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Quand la consommation des Marocains fait tourner les usines… étrangères

La consommation des ménages continue de soutenir la croissance marocaine. Au deuxième trimestre 2026, elle aurait progressé de 4,7% en glissement annuel, après 4,6% au trimestre précédent, démontrant une résilience notable malgré la flambée des coûts de l’énergie et un environnement international toujours incertain, selon le HCP.

Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs : les dépenses liées à Aïd Al-Adha, l’amélioration des revenus agricoles, la progression des transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) ainsi que la hausse des crédits à la consommation ont permis de préserver le pouvoir d’achat d’une partie des ménages.

Mais derrière cette performance se cache une réalité plus contrastée. Si la reprise a naturellement bénéficié aux produits agricoles, elle a également stimulé la demande de produits industriels importés, selon le HCP. .

En d’autres termes, une partie de la consommation supplémentaire des ménages alimente les importations plutôt que la production nationale.

Cette évolution met en lumière l’une des fragilités persistantes de l’économie marocaine : la vigueur de la demande intérieure ne se traduit pas systématiquement par un renforcement du tissu industriel local. Faute d’une offre nationale suffisamment diversifiée et compétitive dans plusieurs segments de biens manufacturés, les ménages continuent de se tourner vers des produits importés.

Dans ce contexte, la consommation demeure un puissant moteur de croissance, mais son impact sur la création de valeur ajoutée nationale et sur l’emploi reste limité tant que la montée en puissance de l’industrie marocaine ne permet pas de répondre davantage à cette demande. La consolidation de la souveraineté industrielle apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour transformer cette dynamique de consommation en véritable levier de croissance durable.

Consommation : les Marocains achètent plus… et importent davantage

La vigueur de la demande intérieure continue de soutenir les importations. À fin mai 2026, les achats marocains de produits finis de consommation ont atteint 89,3 milliards de dirhams, contre 80,6 milliards un an plus tôt, soit une progression de 10,8 %. Une évolution qui confirme la résilience de la consommation des ménages, mais qui souligne également la forte dépendance du marché national aux produits manufacturés importés.

L’automobile demeure le principal moteur de cette hausse. Les importations de pièces et composants pour voitures ont bondi de 22,8 %, à 17,3 milliards de dirhams, tandis que les achats de voitures de tourisme ont progressé de 19,1 %, dépassant 16,1 milliards de dirhams. À eux seuls, ces deux postes représentent près de 38 % de l’ensemble des importations de produits finis de consommation.

Principales importations de produits finis de consommation (janvier-mai)

Produits2026 (MDH)2025 (MDH)Évolution
Produits finis de consommation (Total)89 299,880 601,0+10,8 %
Parties et pièces pour voitures17 338,014 119,6+22,8 %
Voitures de tourisme16 124,813 537,3+19,1 %
Autres produits finis de consommation10 795,69 922,5+8,8 %
Tissus et fils de fibres synthétiques5 668,45 772,7-1,8 %
Médicaments et produits pharmaceutiques5 490,85 149,8+6,6 %
Ouvrages en matières plastiques4 842,14 387,4+10,4 %
Étoffes de bonneterie3 210,33 018,4+6,4 %
Sièges, meubles et matelas2 665,52 745,7-2,9 %
Produits de parfumerie et cosmétiques1 822,11 777,2+2,5 %
Récepteurs radio et télévision1 813,31 610,0+12,6 %
Tissus et fils de coton1 784,51 783,0+0,1 %
Quincaillerie et articles ménagers1 518,61 531,1-0,8 %
Articles de bonneterie1 433,91 212,8+18,2 %
Cycles, motocycles et pièces1 350,81 259,8+7,2 %
Réfrigérateurs et électroménager1 337,61 163,7+14,9 %
Vêtements confectionnés1 190,71 067,2+11,6 %
Chaussures1 175,21 335,3-12,0 %

Source: Office de Changes

La tendance ne s’arrête pas à l’automobile. Les importations de réfrigérateurs, lave-vaisselle et autres appareils électroménagers ont augmenté de 14,9 %, celles des récepteurs de radio et de télévision de 12,6 %, tandis que les vêtements confectionnés affichent une progression de 11,6 %. Les ouvrages en matières plastiques (+10,4 %), les médicaments et produits pharmaceutiques (+6,6 %) ainsi que les produits de parfumerie et de cosmétique (+2,5 %) participent également à cette dynamique.

Cette accélération des importations reflète une consommation toujours robuste, soutenue par l’amélioration des revenus agricoles, les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et la progression du crédit à la consommation. Mais elle met aussi en évidence une réalité plus préoccupante : une part importante de la demande des ménages continue de profiter aux producteurs étrangers.

Certains segments enregistrent toutefois un repli. Les importations de chaussures reculent de 12 %, celles des meubles et articles d’ameublement de 2,9 %, tandis que les tissus et fils de fibres synthétiques enregistrent une légère baisse de 1,8 %.

Au-delà des chiffres, cette évolution pose la question de la capacité de l’industrie marocaine à répondre à une demande intérieure en forte progression. Si les ménages consomment davantage, une part croissante de cette richesse est captée par les importations. Le défi est désormais de transformer cette dynamique de consommation en un véritable levier de développement industriel, afin que la croissance de la demande bénéficie davantage au Made in Morocco, à la création de valeur ajoutée locale et à l’emploi.

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