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TRIBUNE : Financement de la TPME et résilience de l’économie marocaine

  • M’Fadel EL HALAISSI
  •  Directeur Général Délégué-Bank Of Africa

Tout    au    long    des    deux dernières décennies, l’économie    marocaine    a démontré  son  dynamisme et  sa  résilience  face  aux diverses crises économiques et sociales qui ont secoué le monde. Aussi   bien   des   crises   économiques globalisées   comme   celle   de   2008, des  crises  sociales  dites  du  printemps Arabe, que des crises sanitaires comme celle   actuellement   de   la   Covid-19; force  est  de  constater  que  l’économie marocaine  a  déployé  ses  amortisseurs socio-économiques   en   réduisant   très significativement  les  ondes  de  choc de    telles    crises,    fondamentalement exogènes. Alors,  on  est  en  droit  de  se  demander de  quels  ingrédients  la  recette  de  cette résilience a-t-elle été composée ? Il  est  indéniable  que  la  base  et  les fondations  de  la  solidité  et  l’agilité  de l’économie  marocaine  résident  dans  la stabilité et la légitimité de son système politique.   Celui-ci   étant   le   terreau où  foisonnent  les  substrats  suivants : population jeune et dynamique, structure diversifiée du PIB, inflation maîtrisée, déficit  budgétaire  sous  contrôle,  taux d’investissement très élevé et croissance économique honorable.

Néanmoins,    derrière    cette    façade embellissante de l’économie marocaine se   cache   un   arrière-plan   de   limites et    contraintes    qui    compriment    sa croissance  en  réduisant  les  avantages des  effets  multiplicateurs  positifs  de chaque  élément  qu’aurait  pu  apporter singulièrement et collectivement. L’élément fondamental constituant l’épine    dorsale    de    cette    «arrière-boutique»  étant  le  sous-emploi  de  la population active. En effet, une conviction, que certains économistes partagent, est   que   l’économie   de   marché   est structurellement tributaire de la consommation,  donc  de  la  demande effective  au  sens  Keynésien  du  terme, et   partant,   du   pouvoir   d’achat   qui s’exprime   sans   discontinuité   sur   le marché.

Par  conséquent,  la  consommation  est assimilée  à  l’énergie  d’un  moteur  ;  le moteur  tournera  tant  que  son  énergie (qui  est  la  consommation)  continue  de l’alimenter sans arrêt !La   consommation   est   tributaire   de l’emploi, lequel dépend de la croissance qui,    elle-même,        dépend    de    la consommation. Bref, un véritable cycle infernal   d’un   cercle   trigonométrique en constante interaction car intrinsèquement et profondément interdépendants. Si   le   modèle   économique   suivi   par le   Royaume   du   Maroc   depuis   les deux  dernières  décennies  s’essouffle actuellement  après  plusieurs  années  de réussite et de succès, c’est que l’équilibre de ce cercle trigonométrique a été rompu au fil des ans, se traduisant par moins d’emplois,  moins  de  consommation  et moins de croissance.

Ainsi,  le  cercle  vertueux  des  années 2000  à  2010  se  transforme  en  cercle vicieux    pour    une    économie,    dont la quasi-totalité des indicateurs macroéconomiques sont au vert. Toutefois,  la  résistance  de  l’économie marocaine   et   sa   haute   résilience   se mesurent par sa performance à maintenir un  équilibre,  aussi  fragile  soit-il,  entre ces trois agrégats macroéconomiques et sur une durée largement à moyen terme. C’est    effectivement    ce    que    nous démontrent  les  faits  constatés  depuis 2011  à  ce  jour  à  travers  cette  forte résilience en dépit des ruptures avérées et stigmatisées dans le constat douloureux des insuffisances manifestes de création d’emplois. Le  principal  ressort  de  cette  résilience réside en grande partie dans les énormes efforts consentis par le système financier du  Royaume  dans  le  développement du financement de la PMI-PME, de la TPE   et   des   programmes   d’inclusion financière.

Ces efforts ont abouti au placement du Maroc  en  tête  de  l’ensemble  des  pays de  la  région  MENA,  avec  un  taux  de financement  des  besoins  de  la  PMI-PME  supérieur  à  25%,  alors  que  la moyenne  de  cet  espace  économique peine à atteindre les 15%.

Faits  et  constats  aboutissant  à  des convictions

 A l’instar de nombreux pays à économie émergente,  le  Royaume  affiche  une économie  à  capillarité  dominée  par  le segment des PMI-PME et TPE, tout en se  complaisant  dans  ses  singularités. Trois axiomes sont à retenir :

  1. Plus de 95% du tissu entrepreneurial au Maroc est constitué des PMI-PME et TPE.
  2. 2- La création des nouveaux emplois est quasiment l’œuvre des PMI-PME, TPE et auto-entrepreneurs.
  3. 3-  Le  rapport  coût  d’investissement/emploi   créé   le   plus   avantageux   est bien  celui  qui  recèle  cette  catégorie des  moyennes,  petites  et  très  petites entreprises.

À cet égard, la singularité de l’économie marocaine  se  caractérise  par  le  pays qui   consent   un   effort   très   élevé   en investissement. Avec un taux de 34% du P.I.B consacré à la F.B.C.F, le Royaume se place en tête du classement mondial selon  le  rapport  de  la  S.F.I  d’octobre 2019  relatif  au  diagnostic  du  secteur privé. D’après  le  même  rapport  (page  7),  ce taux élevé d’investissement très soutenu depuis  le  milieu  des  années  2000  n’a pas eu les retombées espérées en termes d’emploi, ni en termes de croissance. La   raison   fondamentale   est   que   la majorité    de    ces    investissements    a été  l’œuvre  de  l’Etat  ou  d’entreprises publiques dans les secteurs d’infrastructure  avec  un  très  faible impact positif sur l’emploi. Ainsi, le modèle, basé sur un taux élevé d’accumulation du Capital public fixe pour  stimuler  la  croissance,  trouve ses limites dans l’exemple du Maroc. Ce  modèle  est  à  revoir,  la  croissance…

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