Economie

Bataille de la pastèque : comment le Maroc rebat les cartes en Europe

L’été est particulièrement difficile pour le secteur espagnol de la pastèque, confronté à une concurrence toujours plus forte en provenance de l’autre côté de la Méditerranée. Le Maroc s’est en effet consolidé comme le principal fournisseur de pastèques de l’Union européenne parmi les pays tiers, et ses expéditions vers le marché communautaire continuent de progresser.

Cette pression est d’autant plus forte que les périodes d’arrivée des produits marocains coïncident avec le début de la campagne espagnole, ce qui amplifie les conséquences sur les prix.

Au cours du premier semestre de l’année, l’Union européenne a importé plus de 350 000 tonnes de pastèques en provenance de pays tiers, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Sur ce volume, près de 149 000 tonnes provenaient du Maroc, ce qui représente une progression de 14 %.

Une pression accrue sur les prix

Le problème ne réside pas uniquement dans les volumes qui arrivent sur le marché européen, mais aussi dans leur impact sur le marché espagnol.

Selon Andrés Góngora, secrétaire général de l’organisation agricole espagnole COAG, cité par l’agence EFE, la pastèque marocaine est différente de la pastèque espagnole : elle est généralement plus grosse mais contient davantage de pépins.

Malgré ces différences, l’augmentation des importations a contribué à saturer le marché et à exercer une pression à la baisse sur les prix, selon les organisations agricoles espagnoles.

Le secteur espagnol estime donc que l’arrivée croissante de produits importés au moment où la production nationale entre elle-même sur le marché accentue la concurrence et fragilise les revenus des producteurs.

Le Maroc n’est pas le seul concurrent

Le Maroc n’est toutefois pas le seul pays à accroître ses exportations de pastèques vers l’Europe.

Le Brésil est le pays qui a enregistré la plus forte progression de ses exportations de pastèques vers l’Union européenne. Jusqu’en juin, ses expéditions ont augmenté de 40 % sur un an. Sur la moyenne des cinq dernières années, les volumes exportés vers l’Europe ont même plus que doublé.

Un autre pays suscite les inquiétudes du secteur espagnol : le Sénégal. Les importations européennes de pastèques sénégalaises ont progressé de 25 %.

Dans ce cas, le principal problème réside dans le calendrier des campagnes. La production sénégalaise coïncide avec le début de la campagne espagnole, alors que les fruits sénégalais arrivent sur le marché à des prix plus bas.

À cette concurrence s’ajoute une autre préoccupation : l’étiquetage. Les producteurs espagnols estiment que les pastèques espagnoles et sénégalaises peuvent parfois être difficiles à différencier pour les consommateurs.

La Turquie gagne également du terrain

Un autre concurrent commence également à gagner des parts de marché : la Turquie.

Dans sa stratégie visant à devenir « la ferme de l’Europe », la Turquie renforce progressivement sa présence sur le marché communautaire. Ses exportations de pastèques progressent notamment sur des marchés comme la Pologne et l’Autriche, où les producteurs espagnols cherchent eux aussi à écouler leur production.

Une situation différente pour le melon

La situation est toutefois très différente pour le melon.

Entre janvier et juin, les importations européennes de melons provenant de pays extérieurs à l’Union européenne ont baissé de 11 %, à environ 173 000 tonnes.

Dans ce segment, le Brésil reste le principal fournisseur. Même si ses exportations ont diminué, le pays conserve des volumes nettement supérieurs à sa moyenne des cinq dernières années.

Le Maroc occupe pour sa part la deuxième place parmi les fournisseurs de melons de l’Europe. Mais, contrairement à la pastèque, ses exportations ont enregistré une forte baisse, de plus de 40 % sur un an.

Derrière le Maroc arrivent le Costa Rica et le Sénégal, ce dernier étant le seul des principaux fournisseurs à avoir augmenté ses expéditions au cours des douze derniers mois.

Et, une nouvelle fois, c’est le Sénégal qui commence à inquiéter le secteur espagnol.

« Il y a toujours eu une concurrence avec le melon latino-américain, mais nous avons réussi à nous défendre, car le consommateur a privilégié le melon espagnol. Nous sommes désormais préoccupés par la poursuite de la croissance de la production sénégalaise de la variété Piel de Sapo », explique Andrés Góngora.

En Andalousie, notamment à Almería, cette concurrence commence déjà à influencer le début de la campagne, également sous la pression de l’arrivée précoce de la production brésilienne.

La bataille des calendriers

L’autre bataille se joue sur le calendrier, c’est-à-dire sur les périodes d’arrivée des fruits sur le marché européen.

José Cánovas, président du secteur Melon et Pastèque de l’association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes de Murcie Proexport, estime qu’il est essentiel d’éviter que les campagnes espagnoles et celles des pays tiers ne se chevauchent.

La situation est très différente lorsque l’Espagne termine sa campagne en septembre et que les productions d’outre-mer arrivent en octobre.

Le problème apparaît lorsque la campagne espagnole se prolonge et coïncide avec l’arrivée des fruits importés.

Cette concurrence peut également affecter les exportations espagnoles. Si d’autres pays arrivent plus tôt sur les marchés européens, les produits espagnols se retrouvent en position défavorable.

C’est pourquoi les organisations de producteurs et les agriculteurs réclament des contrôles renforcés aux frontières, une réciprocité des normes et des règles de concurrence similaires pour tous les producteurs.

Le Maroc, désormais au cœur des préoccupations espagnoles

La pastèque marocaine est ainsi devenue l’un des principaux sujets de préoccupation du secteur espagnol.

Non pas parce que le Maroc est le pays qui connaît la plus forte croissance de ses exportations — ce rôle revient au Brésil — mais parce qu’il est déjà le principal fournisseur extracommunautaire de l’Union européenne et que ses expéditions progressent précisément au moment où l’Espagne lance sa propre campagne.

Le Maroc est donc devenu bien plus qu’un simple fournisseur de fruits pour l’Europe. Pour le secteur agricole espagnol, il représente désormais un concurrent direct, capable d’augmenter ses volumes et surtout de les commercialiser au même moment que la production espagnole.

Une concurrence que les producteurs espagnols jugent difficile à affronter lorsque les calendriers se chevauchent et que les conditions de production ne sont pas identiques des deux côtés de la Méditerranée.

D’où les appels des agriculteurs et des organisations professionnelles en faveur de contrôles plus stricts et de règles de concurrence communes.

Car la crainte ne porte pas uniquement sur l’arrivée de davantage de pastèques marocaines.

Elle porte également sur le fait que ces fruits puissent arriver plus tôt, être proposés à des prix plus bas et finir par influencer le prix de la production espagnole.

Dans un marché européen de plus en plus ouvert aux importations, le défi pour l’agriculture espagnole n’est donc plus seulement de produire une bonne pastèque. Il s’agit aussi de faire en sorte que cette pastèque puisse être commercialisée dans des conditions de concurrence équitables.

La question, pour les producteurs espagnols, n’est désormais plus seulement de savoir combien de produits arrivent de l’étranger, mais aussi quand ils arrivent, à quel prix et dans quelles conditions ils concurrencent les fruits espagnols.

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