
Le taux moyen pondéré des comptes et bons de caisse à 6 mois retombe à 2,15 % en août 2026 son plus bas historique depuis octobre 2022
C’est un dogme bien ancré dans la grille de lecture des marchés monétaires : plus le déficit de liquidité des banques se creuse, plus le taux moyen pondéré (TMP) des comptes et dépôts à terme (DAT) tend mécaniquement à augmenter.
Alors que le déficit de liquidité bancaire atteint des niveaux historiques, le taux moyen pondéré des comptes et bons de caisse à 6 mois poursuit sa baisse. Une anomalie apparente qui éclaire d’un jour nouveau les mécanismes de transmission de la politique monétaire de Bank Al-Maghrib.
Ce que révèlent les chiffres
Les données d’avril à août 2026 font apparaître une évolution qui mérite d’être examinée de près : le taux à six mois recule globalement, tandis que le déficit de liquidité bancaire reste élevé et supérieur à son niveau de l’année précédente. Cette coexistence suggère que la baisse du taux ne doit pas être interprétée, à elle seule, comme le signe d’une amélioration des conditions de financement de l’économie.
| Mois | Taux 6 mois | Déficit de liquidité | Variation du déficit sur un an |
|---|---|---|---|
| Avril 2026 | 2,81 % (pic) | 139,7 MMDH | +21,0 MMDH |
| Mai 2026 | 2,16 % (chute) | 147,5 MMDH (point haut) | +38,8 MMDH |
| Juin 2026 | 2,51 % | 127,3 MMDH | +13,3 MMDH |
| Juillet 2026 | 2,45 % | 125,7 MMDH | +12,7 MMDH |
| Août 2026 | 2,15 % (point bas) | 132,3 MMDH | +10,3 MMDH |
L’anomalie de mai 2026 : un cas d’école
Si la corrélation était si absolue, comment expliquer les décrochages constatés sur les marchés ? L’observation des données récentes met en lumière de véritables divergences empiriques.
Le mois de mai 2026 constitue l’illustration la plus frappante de cette déconnexion. Alors que le déficit de liquidité atteint son maximum sur la période (147,5 MMDH, soit +38,8 MMDH sur un an), le taux de dépôt à 6 mois s’effondre brutalement, passant de 2,81 % en avril à 2,16 % en mai, soit une chute de 65 points de base en un seul mois.
Si le déficit de liquidité devait se transmettre intégralement aux taux de dépôt, le mouvement aurait dû être exactement inverse. Cette contradiction apparente n’est pourtant pas une anomalie statistique : elle révèle la nature profonde du cadre opérationnel de la politique monétaire marocaine.
La preuve par les chiffres
Le mois d’août 2026 offre une démonstration empirique limpide : malgré un déficit de liquidité toujours élevé (132,3 MMDH, en hausse de +10,3 MMDH sur un an), le taux de dépôt à 6 mois baisse de 30 points de base pour atteindre 2,15 %. Si la transmission était intégrale, le taux aurait dû monter, pas descendre.
Les chiffres d’août 2026 sont sans appel. Le taux moyen pondéré des comptes et bons de caisse à 6 mois s’établit à 2,15 %, contre 2,45 % en juillet, soit une baisse mensuelle de 0,30 point de pourcentage. Sur un an, le recul est de 0,31 point, le taux passant de 2,46 % en août 2025 à 2,15 % en août 2026. Ce niveau frôle le point bas historique de la série, établi à 2,08 % en octobre 2022, bien loin du pic de 2,92 % atteint en septembre 2024.
Ce décalage montre bien que le déficit de liquidité n’est pas le seul maître à bord. L’évolution des taux créditeurs dépend d’un écosystème d’arbitrages autrement plus complexe :
L’arbitrage agressif avec les Bons du Trésor : La souscription à un DAT bancaire ne s’effectue pas en vase clos. Elle rivalise directement avec les rendements des adjudications de la dette publique. Quand l’État détend ses exigences de levée sur le court terme, les banques réalignent instantanément leurs conditions, peu importe l’ampleur de leur déficit de trésorerie.
La main courante de Bank Al-Maghrib : En injectant massivement des liquidités à travers ses avances à 7 jours et ses opérations de pension livrée, la banque centrale neutralise en partie l’effet d’éviction. Le taux directeur (maintenu à 2,25 %) agit comme un plafond d’aspiration qui bride la liberté d’envolée des taux créditeurs.
L’asymétrie du pouvoir de négociation bancaire : Les banques ne subissent pas le marché, elles le façonnent. Face à un excédent de trésorerie des institutionnels qui ne trouve pas toujours d’alternatives de placement immédiates, les établissements financiers conservent une capacité d’entente ou de rétention qui casse la transmission automatique des tensions de liquidité sur la rémunération des dépôts.
Une leçon de politique monétaire
Le cas marocain illustre une réalité souvent méconnue : le déficit de liquidité n’est pas synonyme de tension sur les taux. Ce qui compte, c’est la manière dont la banque centrale gère ce déficit. En maintenant un taux directeur stable à 2,25 % et en injectant massivement la liquidité nécessaire, Bank Al-Maghrib parvient à décorréler le besoin de refinancement des banques du coût de leurs ressources. Le déficit de liquidité explique le contexte dans lequel évoluent les taux de dépôt, mais il n’en est pas le déterminant direct. Le vrai pilote, c’est le taux directeur — et tant qu’il reste ancré à 2,25 %, les taux de dépôt à 6 mois devraient continuer d’évoluer dans une fourchette basse, en dépit d’un déficit de liquidité structurellement élevé



