Soutien aux ménages : une politique financée par la cherté de l’énergie ?

Dans un contexte marqué par la volatilité des prix de l’énergie, la politique économique actuelle met en lumière un mécanisme budgétaire ambivalent : l’État dépense d’un côté ce qu’il récupère en partie de l’autre.
Les recettes issues de la Taxe intérieure de consommation (TIC) sur les produits énergétiques ont fortement progressé, atteignant 5,669 milliards de dirhams à fin mars 2026 , en hausse de 26,6% sur un an, selon les dernières données de la Trésorerie Générale du Royaume (TGR),
Cette évolution reflète principalement l’effet de la hausse des prix internationaux de l’énergie, qui élargit mécaniquement l’assiette fiscale.
Dans le même temps, les pouvoirs publics mobilisent près de 1,7 milliard de dirhams par mois afin de contenir l’impact de cette hausse, entre autres, sur les ménages et les secteurs les plus exposés.
Une enveloppe budgétaire conséquente, destinée à préserver le pouvoir d’achat et à éviter une transmission directe de l’inflation importée.
Ce double mouvement alimente toutefois une lecture critique : l’État compense partiellement les dépenses de soutien par la hausse des recettes fiscales sur l’énergie. Autrement dit, une partie des ressources générées par la cherté de l’énergie sert à financer les dispositifs censés en amortir les effets.
Ce schéma pose une question de fond sur la cohérence de la politique économique : s’agit-il d’un véritable filet de protection sociale ou d’un simple recyclage des recettes issues de la conjoncture internationale ?
Si ce mécanisme permet de limiter les chocs sur les prix à court terme, il engendre également une pression croissante sur les finances publiques. L’équation devient plus complexe lorsque les recettes fiscales augmentent, non pas grâce à la croissance réelle, mais en raison de la hausse des prix mondiaux.
Dans ce contexte, la soutenabilité du modèle repose sur un équilibre fragile entre :
- la protection du pouvoir d’achat,
- la dépendance aux marchés énergétiques internationaux,
- et la capacité de l’État à absorber durablement ces chocs.
Au final, la politique actuelle apparaît comme un système de compensation interne, où les gains fiscaux liés à l’énergie contribuent indirectement à financer les efforts de stabilisation des prix. Une logique efficace à court terme, mais qui soulève des interrogations sur sa pérennité si la volatilité des marchés énergétiques venait à se prolonger.

