Economie

Marché des capitaux : l’épargne se déplace vers le court terme

OPCVM au Maroc : 845 milliards de DH sous gestion, mais où va réellement l’épargne ?

Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) affichent un actif net de 845,44 milliards de dirhams à fin août 2026, en hausse de 7,69 % depuis le début de l’année. Derrière cette progression, les placements obligataires à court terme et les fonds monétaires enregistrent les hausses les plus marquées, tandis que les fonds obligataires à moyen et long termes reculent. Une évolution qui interroge sur les arbitrages des investisseurs et la capacité du marché des capitaux à orienter l’épargne vers le financement de long terme.

1. Les OPCVM dépassent 845 milliards de DH d’actifs

CatégorieNombre de fondsActif net (MMDH)Variation depuis janvier
Actions11978,73+1,97 %
Diversifiés140113,37+10,34 %
Monétaires71137,30+24,70 %
Obligations court terme73144,45+27,59 %
Obligations moyen et long termes218359,18-3,70 %
Contractuels612,41+40,96 %
Total627845,44+7,69 %

Source : indicateurs mensuels du marché des capitaux, août 2026.

Les placements à court terme gagnent du terrain

La progression des fonds monétaires et obligataires à court terme constitue l’un des faits marquants de la période. Leurs actifs nets augmentent respectivement de 24,70 % et de 27,59 % depuis le début de l’année, pour atteindre 137,30 milliards et 144,45 milliards de dirhams.

À eux deux, ces compartiments représentent 281,75 milliards de dirhams, soit environ un tiers de l’actif net total des OPCVM. Cette évolution traduit une dynamique favorable à ces catégories de placement, sans permettre, à elle seule, de déterminer si elle résulte d’une recherche de liquidité, d’arbitrages de portefeuille ou d’autres facteurs de marché.

À l’inverse, les OPCVM obligataires à moyen et long termes, qui constituent la principale catégorie en volume avec 359,18 milliards de dirhams, affichent un recul de 3,70 %. Cette contraction mérite attention, mais elle ne suffit pas à conclure à un désengagement global des investisseurs du financement à long terme.

Les fonds actions restent en retrait

Avec 78,73 milliards de dirhams d’actifs nets, les fonds actions enregistrent une hausse limitée à 1,97 % depuis janvier. Ils représentent moins de 10 % de l’actif net total des OPCVM.

Le contraste avec les fonds monétaires et obligataires à court terme souligne le poids relatif des placements de marché moins directement exposés aux fluctuations des actions. Il pose également la question de la capacité du marché boursier à attirer davantage d’épargne collective vers les entreprises cotées.

Il faut toutefois distinguer la progression des encours de la collecte nette : l’évolution d’un actif net dépend à la fois des souscriptions, des rachats et de la performance des actifs détenus. Les chiffres de variation des encours ne permettent donc pas, seuls, de mesurer les flux effectivement investis.

OPCC et OPCI : des encours en forte progression

Les autres véhicules d’investissement affichent également des évolutions notables.

CatégorieNombre de fondsActif net ou total sous gestionVariation depuis janvier
OPCC215,52 MMDH+76,00 %
OPCI65133,97 MMDH+22,53 %
FPCT241,14 MMDH de total sous gestion+1,70 %

Les organismes de placement collectif en capital (OPCC) affichent la hausse relative la plus élevée, avec 76 % depuis le début de l’année, mais leurs encours restent modestes à 5,52 milliards de dirhams. Les organismes de placement collectif immobilier (OPCI) atteignent, pour leur part, 133,97 milliards de dirhams, en progression de 22,53 %.

Ces évolutions montrent que les instruments collectifs d’investissement ne se limitent pas aux fonds traditionnels. Pour autant, leur croissance doit être appréciée au regard de leur taille, de leur liquidité, de leur contribution au financement productif et des risques associés à chaque catégorie.

Le véritable enjeu : transformer l’épargne en financement productif

La hausse de l’actif net global des OPCVM constitue un indicateur de développement du secteur de la gestion collective. Mais elle ne répond pas à elle seule à une question essentielle : dans quelle mesure cette épargne contribue-t-elle au financement des entreprises et de l’économie réelle ?

La prédominance des obligations à moyen et long termes dans les encours, conjuguée à la progression rapide des compartiments monétaires et obligataires à court terme, appelle une lecture plus détaillée de l’allocation des portefeuilles. Il faudrait notamment connaître la part des titres publics et privés…

Le défi pour le marché marocain des capitaux n’est donc pas uniquement d’accroître les encours sous gestion, mais de renforcer leur contribution au financement des entreprises, à l’investissement productif et à la diversification des sources de financement de l’économie.

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