Economie

Marché des capitaux : les entreprises se financent-elles de plus en plus à court terme ?

Marché des capitaux : les émissions obligataires décrochent, les certificats de dépôt s’envolent

À fin août 2026, les levées de capitaux sur le marché marocain atteignent 76,97 milliards de dirhams, un niveau quasiment stable sur un an. Mais derrière cette apparente résistance, les lignes bougent : les émissions obligataires chutent de 35,2 %, tandis que les titres de créances négociables progressent de 26,3 %, portés par l’explosion des certificats de dépôt. Une recomposition qui pose la question de la structure des financements mobilisés par les acteurs économiques.

Le marché marocain des capitaux affiche une stabilité en trompe-l’œil. À fin août 2026, le montant cumulé des émissions s’établit à 76,97 milliards de dirhams, contre 77,05 milliards à la même période de 2025. La variation est marginale, à peine -0,1 %. Pourtant, cette quasi-stagnation masque des évolutions divergentes entre les différentes catégories d’instruments financiers.

Le premier signal vient du marché obligataire. Les émissions obligataires cumulées reculent de 29,4 milliards de dirhams à 19,05 milliards, soit une baisse de 35,2 % en un an. Le repli est particulièrement marqué pour les placements privés, dont le volume passe de 23,45 milliards à 12,05 milliards de dirhams, soit une contraction de 48,6 %.

À l’inverse, les émissions obligataires par appel public à l’épargne progressent de 17,6 %, passant de 5,95 milliards à 7 milliards de dirhams. Cette évolution positive ne suffit toutefois pas à compenser le recul des placements privés, qui représentent encore une part importante des émissions obligataires recensées.

Levées de capitaux au Maroc : émissions à fin août 2026

Montants en millions de dirhams (MDH).

InstrumentAoût 2026Cumul à fin août 2026Cumul à fin août 2025Variation annuelle
Émissions de titres de capital—3 0024 170-28,0 %
Appel public à l’épargne—3 0024 170-28,0 %
Placement privé————
Émissions obligataires2 20019 05029 400-35,2 %
Appel public à l’épargne—7 0005 950+17,6 %
Placement privé2 20012 05023 450-48,6 %
Titres de créances négociables (TCN)3 89354 91843 483+26,3 %
Certificats de dépôt3 69331 53216 197+94,7 %
Bons de sociétés de financement2007 83613 192-40,6 %
Billets de trésorerie—15 55014 094+10,3 %
Total des émissions6 09376 97077 053-0,1 %

Les certificats de dépôt changent la donne

Alors que les émissions obligataires ralentissent, les titres de créances négociables (TCN) deviennent le principal moteur des levées de capitaux. Leur volume cumulé atteint 54,92 milliards de dirhams à fin août 2026, contre 43,48 milliards un an auparavant, soit une hausse de 26,3 %.

Cette progression repose largement sur les certificats de dépôt. Leurs émissions bondissent de 16,2 milliards à 31,53 milliards de dirhams, une augmentation de près de 95 %. Ils constituent ainsi le principal facteur de croissance des TCN.

Les billets de trésorerie progressent également, mais à un rythme plus modéré : leurs émissions passent de 14,09 milliards à 15,55 milliards de dirhams, soit une hausse de 10,3 %. En revanche, les bons des sociétés de financement reculent de 13,19 milliards à 7,84 milliards de dirhams, en baisse de 40,6 %.

Cette dynamique révèle une recomposition des instruments utilisés pour mobiliser des ressources. Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à un renforcement du financement productif : les TCN répondent notamment à des besoins de financement à court terme, tandis que les obligations peuvent permettre de mobiliser des ressources sur des horizons plus longs.

Les émissions de titres de capital reculent de 28 %

Le financement par fonds propres ne suit pas la même trajectoire. Les émissions de titres de capital passent de 4,17 milliards de dirhams à fin août 2025 à 3,002 milliards à fin août 2026, soit une baisse de 28 %.

Les opérations recensées sur cette période relèvent de l’appel public à l’épargne, sans montant signalé au titre des placements privés dans les données communiquées.

Ce recul mérite attention, car les émissions de titres de capital constituent un levier de financement qui permet aux entreprises de renforcer leurs fonds propres sans recourir exclusivement à l’endettement. Il reste néanmoins nécessaire de disposer du détail des opérations et de leur nature pour déterminer si cette baisse traduit un ralentissement ponctuel ou une tendance plus durable.

Une stabilité globale qui masque des fragilités

Le maintien des levées de capitaux autour de 77 milliards de dirhams ne signifie donc pas que toutes les sources de financement évoluent favorablement. La progression des TCN compense presque intégralement le recul des émissions obligataires et des titres de capital.

L’enjeu dépasse les montants cumulés. Il concerne la capacité du marché à offrir aux entreprises une gamme diversifiée de financements, adaptée à leurs besoins de trésorerie comme à leurs investissements de long terme. Une croissance dominée par les instruments de dette négociables ne produit pas nécessairement les mêmes effets qu’une progression des émissions obligataires ou des augmentations de capital.

Le véritable indicateur à surveiller n’est donc pas seulement le volume total des levées de capitaux, mais leur composition, leur maturité et leur destination. À fin août 2026, le marché marocain maintient globalement ses volumes, mais la forte progression des certificats de dépôt contraste avec le recul des émissions obligataires et des titres de capital. Reste à savoir dans quelle mesure cette recomposition répond aux besoins structurels de financement des entreprises marocaines.

Prêt-emprunt de titres : l’encours plonge de 37 %, les volumes progressent de 19 %

Le marché marocain du prêt-emprunt de titres affiche une évolution contrastée à fin août 2026. Si l’encours recule fortement depuis le début de l’année, le volume cumulé des opérations poursuit sa progression sur un an, révélant des dynamiques différentes entre stock et activité.

Le prêt-emprunt de titres enregistre un net repli au Maroc. À fin août 2026, l’encours de cette activité s’établit à 33,3 milliards de dirhams, en baisse de 37 % depuis janvier et de 6 % sur douze mois.

Cette contraction de l’encours contraste avec l’évolution des volumes échangés depuis le début de l’année. À lui seul, le mois d’août a enregistré un volume d’opérations de 19,2 milliards de dirhams, en recul de 38 % par rapport au mois précédent.

Sur les huit premiers mois de 2026, le volume cumulé atteint toutefois 292,7 milliards de dirhams, en hausse de 19 % par rapport à la même période de 2025.

Un marché à deux vitesses

Ces indicateurs dessinent une évolution contrastée du marché. D’un côté, l’encours du prêt-emprunt de titres se contracte sensiblement depuis le début de l’année. De l’autre, le volume cumulé des opérations progresse sur un an, malgré le ralentissement enregistré en août.

Cette divergence doit être interprétée avec prudence. L’encours correspond au stock de titres prêtés à une date donnée, tandis que le volume des opérations mesure l’activité réalisée sur une période. Leur évolution ne traduit donc pas nécessairement les mêmes mouvements.

La progression des volumes cumulés témoigne d’une activité plus importante qu’à la même période de 2025, sans pour autant signifier une augmentation équivalente des positions en cours.

L’évolution des prochains mois permettra de déterminer si le recul de l’encours constitue une correction ponctuelle ou s’inscrit dans une tendance plus durable du marché marocain du prêt-emprunt de titres.

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