce pic annoncé pour 2031 suggère l’arrivée à maturité d’émissions obligataires majeures réalisées ces dernières années sur les marchés internationaux.
Conséquence : En 2026, les Eurobonds ne représentaient que 24% du service de la dette. En 2031, ils en représenteront plus de 42%. Le Maroc devient donc structurellement plus dépendant des marchés financiers internationaux pour refinancer sa dette, une donnée cruciale pour anticiper la gestion des réserves de change et la sensibilité aux taux d’intérêt mondiaux.
Tableau de Bord : Projections du Service de la Dette (2026-2031)
En milliards de dirhams
| Année | Total du Service | Dette Hors Eurobonds | Eurobonds | Part des Eurobonds (%) |
|---|---|---|---|---|
| 2026 | 53,5 | 40,6 | 12,9 | 24,1 % |
| 2027 | 51,5 | 37,2 | 14,3 | 27,8 % |
| 2028 | 54,5 | 36,1 | 18,4 | 33,8 % |
| 2029 | 52,7 | 36,5 | 16,2 | 30,7 % |
| 2030 | 51,9 | 33,6 | 18,3 | 35,3 % |
| 2031 | 54,7 | 31,5 | 23,2 | 42,4 % |
Le mirage de la longue durée
Le discours officiel se veut rassurant : le portefeuille de la dette extérieure publique marocaine est « principalement à long terme », avec une durée moyenne pondérée des emprunts vivants affichée à 20 ans à fin 2025. Sur le papier, le Royaume semble à l’abri d’un coup de sang des marchés. Mais lorsqu’on gratte le vernis des statistiques, la mécanique est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît.
Le mirage de la « longue durée »
Certes, 87,5 % du stock de la dette est contracté sur une durée initiale supérieure ou égale à 10 ans. Une aubaine pour la trésorerie de l’État. Sauf que la réalité du remboursement, elle, est tout autre. La fameuse « durée de vie moyenne » — le temps réel avant que l’argent ne quitte les caisses — chute brutalement à 8,7 ans. Pourquoi ? Parce que la majorité de ces prêts sont amortissables. On rembourse au fur et à mesure, bien avant l’échéance finale.
Le Trésor public, lui, fait face à une durée de vie moyenne encore plus courte : 8,5 ans. Les autres emprunteurs publics s’en sortent à peine mieux avec 8,9 ans.
Le vrai danger : le mur des refinancements
Si le risque de refinancement est jugé « faible » (seuls 6,8 % de l’encours étant exigibles à moins d’un an), c’est oublier la structure par durée résiduelle. Le graphique 19 est sans appel : la majorité des remboursements se concentre sur le moyen terme. 32,8 % de la dette arrive à échéance entre 5 et 10 ans, et 28,1 % entre 1 et 5 ans. Seuls 12,4 % dépassent les 20 ans.
Autrement dit, l’État devra retourner sur les marchés beaucoup plus vite qu’on ne le pense pour refinancer cette dette. Et c’est là que le bât blesse.
Le piège des taux flottants et des devises
La véritable épée de Damoclès se trouve dans la composition des taux d’intérêt. Plus de 28 % de la dette est à taux flottant (22,6 % en euro et 3,5 % en dollar). Dans un contexte de taux directeurs volatils, chaque hausse se répercute immédiatement sur la facture. À l’inverse, 29,3 % de la dette est verrouillée à des taux inférieurs à 2,5 % — un luxe qui pourrait devenir intenable si les marchés se durcissent lors des prochains refinancements.
Plus inquiétant encore : la dépendance aux devises. Si les taux flottants en euro dominent, les emprunts à taux fixe supérieurs à 4,5 % représentent encore 18,5 % du portefeuille. Un fardeau coûteux.
Un équilibre précaire
Le Maroc a certes allongé la maturité de sa dette pour éviter l’asphyxie immédiate. Mais la combinaison d’une durée de vie réelle courte (8,7 ans), d’une forte proportion de taux flottants et d’un recours croissant aux Eurobonds (comme le montrent les projections à 2031) dessine un profil de risque bien plus nerveux qu’annoncé. La dette extérieure marocaine n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est un engrenage complexe où chaque fluctuation des marchés internationaux peut avoir des répercussions directes sur le budget de l’État.
Voici un tableau de synthèse structuré, reprenant l’intégralité des données chiffrées de votre texte (structure par maturités, taux et durée de vie), conçu pour être intégré directement dans un article de presse.
Tableau de Bord : Radiographie de la Dette Extérieure Publique Marocaine (Fin 2025)
| Indicateur Clé | Valeur | Analyse / Signification |
|---|---|---|
| Durée moyenne pondérée (initiale) | 20 ans | Le Maroc emprunte officiellement sur le très long terme. |
| Part de la dette > 10 ans (initiale) | 87,5 % | Prédominance des emprunts à maturité longue. |
| Durée de vie moyenne (réelle) | 8,7 ans | Le remboursement effectif est bien plus rapide que prévu (amortissement). |
| Dont Trésor Public | 8,5 ans | Le Trésor rembourse encore plus vite que la moyenne. |
| Dont Autres emprunteurs | 8,9 ans | Légèrement plus long que le Trésor. |
| Risque de refinancement à court terme (< 1 an) | 6,8 % | Vulnérabilité immédiate jugée faible. |
1. Structure par Durée Résiduelle (Échéancier Réel de Remboursement)
C’est ici que se révèle la véritable pression sur les finances publiques.
Tranche de Maturité Résiduelle | Part du Portefeuille | Commentaire |
|---|---|---|
| Court Terme (CT) | 0,3 % | Négligeable. |
| 1 an à 5 ans | 28,1 % | Pression à moyen terme. |
| 5 ans à 10 ans | 32,8 % | Zone critique : le plus gros bloc de remboursement. |
| 10 ans à 20 ans | 24,2 % | Gestion à long terme. |
| 20 ans à 30 ans | 7,8 % | Faible part. |
| Plus de 30 ans | 12,4 % | Très long terme. |
Lecture : Près de 61 % de la dette devra être remboursée ou refinancée dans les 10 prochaines années.
2. Structure par Taux d’Intérêt (Exposition au Risque de Marché)
La composition des taux détermine la sensibilité de la facture aux fluctuations des marchés.
| Type de Taux | Part | Niveau de Risque |
|---|---|---|
| Taux inférieur à 2,5 % | 29,3 % | 🟢 Favorable (coût historiquement bas). |
| Taux entre 2,5 % et 3,5 % | 12,5 % | 🟡 Modéré. |
| Taux entre 3,5 % et 4,5 % | 11,0 % | 🟠 Sensible. |
| Taux supérieur à 4,5 % | 18,5 % | 🔴 Coûteux (fardeau budgétaire). |
| Taux flottant en Euro | 22,6 % | 🔴 Très exposé aux décisions de la BCE. |
| Taux flottant en Dollar US | 3,5 % | 🟠 Exposé à la Fed et au risque de change. |
| Autres taux flottants | 2,6 % | 🟡 Diversifié. |



