
Dans le sillage des ajustements de la Réserve fédérale (Fed), le dirham subit une pression baissière marquée face au billet vert, comme en témoignent les derniers cours clients publiés par Bank Al-Maghrib pour la journée du 17 septembre 2026.
La fermeté du dollar américain se traduit par une appréciation quasi continue face à la monnaie nationale. Lors de la séance du 17 septembre, le cours de vente du dollar par les banques aux clients a dépassé le seuil des 10,30 MAD pour s’établir à 10,3054 MAD, marquant une hausse de 0,0401 MAD par rapport à la veille. En parallèle, le cours d’achat s’est fixé à 8,8674 MAD (+0,0345 MAD).
| Sens de l’opération | Cours | Variation |
|---|---|---|
| Achat de dollars par le client (vente par la banque) | 10,3054 MAD | +0,0401 vs la veille |
| Vente de dollars par le client (achat par la banque) | 8,8674 MAD | +0,0345 vs la veille |
| Spread (écart achat-vente) | 1,4380 MAD | +0,0056 vs la veille |
Cette poussée s’inscrit dans une séquence d’affaiblissement progressif du dirham. Déjà, durant la semaine du 3 au 9 septembre, la monnaie nationale s’était dépréciée de 0,2 % face au dollar et de 0,7 % face à l’euro. En comparaison avec le 2 septembre — où la fourchette s’établissait entre 8,8229 et 10,2537 MAD —, le renchérissement du billet vert s’avère désormais significatif. Par ailleurs, l’écart entre les cours acheteur et vendeur (spread) s’est élargi à 1,4380 MAD, traduisant une volatilité accrue sur le marché des changes.
Facture d’importation renchérie, opportunité pour les exportations
Sur le plan microéconomique, la hausse du billet vert modifie immédiatement les arbitrages de trésorerie des opérateurs économiques :
- Pour les importateurs : L’acquisition de devises pèse plus lourdement sur les coûts d’approvisionnement. Pour une tranche de 1 000 USD achetée, un importateur doit débourser 40,10 MAD de plus que la veille.
- Pour les exportateurs : La dépréciation du dirham offre un soutien mécanique aux recettes. La cession d’un lot de 1 000 USD rapporte 34,50 MAD supplémentaires par rapport au 16 septembre.
- Coût d’arbitrage : En raison de l’élargissement du spread, un aller-retour immédiat achat/vente sur 1 000 USD génère un coût de transaction direct d’environ 1 438 MAD pour le client.
Face à la fermeté de la monnaie américaine, les entreprises opérant à l’international devront adapter leurs stratégies de couverture de change pour préserver leurs marges opérationnelles dans les semaines à venir.
L’impact du resserrement de la Fed sur la dette souveraine marocaine
À la suite de la décision, l’indice du dollar a repassé la barre des 100, gagnant 0,6 % à 100,3. Les trois grands indices américains ont chuté nettement, le S&P 500 perdant jusqu’à 0,8 %. Le rendement du Trésor à 10 ans s’est hissé à 5,012 %.
La reprise du cycle de hausses de taux de la Fed, qui propulse le dollar à la hausse, exerce une double pression sur la dette souveraine marocaine — elle renchérit directement le coût du service de la dette libellée en dollars et amplifie, via la dépréciation du dirham, la charge en monnaie locale de la dette extérieure.
En termes de structure par devises, la dette en dollars et devises associées 34 %. Ce panier de devises est étroitement aligné sur la composition du panier de référence du dirham (60 % euros, 40 % dollars), ce qui, selon les autorités, contribue à atténuer la volatilité des changes. Mais une exposition de 34 % au dollar signifie que chaque point de pourcentage d’appréciation du dollar renchérit d’autant la charge en monnaie locale de cette part de la dette.
En termes de trajectoire, la dette extérieure du Trésor marocain devrait atteindre 324 milliards de dirhams fin 2026, contre 307 milliards en 2025, soit une hausse de 5,7 %. La part de la dette extérieure dans la dette totale du Trésor devrait se maintenir autour de 27 %, toujours dans la fourchette de référence de 25 %-30 % établie par Attijari Global Research.
Enfin, la hausse des taux de la Fed et la fermeté du dollar augmentent certes le coût marginal de la dette souveraine marocaine, sans toutefois constituer un risque systémique. Le cadre prudentiel de gestion de la dette marocaine — structure par devises dominée par l’euro, part de dette extérieure maîtrisée, réserves de change abondantes — offre au pays une marge de manœuvre pour absorber ce cycle de fermeté du dollar. Les points à surveiller restent : le coût réel de refinancement du Maroc au second semestre 2026, et l’ampleur de la dépréciation du dirham dans un contexte de dollar durablement fort, afin de vérifier qu’elle ne dépasse pas les fourchettes anticipées.



