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Universités marocaines : on forme plus, mais pour quoi faire ?

Le système d’enseignement supérieur marocain accueille 1 261 374 étudiants pour l’année universitaire 2025-2026, contre une capacité d’accueil de 598 612 places dans le public. Autrement dit, les établissements publics sont loin de pouvoir absorber seuls la demande. Derrière la hausse de 1 % des effectifs et de 9 % des diplômés, une réalité structurelle : le privé et les partenariats absorbent une part croissante des étudiants, tandis que les bourses augmentent mais restent insuffisantes.

Un système à plusieurs vitesses

Le paysage de l’enseignement supérieur marocain est fragmenté. Le système public comprend 12 universités regroupant 162 établissements, auxquels s’ajoutent 80 établissements sectoriels, l’Université Al Quaraouiyine et ses 5 instituts. Le privé compte 7 universités regroupant 41 établissements, ainsi que 114 établissements privés ne relevant pas des universités. Enfin, 54 universités et établissements ont été créés dans le cadre de partenariats avec le secteur public.

Cette diversification répond à une demande croissante que le public ne peut satisfaire seul. Mais elle pose une question d’équité : tous les étudiants n’ont pas les mêmes moyens financiers pour accéder au privé.

La capacité d’accueil progresse lentement

La capacité d’accueil des établissements universitaires publics a atteint 598 612 places en 2025-2026, contre 591 573 en 2024-2025, soit 7 039 places supplémentaires (+1,2 %) . Une progression réelle, mais modeste au regard de la demande.

Les effectifs étudiants s’élèvent à 1 261 374 étudiants, en légère hausse d’environ 1 % par rapport à 2024-2025. Répartition :

ÉtablissementEffectif
Universités publiques1 090 803
Établissements sectoriels64 120
Enseignement supérieur privé66 548
Universités et établissements en partenariat35 795
Université Al Akhawayn4 108
Total1 261 374

Les universités publiques absorbent 86,5 % des étudiants. Le privé ne représente que 5,3 % des effectifs, malgré ses 7 universités et 114 établissements.

Les enseignants augmentent plus vite que les étudiants

L’effectif des enseignants permanents s’établit à 25 111, en hausse de 4,05 % par rapport à l’année précédente, et représente près de 59 % de l’ensemble du personnel universitaire . Une progression plus rapide que celle des étudiants (+1 %), ce qui pourrait améliorer le taux d’encadrement — à condition que ces recrutements soient concentrés dans les filières les plus demandées.

Les diplômés augmentent de 9 %

Le nombre de diplômés du système d’enseignement supérieur pour l’année 2024-2025 s’élève à 207 039 lauréats, contre 189 973 en 2023-2024, soit une hausse de près de 9 % . Une progression encourageante, mais qui pose la question de l’adéquation entre les formations et les besoins du marché du travail.

Vie estudiantine et bourses : des efforts, mais des limites

Le dispositif public compte 25 cités universitaires offrant une capacité d’accueil de 56 226 étudiants. Un chiffre dérisoire au regard des 1,09 million d’étudiants dans le public : moins de 5 % disposent d’un logement universitaire.

En matière de soutien financier, 430 140 étudiants ont bénéficié de bourses en 2025-2026, contre 411 384 en 2024-2025, pour une enveloppe globale de 2 031 millions de dirhams . La hausse est réelle (+18 756 boursiers), mais la bourse moyenne s’établit à environ 4 722 dirhams par an, soit moins de 400 dirhams par mois. Insuffisant pour couvrir le coût de la vie étudiante dans les grandes villes.

430 140 étudiants bénéficient d’une bourse en 2025-2026, pour une enveloppe globale de 2,03 milliards de dirhams. Rapporté aux 1 090 803 étudiants inscrits dans les universités publiques, cela signifie que moins de quatre étudiants sur dix sont boursiers. Les autres — plus de 660 000 — doivent financer leurs études sans soutien de l’État.

Horizon 2030 : une transformation encore théorique

La Vision stratégique 2015-2030 du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) vise à aligner le système sur les besoins du pays en capital humain, innovation et compétitivité. Elle repose sur la modernisation du cadre législatif et de la gouvernance universitaire, avec la mise en place du Conseil stratégique des universités, ainsi que sur la modernisation du modèle pédagogique et son alignement sur les standards internationaux.

Mais à cinq ans de l’échéance, les indicateurs disponibles montrent que la transformation reste lente : capacité d’accueil en hausse de 1,2 %, effectifs en hausse de 1 %, bourses en hausse mais toujours faibles. La modernisation pédagogique, elle, n’est pas quantifiée dans le rapport.

Ce qu’il faut retenir

Ce qui progresseCe qui reste insuffisant
1,26 million d’étudiants (+1 %)598 612 places d’accueil seulement dans le public
25 111 enseignants permanents (+4,05 %)56 226 places en cités universitaires (5 % des étudiants)
207 039 diplômés (+9 %)Bourse moyenne : environ 400 DH/mois
430 140 boursiers (+18 756)Le privé absorbe 66 548 étudiants, mais reste élitiste
54 établissements en partenariatLa transformation pédagogique reste non quantifiée

Le système d’enseignement supérieur marocain tient debout, mais il avance à deux vitesses. Les universités publiques absorbent l’essentiel des effectifs avec des capacités d’accueil limitées, des bourses insuffisantes et un logement étudiant marginal. Le privé et les partenariats se développent, mais restent minoritaires et socialement sélectifs. La Vision 2030 promet une transformation en profondeur ; les chiffres de 2025-2026 montrent surtout une croissance démographique de l’enseignement supérieur, pas encore une mutation qualitative. Le vrai défi reste l’adéquation entre les diplômes et l’emploi — et sur ce point, le rapport est silencieux.

Source Rapport EEP 2027

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