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BAM : taux directeur inchangé

Bank Al-Maghrib choisit le statu quo. Réuni mardi 22 septembre, le Conseil de la banque centrale a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25%, alors que l’économie marocaine évolue dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, la hausse des matières premières et de fortes incertitudes sur les approvisionnements énergétiques et alimentaires.

Le paradoxe marocain est frappant : l’inflation reste faible, mais la facture énergétique repart fortement à la hausse. Après avoir progressé de 28,4%, celle-ci devrait atteindre 138,1 milliards de dirhams en 2026, avant de revenir à 116 milliards en 2027. Dans le même temps, l’inflation moyenne, limitée à 0,3% sur les huit premiers mois, devrait atteindre 0,7% sur l’ensemble de l’année, puis 1,5% en 2027.

Une croissance encore solide, mais moins dynamique

Bank Al-Maghrib anticipe une croissance de 4,4% en 2026, après 4,9% en 2025. Mais le ralentissement serait beaucoup plus marqué en 2027, avec une progression du PIB limitée à 2,9%.

Cette évolution masque deux trajectoires très différentes. La valeur ajoutée agricole rebondirait de 16% en 2026, portée par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quintaux, avant de reculer de 7,6% en 2027 si la production revient vers une moyenne de 50 millions de quintaux.

Hors agriculture, la croissance ralentirait à 3,1% en 2026, contre 4,5% en 2025, avant de remonter à 4% en 2027.

Le pétrole revient au centre des préoccupations

Le scénario de BAM repose sur un Brent à 87,2 dollars le baril en moyenne en 2026, contre 68,2 dollars en 2025, avant un reflux à 73,5 dollars en 2027.

Pour le Maroc, l’enjeu est directement visible dans les importations. Les achats de produits énergétiques pèseraient lourdement sur les comptes extérieurs, tandis que les importations de biens d’équipement continueraient de progresser, signe de la poursuite de l’effort d’investissement.

La hausse des prix internationaux de l’énergie ne se transmet toutefois que partiellement aux prix domestiques, notamment grâce au soutien accordé au transport routier et au maintien des prix du gaz butane et de l’électricité.

Le phosphate apporte un contrepoids

Dans cet environnement tendu, les exportations de phosphates et dérivés constituent l’un des principaux amortisseurs. Les ventes devraient progresser de 9,7% en 2026, puis de 12,1% en 2027 pour atteindre 122,6 milliards de dirhams.

Le prix moyen du DAP marocain passerait ainsi de 713 dollars la tonne en 2025 à 860 dollars en 2026, avant de revenir à 803 dollars en 2027.

Déficit courant : le point de vigilance

C’est l’un des chiffres les plus sensibles de la nouvelle projection de BAM : le déficit du compte courant se creuserait fortement, passant de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% en 2026, avant de revenir à 3% en 2027.

La hausse de la facture énergétique et des importations de biens d’équipement explique une grande partie de cette détérioration.

En parallèle, le Maroc pourra compter sur la progression des recettes touristiques et des transferts des MRE. Les recettes de voyages devraient atteindre 160 milliards de dirhams en 2027, tandis que les transferts des Marocains résidant à l’étranger atteindraient 136,3 milliards.

Un marché du travail qui résiste

Malgré le ralentissement attendu, le marché de l’emploi continue de montrer une dynamique favorable. 406.000 emplois ont été créés sur un an au deuxième trimestre 2026 et le taux de chômage est revenu à 9,5%, contre 11,9% en milieu urbain et 5,4% en milieu rural.

Pourquoi BAM ne baisse-t-elle pas son taux ?

La réponse tient principalement à l’incertitude. Bank Al-Maghrib estime que les risques restent très élevés : conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, tensions géoéconomiques, volatilité des matières premières, risques sur les approvisionnements, rendements souverains et changement climatique.

Dans ce contexte, la banque centrale considère que l’inflation reste modérée à moyen terme et que l’activité non agricole devrait se consolider. Elle a donc choisi de conserver son taux directeur à 2,25% et de continuer à décider réunion par réunion.

Le crédit bancaire au secteur non financier devrait néanmoins accélérer fortement, avec une croissance projetée à 8,1% en 2026, avant de revenir à 6,1% en 2027.

Le vrai sujet : 2027

Derrière le statu quo monétaire, les projections de BAM dessinent surtout une question pour l’économie marocaine : comment maintenir la dynamique de l’investissement et de l’activité lorsque le soutien agricole s’effacera ?

Le passage d’une croissance de 4,4% en 2026 à seulement 2,9% en 2027, combiné à un déficit courant encore élevé, constitue le principal point de vigilance des nouvelles projections de la banque centrale.

À cela s’ajoute le déficit budgétaire, attendu à 3,4% du PIB en 2026 et 3,5% en 2027, hors produits de cession des participations de l’État.

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