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Énergie : Le Maroc frappé par un choc d’importation au mois de mars

Si le bilan du premier trimestre 2026 affichait une apparente stabilité (+1,1 % en valeur), les chiffres du mois de mars révèlent une réalité beaucoup plus brutale. Le Royaume subit de plein fouet l’envolée des cours mondiaux du brut, transformant une gestion budgétaire prudente en un véritable défi de balance commerciale.

L’accélération fulgurante de mars : +40 % en un mois

Le chiffre est sans appel : entre février et mars 2026, la facture énergétique a bondi de +40 %, soit une charge supplémentaire de 3,61 milliards de dirhams (MMDH) en seulement 30 jours, selon les données de l’Office des Changes publiées au 30 avril 2026.

Facture énergétique du Maroc au T1 2026

Le premier trimestre 2026 marque un tournant pour la balance commerciale marocaine. Selon les derniers indicateurs, le Royaume fait face à une équation complexe : une consommation en volume qui se rétracte globalement, mais une facture qui continue de s’alourdir sous la pression des cours mondiaux.

Une facture alourdie par l’inflation importée

Malgré une stratégie de sobriété ou de contrainte, le coût des importations énergétiques a atteint 28,49 milliards de dirhams à fin mars 2026, contre 28,17 milliards un an plus tôt.

Cette hausse de 1,1 % en valeur masque une réalité plus frappante en termes de quantités : les volumes importés ont chuté de 5,2 % (passant de 8,66 Mt à 8,21 Mt). Ce décalage confirme la prédominance de « l’effet prix » sur le marché international, où le Maroc subit la volatilité des cours sans pouvoir réduire sa dépendance financière.

Produits énergétiquesPoids 2026 (T)Valeur 2026 (1000 DH)Poids 2025 (T)Valeur 2025 (1000 DH)Variation Poids (%)Variation Valeur (%)
Énergie et lubrifiants (Total)8 214 96728 487 0488 663 10428 175 361-5,2%+1,1%
Gas-oils et fuel-oils2 197 38915 286 6921 898 44113 323 302+15,8%+14,7%
Gaz de pétrole et autres hydrocarbures2 738 4214 589 0003 109 4895 882 967-11,9%-22,0%
Huiles de pétrole et lubrifiants433 2063 511 079349 1612 841 572+24,1%+23,6%
Houilles, cokes et combustibles solides2 512 6742 657 2442 986 1903 557 071-15,9%-25,3%
Essence de pétrole242 8971 731 990192 9381 516 770+25,9%+14,2%
Paraffines et dérivés du pétrole90 379376 477126 885655 233-28,8%-42,5%
Autres produits énergétiques334 566398 446-16,0%

Gasoil et Essence : Les moteurs d’une mobilité en surchauffe

Le segment des produits pétroliers liquides reste le principal centre de coût pour le pays.

  • Le Gasoil, pilier de l’économie : Avec une hausse combinée du volume (+15,8 %) et de la valeur (+14,7 %), les gas-oils et fuel-oils demeurent indispensables au transport logistique et à l’industrie.
  • L’Essence en plein essor : Le volume d’essence importé a bondi de 25,9 %, signe d’une reprise intense de la mobilité individuelle, bien que la facture n’ait suivi qu’à hauteur de 14,2 %, suggérant des opportunités d’achat ou une structure de prix plus favorable sur ce segment précis.

Le Gaz et le Charbon : Un repli stratégique ou conjoncturel ?

À l’inverse des carburants routiers, les combustibles destinés à la production d’énergie et à l’industrie lourde affichent une baisse notable.

  • Dégringolade du Gaz : Le gaz de pétrole et autres hydrocarbures ont vu leur valeur fondre de 22 %, pour une baisse de volume de près de 12 %. Cette déconnexion peut s’expliquer par un prix international du gaz plus clément qu’en 2025, mais pose aussi la question d’un arbitrage industriel vers d’autres sources d’énergie.
  • Le déclin du Charbon : Les importations de houilles et cokes chutent lourdement (-15,9 % en volume et -25,3 % en valeur). Ce repli est un signal fort qui pourrait traduire soit un ralentissement de l’activité thermique traditionnelle, soit une montée en puissance effective des énergies renouvelables dans le mix électrique national.

Conclusion : Le profil énergétique du Maroc au premier trimestre 2026 révèle une économie qui roule davantage (essence/gasoil) mais qui semble optimiser ou transformer ses modes de production thermique (gaz/charbon). La gestion de la facture reste toutefois à la merci des tensions géopolitiques mondiales.

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