
Le Maroc a réalisé des progrès significatifs dans la lutte contre la faim depuis 2000, mais la tendance récente invite à la vigilance. Selon l’Indice mondial de la faim 2026 (Global Hunger Index) , son score est passé de 15,7 en 2000 à 9 en 2026, tout en se dégradant par rapport aux 8,2 points enregistrés en 2018. Une évolution qui soulève la question de la consolidation des acquis en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.
Selon les dernières données du Global Hunger Index 2026 (GHI), le Maroc enregistre un score de 9.0, le plaçant au 47ᵉ rang mondial sur 123 pays évalués.
Le score du Maroc dans l’Indice mondial de la faim a connu une évolution contrastée au cours des dernières décennies. Il est passé de 15,7 en 2000 à 16,4 en 2006, avant de reculer sensiblement à 9,4 en 2012, puis à 8,2 en 2018. En 2026, il remonte à 9,0, traduisant une légère dégradation par rapport à 2018. Malgré cette inflexion récente, le Royaume demeure dans la catégorie des pays affichant un faible niveau de faim, alors qu’il se situait à un niveau modéré au début des années 2000.:
- 2000 : 15,7 (niveau modéré)
- 2006 : 16,4 (niveau modéré)
- 2012 : 9,4 (niveau faible)
- 2018 : 8,2 (niveau faible)
- 2026 : 9,0 (niveau faible)
Le score marocain s’est amélioré par rapport à celui de 2000, qui s’élevait à 15,7. Toutefois, il est passé de 8,2 en 2018 à 9,0 en 2026, ce qui traduit une légère dégradation selon les données comparables de l’indice.
Les 4 piliers de l’évaluation au crible
L’indice GHI 2026 repose sur quatre indicateurs complémentaires qui détaillent le profil nutritionnel et sanitaire du pays :
Sous-alimentation : 6,5 % de la population souffre d’un apport calorique insuffisant.
Retard de croissance chez les enfants : 13,7 % des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance (taille basse pour leur âge, traduisant une malnutrition chronique).
Émaciation chez les enfants : 2,7 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’émaciation (poids bas pour leur taille, traduisant une malnutrition aiguë).
Mortalité infantile : 1,7 % des enfants meurent avant d’atteindre leur cinquième anniversaire.
L’examen de la trajectoire historique des quatre indicateurs fondamentaux apporte un éclairage plus précis sur les mutations de la santé publique et de la nutrition au Maroc :
Retard de croissance infantile (Child stunting) : Une baisse constante et significative
C’est la baisse la plus marquée du graphique. Le taux de retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans est passé de 25,4 % en 2000 à 19,7 % en 2006, puis 15,6 % en 2012, 14,1 % en 2018 pour atteindre 13,7 %.
Constat : Bien qu’il demeure l’indicateur au niveau le plus élevé, il traduit un recul continu de la malnutrition chronique sur un quart de siècle.
Sous-alimentation globale (Undernourishment) : Une résurgence récente à surveiller
Resté sous contrôle pendant deux décennies — oscillant autour de 5,8 % en 2000, 4,9 % en 2006, 4,2 % en 2012 et un point bas à 3,6 % en 2018 —, cet indicateur remonte à 6,5 % .
Constat : Ce rebond reflète les tensions économiques globales récentes et la hausse du coût de la vie qui pèsent sur le pouvoir d’achat calorique de certaines franches de la population.
Émaciation chez les enfants (Child wasting) : Une maîtrise réussie après le pic de 2006
Après une hausse temporaire observée au milieu des années 2000 (passant de 3,9 % en 2000 à un pic de 10,8 % en 2006), l’émaciation aiguë s’est fortement repliée pour se stabiliser à un niveau très bas : 2,2 % en 2012, 2,6 % en 2018 et 2,7 %.
Constat : La gestion des épisodes de malnutrition aiguë chez les très jeunes enfants s’est nettement structurée depuis 2010.
Mortalité infantile (Child mortality) : Un succès continu de la santé publique
La mortalité des enfants de moins de 5 ans enregistre une trajectoire descendante ininterrompue, passant de 5,1 % en 2000 à 3,8 % (2006), 2,7 % (2012), 1,9 % (2018) pour s’établir à 1,7 %.
Constat : Ce chiffre illustre les avancées en matière d’accès aux soins de santé primaires, de vaccination et d’amélioration des conditions d’hygiène.
Récapitulatif de la tendance des indicateurs
| Indicateur (en % de la population/des enfants) | 2000 | 2006 | 2012 | 2018 | 2026 | Tendance globale |
| Retard de croissance (Stunting) | 25,4 % | 19,7 % | 15,6 % | 14,1 % | 13,7 % | En baisse soutenue |
| Sous-alimentation (Undernourishment) | 5,8 % | 4,9 % | 4,2 % | 3,6 % | 6,5 % | En légère hausse |
| Émaciation (Wasting) | 3,9 % | 10,8 % | 2,2 % | 2,6 % | 2,7 % | Faible / Stabilisé |
| Mortalité infantile (Mortality) | 5,1 % | 3,8 % | 2,7 % | 1,9 % | 1,7 % | En baisse continue |
Le Maroc reste distancé par la Tunisie et l’Algérie
Avec un score de 9,0, le Maroc se situe nettement en dessous de la moyenne régionale WANA (12,5) et de la moyenne mondiale (18,1). Plus le score est bas, plus la situation alimentaire est maîtrisée.
Le Maroc (9,0) devance l’Égypte (10,5), Oman (10,8), l’Irak (11,9) ou la Libye (12,9). Il se positionne derrière la Tunisie (6,0) et l’Algérie (7,5), ainsi que les pays du Golfe (Koweït, Émirats arabes unis) et la Turquie, qui enregistrent des scores inférieurs à 5.
La République arabe syrienne enregistre le score le plus préoccupant de la région (31,5), illustrant l’impact dévastateur des conflits sur la sécurité alimentaire
Le maintien du Maroc sous le seuil des 10 points témoigne de la résilience globale de son système d’approvisionnement et de ses programmes de protection sociale. Cependant, l’écart observé avec d’autres pays d’Afrique du Nord (Tunisie, Algérie) et la remontée de la sous-alimentation calorique rappellent l’importance de cibler la souveraineté alimentaire et la protection des ménages vulnérables face aux chocs climatiques et économiques



