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Crise des engrais : le Maroc, alternative clé pour l’agriculture américaine

Les cours du pétrole malmenés par la guerre au Moyen Orient continuent d’influer largement sur les marchés agricoles, bousculés eux aussi au gré des déclarations du président américain.

Depuis le début du conflit dans le Golfe persique et le blocage du détroit d’Ormuz il y a près de quatre semaines, les prix agricoles à Chicago comme à Paris se sont raffermis dans la foulée des cours de l’or noir, sans toutefois grimper autant.

Le repli du pétrole a alimenté lundi – toujours dans une moindre mesure – celui du blé de part et d’autre de l’Atlantique, dans la foulée de déclarations de Donald Trump annonçant des discussions avec l’Iran – démenties par ce dernier.

« On a l’impression que tout ce qui est annoncé par Trump est suivi à la lettre » par les marchés, relève Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage. Ainsi « on à l’impression que les financiers estiment que Trump par ses derniers mouvements veut se désengager (du conflit). C’est pour cela qu’on a un peu cette détente sur les céréales » depuis quelques jours.

In fine, « l’incertitude perdure », souligne Maxence Devillers, analyste chez Argus Media.

La crise affecte aussi la parité euro-dollar, qui évolue « à l’inverse du pétrole, en lien avec les risques d’inflation », relève-t-il: la flambée du pétrole a fait baisser l’euro ces dernières semaines, redonnant de la compétitivité aux céréales européennes, avant une légère correction depuis le début de cette semaine.

Les « gros titres » d’abord

Autre impact du blocage d’Ormuz: les tensions sur les prix des engrais — largement produits à partir de gaz — sont scrutées par les analystes.

En près de quatre semaines, le prix de l’urée égyptienne a gagné quelque 50%, par exemple. En France, le gouvernement relève une hausse des prix de 15%.

Si le conflit s’éternise, les analystes entrevoient un impact de « moyen-long terme » sur les choix de semis des agriculteurs mondiaux, avec parfois un abandon du blé ou du maïs, au bénéfice d’oléagineux (soja ou canola –le colza OGM) dont la culture dépend moins ou pas des engrais azotés.

Ces conséquences pourraient se matérialiser dès ce printemps alors qu’approchent les semis de blé de l’hémisphère Sud (mai), ou de maïs en Europe et surtout aux Etats-Unis.

Les agriculteurs de l’hémisphère Sud ne s’étaient couverts en achats d’engrais que pour « moins de la moitié », selon M. Devillers, qui insiste aussi sur l’incertitude autour des livraisons: « ce n’est pas qu’une question de prix. Est-ce que les volumes seront là en temps et en heure? »

Le choix des semis, « c’est ce qui va animer le marché dans les semaines prochaines », dit-il.

Côté américain, on temporise la crainte autour des engrais.

« A l’automne, oui, il pourrait y avoir quelques problèmes, mais les agriculteurs américains pourraient se tourner vers le Maroc ou le Venezuela pour acheter leurs engrais, » estime Dewey Strickler, d’Ag Watch Markets Advisors.

En attendant, quelques rares facteurs fondamentaux bien concrets ont pu jouer ces jours derniers.

Ainsi, la directive attendue aux Etats-Unis d’ici la fin de la semaine sur les quotas de biocarburants imposés aux raffineurs a contribué à soutenir le prix du soja américain, note Arlan Suderman, de StoneX. Et pourrait soutenir aussi le maïs.

« Les jours où il y a de gros titres sur la guerre, c’est généralement le facteur dominant (sur les marchés). Les jours où il n’y a pas de gros titre marquant, alors les céréales et les oléagineux s’alignent un peu plus sur les fondamentaux », résume-t-il.

afp/jh

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