
Alors que la NARA s’était fixée pour objectif de diviser par deux la mortalité sur ses routes, l’année 2025 s’est achevée sur un bilan noir historique : 4.577 morts en 2025, la mortalité explose de 25,5 %
Les dernières données de la NARSA pour 2025 révèlent une réalité brutale : 4 577 vies fauchées en un an, soit une hausse vertigineuse de 25,5 % par rapport à 2024, tandis que le nombre d’accidents corporels a bondi de 12,7 % pour atteindre 160.347..
Ces chiffres ont été dévoilés mardi à Rabat lors de la 16ᵉ session du Conseil d’administration de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), présidée par le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh.
Ce record tragique enterre définitivement les ambitions de la stratégie nationale précédente, qui visait une réduction de 50 % des décès. Comment le Maroc a-t-il pu perdre le contrôle de ses indicateurs de sécurité routière ?
Une dérive statistique continue depuis 2022
Le reflux observé en 2022 n’aura été qu’un mirage. En l’espace de trois ans, le pays a basculé d’une baisse encourageante à une crise structurelle :
- 2022 : Une baisse de 5 % (3 499 tués) laissait espérer l’efficacité des campagnes de sensibilisation et du renforcement des contrôles.
- 2023 : Premier signal d’alarme avec un rebond brutal à 3 819 morts (+9,14 %).
- 2024 : La barre symbolique des 4 000 décès est franchie (4 024 morts).
- 2025 : L’année de toutes les dérives avec 4 577 tués, un niveau de mortalité routière inédit sur la décennie.
Cette trajectoire ascendante met en lumière les limites des dispositifs actuels de prévention et de répression, inadaptés aux nouvelles réalités de la mobilité nationale.
Deux-roues et piétons : le grand angle mort des politiques de contrôle
L’analyse fine de la mortalité révèle une mutation profonde du profil des victimes. Ce ne sont plus majoritairement les occupants de voitures légères — dont la sécurité passive s’est améliorée — qui payent le plus lourd tribut, mais les usagers dits « vulnérables ».
Le fléau des motos motorisées
L’explosion du parc de deux et trois-roues, combinée à une absence flagrante de rigueur dans le contrôle du port du casque et du respect du code de la route, a créé un véritable gouffre sécuritaire. Aujourd’hui, les motocyclistes représentent plus de 42 % des tués sur les routes marocaines. En y ajoutant les piétons (24,7 %), ce sont plus de 70 % des victimes qui appartiennent à la catégorie des usagers non protégés.
L’anarchie urbaine
Le drame s’est déplacé. Si les routes nationales et autoroutes restent meurtrières en raison de la vitesse, les périmètres urbains enregistrent une hausse critique des accidents corporels. L’urbanisation rapide, le manque d’aménagements dédiés aux piétons et l’essor des services de livraison à moto saturent un espace public de moins en moins régulé.
2026-2030 : Le virage technologique de la dernière chance ?
Face à ce bilan, le coût économique et social pour le Maroc est devenu insoutenable, estimé à plusieurs points de PIB chaque année. Pour stopper l’hémorragie, le ministère du Transport et la NARSA aborcent l’exécution d’une nouvelle stratégie décennale (2026-2030).
Le salut passera-t-il par la technologie ? Le plan table sur un déploiement massif de radars de nouvelle génération capables de détecter simultanément la vitesse, le non-respect des feux, le téléphone au volant et le non-port de la ceinture. Parallèlement, des réformes cruciales sont attendues sur le contrôle technique obligatoire des motocycles et la refonte des infrastructures urbaines.
L’accumulation de plans stratégiques ne suffira plus. Sans une application stricte, systématique et sans concession de la loi sur le terrain, doublée d’une refonte de l’accès aux permis de conduire pour les cyclomoteurs, la route restera l’un des plus grands freins au développement humain et économique du Royaume. Les décideurs sont face à leurs responsabilités.
L’équation financière de l’insécurité routière au Maroc
D’un côté, une facture macroéconomique écrasante ; de l’autre, des investissements publics massifs dont l’efficacité réelle fait débat.
Le coût de l’inaction : 19,5 milliards de DH par an
L’insécurité routière n’est pas seulement un drame humain, c’est une hémorragie financière pour l’État et la collectivité.
- Le coût socio-économique global : Le manque de sécurité routière coûte chaque année environ 19,5 milliards de dirhams (MMDH) au Maroc.
- Poids sur la richesse nationale : Ce gouffre financier représente 1,69 % à 1,7 % du PIB national.
Ce coût intègre la prise en charge médicale lourde des blessés graves (urgences, réanimation, handicaps à vie), les pertes de productivité pour les entreprises (capital humain détruit), les infrastructures endommagées et l’indemnisation des compagnies d’assurances.



