
Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2027 ne fait pas que réformer la fiscalité. Il acte aussi une véritable embellie de l’emploi public, avec la création de 34 454 postes budgétaires au titre du budget général. Un chiffre qui marque un coup d’accélérateur pour l’administration marocaine, et qui révèle les priorités stratégiques du gouvernement.
Un effort massif concentré sur trois ministères
Sur les 34 454 postes créés, 33 954 sont destinés aux ministères et institutions, le reste étant réparti entre divers organismes. Mais à y regarder de plus près, la répartition est loin d’être équilibrée. Trois départements captent à eux seuls près de 25 000 postes, soit 73 % du total :
- Ministère de l’Intérieur : 14 200 postes (41 % à lui seul). Un effort considérable qui traduit la volonté de renforcer les services de sécurité et l’administration territoriale.
- Administration de la Défense Nationale : 5 500 postes. Un signal clair sur les priorités sécuritaires et la modernisation des forces armées.
- Ministère de la Santé et de la Protection sociale : 5 400 postes. Un rattrapage attendu pour un secteur en tension chronique, mais qui reste encore en deçà des besoins réels.
Économie, Enseignement supérieur et Justice : le second cercle
Derrière ce trio de tête, plusieurs ministères bénéficient d’une attention soutenue :
- Ministère de l’Économie, des Finances et de la Performance publique : 2 460 postes, confirmant le rôle central de l’administration fiscale et budgétaire dans la conduite des réformes.
- Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation : 1 920 postes. Un investissement dans le capital humain et la recherche, qui contraste avec les 364 postes seulement alloués au Ministère de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et de la Formation Professionnelle.
- Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion : 1 500 postes, pour répondre à la surpopulation carcérale et améliorer les conditions de détention.
Les institutions judiciaires et les petits ministères
Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (340 postes), le Ministère de la Justice (300 postes) et la Cour Royale (200 postes) complètent le tableau des institutions à forte valeur symbolique et opérationnelle.
À l’inverse, de nombreux ministères et institutions se contentent de la portion congrue :
- Ministère des Habous et des Affaires Islamiques : 400 postes
- Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime et de la Souveraineté Alimentaire : 220 postes
- Ministère de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts : 200 postes
- Ministère de la Jeunesse, de la Culture et des Sports : 160 postes
- Ministère des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’Étranger : 155 postes
Enfin, une myriade d’institutions se partagent des miettes : 60 postes pour les Juridictions Financières, le Ministère du Tourisme, le Haut-Commissariat au Plan ; 50 postes pour l’Énergie, l’Industrie et le Commerce ; 25 postes pour le Transport et la Logistique ; et 20 postes pour la Chambre des Représentants, la Chambre des Conseillers, l’Emploi, les Relations avec le Parlement, l’Intelligence Artificielle, les Anciens Résistants, la Famille et l’Instance de lutte contre la corruption.
Plus étonnant encore, le Secrétariat Général du Gouvernement et le Conseil Économique, Social et Environnemental ne bénéficient que de 10 postes chacun. Un déséquilibre qui pose question, alors que ces institutions jouent un rôle clé dans la production normative et l’évaluation des politiques publiques.
Ce qu’il faut retenir
- Sécurité et santé en tête : L’Intérieur, la Défense et la Santé concentrent l’essentiel des créations de postes, confirmant les priorités sécuritaires et sanitaires du gouvernement.
- L’Éducation nationale oubliée : Avec seulement 364 postes, le ministère chargé de l’Éducation nationale fait figure de parent pauvre, alors que la crise des vocations enseignantes persiste.
- Les institutions de contrôle et de gouvernance sous-dotées : Le SGG, le CESE et l’Instance de lutte contre la corruption n’obtiennent que des miettes, ce qui interroge sur la volonté réelle de renforcer la transparence et la bonne gouvernance.
- Un signal politique fort : La création de 20 postes pour le tout nouveau Ministère de l’Intelligence Artificielle, de la Transformation Numérique et de la Réforme de l’Administration traduit une ambition affichée, mais avec des moyens encore très limités.



