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Rapport annuel 2025 de l’INPPLC : les cinq messages qui dérangent

Le rapport annuel 2025 de l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC), publié au Bulletin Officiel ce 30 octobre 2026, ne contient aucune estimation chiffrée du coût économique de la corruption. Pourtant, le chiffre de 50 milliards de dirhams par an est bien associé à cette institution, mais il provient d’un contexte différent. Ce montant a été avancé par Mohamed Bachir Rachdi, l’ancien président de l’INPPLC, lors de la présentation du rapport annuel 2023 (publié en octobre 2024). Il avait alors estimé que la corruption coûtait au Maroc entre 3,5 % et 6 % de son PIB, soit l’équivalent d’environ 50 milliards de dirhams par an .

Pourquoi cette absence dans le rapport 2025 ?

Le rapport de Mohamed Benalilou, adopte une approche différente. Il se concentre sur une lecture analytique des indicateurs internationaux (IPC, V-Dem, Basel AML, WJP, B-READY, etc.) et sur le déficit d’exécution des réformes. L’objectif affiché est de passer « de la construction d’institutions à la construction d’impact », en mesurant l’écart entre les textes et leur application réelle.

Il est donc possible que l’INPPLC ait choisi de ne pas reconduire cette estimation macroéconomique, peut-être pour privilégier des indicateurs plus directement liés à l’évaluation des politiques publiques, ou parce que la méthodologie de calcul du coût de la corruption est complexe et sujette à débat. Le rapport ne fournit pas d’explication explicite sur ce point.

Une année charnière

Le rapport annuel 2025 de l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC) , présidée par Mohamed Benalilou, constitue une année charnière : passage de la phase de construction institutionnelle à celle de la consolidation du leadership stratégique du système national d’intégrité.

Le rapport ne se limite pas à présenter le bilan des activités ; il propose une lecture analytique des données et indicateurs autour d’une question centrale : que révèlent ces indicateurs sur l’état de l’intégrité et de la corruption au Maroc ?

Constat central : Le Maroc a accumulé des acquis institutionnels et législatifs importants, mais ceux-ci font face à des défis de mise en œuvre, des disparités sectorielles dans les niveaux de conformité, et un besoin de renforcer l’impact réel des réformes sur le quotidien des citoyens et la qualité des services publics.

Les cinq messages clés du rapport

Message 1 : Les indicateurs internationaux montrent des progrès… mais un impact limité

  • Le défi n’est plus de bâtir des institutions ou voter des lois, mais de produire un effet réel sur les comportements et la confiance des citoyens et investisseurs.
  • Le succès d’une réforme ne se mesure pas au nombre de textes, mais à sa capacité à réduire les opportunités de corruption.

Message 2 : La réforme se poursuit… mais le déficit d’exécution persiste

  • Le Maroc est dans une situation transitionnelle complexe : progrès et blocages coexistent.
  • Il faut écarter deux discours : celui qui nie tout progrès et celui qui suffit des réformes accomplies.
  • L’enjeu : accélérer la mise en œuvre, garantir la durabilité et lier les réformes à des objectifs mesurables.

Message 3 : L’avenir de la lutte anticorruption passe par la prévention et la vigilance précoce

  • La corruption n’est plus seulement une affaire judiciaire : c’est une phénomène complexe nécessitant anticipation et gestion des risques.
  • L’investissement dans le numérique, l’IA, les systèmes d’alerte précoce et l’analyse de données est devenu essentiel.
  • La lutte est une responsabilité collective, conformément aux orientations royales.

Message 4 : Pas de système d’intégrité fort sans leadership institutionnel fort

  • L’INPPLC est passée de la construction de l’institution à la direction du système.
  • Son efficacité dépend de sa capacité à mobiliser tous les acteurs (gouvernement, institutions publiques, collectivités, secteur privé, société civile).

Message 5 : La corruption évolue… le dispositif de riposte doit évoluer avec elle

  • Émergence d’un nouvel environnement de risques : espaces numériques, données, IA, complexité des transactions.
  • L’avenir appartient aux institutions capables d’anticiper, de prévoir et de produire de la confiance.
  • Priorité : passer de la construction d’institutions à la construction d’impact.

Analyse des indicateurs internationaux (7 indicateurs)

3.1 Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2025 – Transparency International

  • Score : 39/100 (contre 37 en 2024) → +2 points
  • Rang : 91e sur 182 pays (contre 99e) → +8 places
  • Première hausse après une tendance baissière depuis 2018.
  • Mais : score toujours inférieur à la moyenne mondiale (42).
  • Lecture : arrêt de l’hémorragie, mais amélioration limitée, ne constituant pas encore un changement structurel.

Positionnement régional :

  • Monde arabe : 8e (contre 9e), au-dessus de la moyenne arabe (34).
  • Maghreb : 1er ex æquo avec la Tunisie.
  • Afrique : 15e sur 54 (contre 20e), au-dessus de la moyenne africaine (32).

Sources du score : 8 sources sur 13.

  • En hausse : PRS (+8 points, de 42 à 50), WJP (+1, de 36 à 37).
  • Stables : WEF (45), BAD (48), BTI (30), GI (32).
  • En baisse : EIU (35→34), V-Dem (32→31).

