
La Formule 1 annonce son retour en Afrique avec un Grand Prix au Rwanda au début des années
Le Rwanda accueillera une course de Formule 1 au début des années 2030, marquant le retour de la discipline sur le continent africain après près de 40 ans d’absence.
Le Grand Prix d’Afrique fera l’objet d’un contrat de dix ans et se déroulera sur un circuit construit spécialement à Bugesera, au sud-est de la capitale, Kigali, a annoncé mardi la Formule 1. La piste devrait être achevée au début de la prochaine décennie.
« Ce partenariat aurait dû se concrétiser depuis longtemps », a déclaré le président rwandais, Paul Kagame, lors d’un événement organisé à Kigali pour lancer le projet. « C’est une réussite et une étape majeure pour l’ensemble du continent, en particulier pour les amateurs africains. Notre objectif est, à terme, que le Grand Prix d’Afrique ouvre la voie à l’organisation d’autres courses sur le continent. »
Le retour de la Formule 1 en Afrique concrétisera une ambition de longue date du septuple champion du monde Lewis Hamilton, seul pilote noir de la discipline. Le Britannique de 41 ans a déclaré avoir œuvré en coulisses pendant plusieurs années pour que la Formule 1 revienne en Afrique.
La dernière course de Formule 1 organisée sur le continent remonte au Grand Prix d’Afrique du Sud de 1993.
« Aujourd’hui est un moment historique pour la Formule 1 », a déclaré Stefano Domenicali, président-directeur général de la discipline. « Avec l’arrivée du Rwanda au calendrier au cours de la prochaine décennie, notre sport sera présent sur tous les continents habités, rapprochant plus que jamais le championnat du monde des fans du monde entier. »
« L’Afrique a toujours fait partie de l’avenir de la Formule 1 et, dès le départ, nous étions déterminés à y revenir dans les bonnes conditions, avec le bon partenaire, un engagement à long terme et une vision claire visant à produire un impact significatif. »
Le Rwanda mise sur un circuit exigeant et des retombées économiques
Le Rwanda devient le premier nouveau pays hôte confirmé de la Formule 1 depuis l’arrivée du Qatar et de l’Arabie saoudite au calendrier en 2021.
Le circuit de Bugesera sera construit à proximité d’un aéroport en cours de construction destiné à desservir Kigali. Selon la Formule 1, la piste sera conçue pour s’intégrer harmonieusement au paysage naturel, en exploitant les dénivelés et les reliefs afin de proposer un tracé exigeant aux pilotes.
Paul Kagame a indiqué que son pays entend tirer parti de cette course pour développer ses infrastructures sportives et touristiques, tout en diversifiant ses sources de revenus.
« Notre pays sera sous les projecteurs de la scène internationale. Cela s’accompagne d’investissements et de créations d’emplois, notamment pour les jeunes », a déclaré Betty Mukamurenzi, étudiante en informatique à l’université de Kigali, à l’Associated Press.
L’homme d’affaires James Ruzindana a souligné que cet événement représentait également un défi pour les entreprises locales. Selon lui, celles-ci devront améliorer leur offre afin de répondre aux attentes des visiteurs.
Le projet pourrait raviver les critiques sur le bilan du Rwanda en matière de droits humains
Le Rwanda cherche depuis longtemps à renforcer sa visibilité internationale grâce au sport, mais l’accueil de la Formule 1 ferait franchir un nouveau cap à cette stratégie.
Le projet pourrait également attirer davantage l’attention sur les préoccupations relatives aux droits humains.
Sous la présidence de Paul Kagame, le Rwanda a sponsorisé de grands clubs européens de football, développé un partenariat dans le basketball avec la NBA et accueilli les championnats du monde de cyclisme.
Cette stratégie vise notamment à promouvoir une image positive du pays, encore souvent associé à l’international au génocide de 1994. Des critiques accusent les autorités rwandaises de recourir au « sportswashing », c’est-à-dire à l’organisation et au financement d’événements sportifs pour détourner l’attention du bilan du président Kagame en matière de droits humains.
Le Rwanda a également fait l’objet d’accusations des Nations unies concernant son soutien à des groupes rebelles dans la République démocratique du Congo voisine. Des responsables congolais ont notamment critiqué ses opérations de sponsoring sportif.
Le Rwanda pourrait devancer l’Afrique du Sud
Plusieurs projets concurrents ont été envisagés pour ramener la Formule 1 en Afrique, notamment trois sites potentiels en Afrique du Sud et un projet au Maroc.
Le ministre sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture, Gayton McKenzie, avait publié la semaine précédente un message félicitant le Rwanda, avant même l’annonce officielle de la décision. Il a néanmoins maintenu que son pays accueillerait lui aussi une course de Formule 1.
« Nous sommes heureux pour le Rwanda et son Grand Prix prévu en 2030. Ils travaillent sur ce projet depuis plus longtemps que l’Afrique du Sud et le méritent », a-t-il écrit sur X. « Rappelons toutefois qu’un pays comme l’Italie accueille deux Grands Prix par an, alors que certains semblent penser qu’un continent de 55 pays ne peut en accueillir qu’un seul. L’Afrique du Sud accueillera la Formule 1, elle aussi, avant 2030. »
La déclaration publiée mardi par la Formule 1 ne mentionnait pas l’Afrique du Sud.
La Formule 1 en Afrique, une histoire marquée par l’apartheid
Les précédentes courses de Formule 1 organisées en Afrique ont été largement marquées par la politique d’apartheid en Afrique du Sud.
Au cours des années 1970 et 1980, la discipline et ses écuries ont fait face à des critiques croissantes. La situation a atteint un point culminant en 1985, lorsque certaines équipes ont boycotté le Grand Prix d’Afrique du Sud, alors que le pays était confronté à diverses sanctions internationales et campagnes de boycott.
Après le début du démantèlement du système de ségrégation raciale et d’oppression en Afrique du Sud, la Formule 1 est revenue sur le circuit de Kyalami pour deux courses, en 1992 et 1993. Cette dernière édition s’est déroulée moins d’un an avant les premières élections démocratiques du pays, auxquelles des millions de Sud-Africains noirs ont pu participer.
La Formule 1 a également organisé un Grand Prix du Maroc en 1958, seule année où le Royaume a accueilli une manche du championnat du monde.
Un projet visant à construire un circuit pour permettre le retour de la discipline au Maroc a été annoncé l’année dernière, mais peu d’informations nouvelles ont été communiquées depuis.



