
La consommation des ménages poursuit sa progression au Maroc, mais le recours accru à l’endettement s’impose comme l’un des leviers de cette dynamique. Selon la note de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP), les dépenses de consommation ont augmenté de 4,1 %, soutenues notamment par l’amélioration des revenus liés à l’emploi, en hausse de 4 %, et par l’accélération des crédits accordés aux ménages.
À fin juin 2026, l’endettement affichait une progression de 4,5 %, contre 3,9 % à fin mars. Cette accélération traduit un recours plus important au financement bancaire, qui permet aux ménages de soutenir leurs dépenses et de financer certains achats, malgré les contraintes qui pèsent sur leur budget.
Derrière la hausse de la consommation, une question se pose : dans quelle mesure cette dynamique repose-t-elle sur l’amélioration des revenus et dans quelle mesure dépend-elle de l’endettement ? Si le crédit soutient la demande intérieure à court terme, il entraîne également des engagements financiers futurs pour les ménages.
Modération de la croissance au deuxième trimestre 2026
Le déclenchement de la guerre en Iran, à fin février 2026, a fait basculer l’économie mondiale dans une nouvelle crise géopolitique, avec une ascension des cours internationaux des matières premières énergétiques aux pics enregistrés en 2022. Le choc s’est, principalement, transmis à l’économie nationale à travers un renchérissement des intrants énergétiques et minéraux. L’impact, plus perceptible au niveau des activités secondaires (-3,9%), a été, néanmoins, amorti par le renforcement des activités primaires et le maintien des services, en hausse respective de 20,9% et 4%. La croissance économique globale s’est, ainsi, poursuivie au rythme de 4% au deuxième trimestre 2026, après +4,6% au trimestre précédent.
La demande intérieure a absorbé le nouveau choc énergétique de manière inégale. La formation brute de capital s’est modérée à +6,8%, au deuxième trimestre 2026, au lieu de +10,8% un trimestre plus tôt, du fait notamment d’une rentabilité réduite par les coûts de production et d’une demande de logement en ralentissement. En revanche, les dépenses de consommation ont progressé de 4,1%, stimulées par l’amélioration de l’emploi contre revenu (+4%) et le recours accru à l’endettement (+4,5% à fin juin 2026, au lieu de +3,9% à fin mars).
Dans ces conditions, le besoin de financement de l’économie a sensiblement augmenté, pour atteindre 22 milliards de dirhams au deuxième trimestre 2026, au lieu de 10,3 milliards de dirhams au cours de la même période une année plus tôt. Ce renforcement est lié, principalement, à l’élargissement du déficit commercial attribuable à l’alourdissement de la facture énergétique et à la détérioration des termes de l’échange, ainsi qu’au creusement du déficit public, tiré par le coût des dispositifs d’aide visant à limiter la propagation de l’inflation énergétique et l’effort d’investissement budgétaire.
Une croissance encore résiliente au troisième trimestre
Face au prolongement du choc énergétique au troisième trimestre 2026, l’économie nationale aurait fait preuve de résilience, affichant une amélioration de 4,1%, en variation annuelle. L’agriculture aurait constitué le principal facteur de soutien de l’offre, avec une progression de 19,9%. Les services auraient, pour leur part, enregistré une hausse de 3,9%, tirée par les performances des branches de l’hébergement et restauration et des services non marchands et financiers. À l’inverse, les activités secondaires auraient poursuivi leur repli amorcé au deuxième trimestre, quoiqu’à un rythme moins accentué (-1,9%, en variation annuelle, au lieu de -3,9%). Les industries de l’alimentaire, de l’automobile et de la fabrication du matériel électrique auraient mieux résisté, mais le textile, la chimie, la fabrication du caoutchouc et l’électronique seraient restés en retrait.
La hausse des prix à l’importation serait restée plus soutenue que celle des prix à l’exportation au troisième trimestre 2026, comprimant davantage les marges et les termes d’échange. Dans ces conditions, le volume des exportations aurait poursuivi sa modération, affichant une augmentation de 6,2% au troisième trimestre 2026, au lieu de +7,6% au deuxième trimestre. Cette inflexion se serait accompagnée par un ralentissement des importations, favorisant un allégement de la contribution négative des échanges extérieurs à la croissance à -1,2 point, au lieu de -1,6 point au trimestre précédent.
Du côté de l’investissement, les entreprises auraient poursuivi l’ajustement de leurs dépenses face au renchérissement des équipements importés et des intrants de construction, mais les projets d’infrastructure se seraient maintenus, soutenant une progression de 6,2% de la formation brute de capital. Parallèlement, la consommation des ménages se serait affermie de 4,1% au troisième trimestre 2026, sur fond d’un léger recul de l’inflation (-0,3%). La hausse des prix non alimentaires (+2,4%), portée par leur composante énergétique, aurait été contrebalancée par le repli des prix alimentaires (-3,6%), notamment ceux du poulet, des légumes, des œufs et surtout celui de l’huile d’olive (-1,1 point).
Les conditions de financement seraient restées favorables au troisième trimestre 2026. Les créances sur l’économie auraient progressé de 11,1% en glissement annuel, après avoir augmenté de 8,4% et 11,6% aux premier et deuxième trimestres, respectivement, tirées par les crédits de trésorerie des entreprises et d’équipement. Les avoirs officiels de réserve auraient augmenté de 19,9% et les créances nettes sur l’administration centrale de 7,1%, soutenant un accroissement de la masse monétaire de 11,9%, après +11,7%. Parallèlement, le déficit de liquidité bancaire se serait accentué, conduisant Bank Al-Maghrib à relever ses financements aux banques et à maintenir son taux directeur à 2,25% pour le sixième trimestre consécutif. Les taux interbancaires se seraient alignés sur le taux directeur, tandis que les rendements des bons du Trésor auraient poursuivi leur expansion (+19 points de base à 1 an, +48 points à 5 ans). Sur le marché des changes, le dirham se serait déprécié de 2,2% face à l’euro et de 3,8% vis-à-vis du dollar.