3.2 Indicateurs V-Dem (Varieties of Democracy) – Corruption politique

  • Score : 0,671 (contre 0,664 en 2024) → hausse = détérioration (logique inversée).
  • Recul de 3 rangs mondiaux et 1 rang africain/régional.
  • Détail : la dégradation concerne surtout l’exécutif (0,603 → 0,616), tandis que le secteur public, le législatif et le judiciaire sont restés stables.
  • Lecture : pas de crise institutionnelle globale, mais difficultés persistantes dans l’exécutif (efficacité des réformes, transparence, redevabilité).

Évolution 2000-2025 :

  • Amélioration nette de 0,079 point (0,750 → 0,671).
  • Judiciaire : plus forte progression (+0,419 points) → 98e mondial.
  • Législatif : +0,315 points, stable depuis 2021.
  • Secteur public : quasi-stagnation depuis 2016 → 131e sur 179.
  • Exécutif : difficultés à traduire les réformes en résultats durables.

3.3 Indice Basel AML (Anti-Money Laundering) 2025

  • Amélioration dans 3 dimensions : qualité du cadre juridique (+0,13), risques de corruption (+0,19), risques politiques et juridiques (+0,03).
  • Mais dégradation de la transparence financière et conformité aux normes internationales (+1,18 point de risque) → facteur le plus négatif.
  • Lecture : le Maroc a renforcé son cadre (conformité GAFI, 3e évaluation nationale des risques, encadrement des actifs numériques), mais le déficit de conformité pratique reste le principal défi.

3.4 Indice de l’État de Droit (WJP – World Justice Project) 2025

  • Score : 0,481 (contre 0,479) → +0,002
  • Rang mondial : 91e sur 142 (+1 place)
  • 7e au MENA, 13e en Afrique
  • Amélioration : justice pénale (+0,016), absence de corruption (+0,010).
  • Dégradation : limitations des pouvoirs gouvernementaux (-0,009), application réglementaire (-0,015).
  • Lecture : légère correction après une phase de régression (2022-2024), mais loin du meilleur niveau de 2016 (0,527, 60e mondial). L’écart avec la moyenne mondiale s’est creusé (de -0,049 à -0,069 en dix ans).

3.5 Rapport Business Ready (B-READY) 2025 – Banque mondiale

  • Score global : 63,44 (moyenne mondiale : 60,11) → 2e économie de la région MENA/Afrique couverte.
  • Points forts :
    • Cadre réglementaire : 70,06
    • Services publics : 64,55
    • Services de base : 80,05
    • Commerce international : 74,50
    • Accès au marché : 73,95
    • Infrastructure : 73,82
  • Points faibles :
    • Efficacité opérationnelle : 55,71 (sous la moyenne mondiale)
    • Fiscalité : 43,42 (maillon le plus faible)
    • Résolution des difficultés/faillites : 50,24
    • Concurrence du marché : 60,04
  • Lecture : le Maroc réussit à bâtir un cadre réglementaire et des services de qualité, mais l’exécution opérationnelle reste le principal handicap.

3.6 Indice de Liberté Économique 2025 – Heritage Foundation

  • Score : 61,8/100 (+1,5 point)
  • Rang mondial : 83e (contre 176e en 2024 !), 7e au MENA
  • Catégorie : « modérément libre » (maintien)
  • Points forts : liberté d’investissement (80), liberté financière (80).
  • Points faibles : État de droit (32,5 pour l’intégrité du gouvernement, 35,6 pour l’efficacité judiciaire).
  • Lecture : retour à la hausse après la baisse de 2021-2024, mais les faiblesses en matière de gouvernance et d’État de droit persistent.

3.7 Indicateurs d’Intégrité Publique (OCDE) 2025

  • Cadre stratégique anticorruption : 73% (moyenne OCDE : 38%) → au-dessus de la norme.
  • Mais mise en œuvre effective : 53% → en dessous de la norme.
  • Défis : objectifs quantitatifs limités, financement insuffisant, absence de rapports de suivi réguliers depuis 2022.
  • Conflits d’intérêts : écart important entre cadre juridique et application pratique.

Conclusion et recommandations de l’INPPLC

Le rapport appelle à un saut qualitatif :

  1. De l’engagement à l’exécution ;
  2. Des programmes aux résultats ;
  3. Des interventions dispersées à l’action collective coordonnée.

Recommandations implicites :

  • Accélérer la mise en œuvre des réformes existantes ;
  • Renforcer les mécanismes d’exécution et de redevabilité ;
  • Transformer les réformes normatives en résultats mesurables ;
  • Investir dans la prévention, l’anticipation et les capacités numériques ;
  • Renforcer la coordination entre tous les acteurs (gouvernement, justice, secteur privé, société civile, médias).

Citation clé du président Mohamed Benalilou :

« L’enjeu réel n’est plus seulement de produire des textes ou de créer des institutions, mais de pouvoir transformer ces dispositions en pratiques quotidiennes, en résultats concrets et en impacts mesurables sur la confiance des citoyens, la qualité des services publics, l’attractivité des investissements et la protection des deniers publics. »


Source : Bulletin Officiel n° 7556 bis, 15e année, 18 Joumada Al-Oula 1448 (30 octobre 2026).

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