
Classé 90e sur 143 pays dans l’édition 2026 de l’indice du World Justice Project, le Maroc améliore légèrement son rang mondial sans progresser sur le fond. Avec un score inchangé depuis 2022, le Royaume reste pénalisé par ses résultats en matière de droits fondamentaux, de lutte contre la corruption et de justice pénale. Un signal qui interpelle au-delà du seul fonctionnement des institutions, notamment sur le terrain de la confiance économique.
Le Maroc avance d’une place, mais son score ne bouge pas. Dans l’édition 2026 du Rule of Law Index du World Justice Project (WJP), le Royaume se classe au 90e rang sur 143 pays, avec une note de 0,48 sur 1. Un résultat identique à celui de 2025 et qui prolonge une stagnation observée depuis 2022.
Le Maroc reste derrière plusieurs partenaires et concurrents. L’Algérie se classe 85e avec 0,49, tandis que la Tunisie occupe la 89e place avec le même score arrondi. Le Maroc devance plusieurs pays africains, dont l’Égypte et la Mauritanie, mais demeure derrière Maurice et le Sénégal.
État de droit : le Maroc classé 90e mondial en 2026, avec un score stable
Tableau récapitulatif — World Justice Project, Rule of Law Index 2026
1. Classement général du Maroc
| Indicateur | Résultat 2026 |
|---|---|
| Score global | 0,48 / 1 |
| Rang mondial | 90e sur 143 pays |
| Rang régional | 7e sur 10 |
| Rang parmi les pays de même niveau de revenu | 8e sur 33 |
| Évolution du rang mondial | +1 place |
| Évolution du score | Stable (0,00) |
| Moyenne mondiale | 0,55 |
| Moyenne régionale | 0,50 |
Le décalage entre le classement et la note mérite attention. Le Maroc gagne une position dans la hiérarchie internationale sans enregistrer d’amélioration mesurable de son score global. Dans un indice qui évalue les contraintes imposées au pouvoir, la transparence des institutions, les droits fondamentaux et le fonctionnement de la justice, cette stabilité traduit l’absence de progrès global suffisamment marqué pour modifier l’évaluation du pays.
Le Royaume demeure ainsi en dessous de la moyenne mondiale, établie à 0,55, et de la moyenne régionale, qui atteint 0,50. Il occupe également le 7e rang sur 10 dans sa région et le 8e sur 33 parmi les pays appartenant à son groupe de revenu.
Une décennie qui n’a pas permis de redresser durablement le score
L’évolution historique confirme la difficulté à franchir un cap. Le score marocain était de 0,52 en 2015, avant d’atteindre 0,53 en 2016. Il est ensuite retombé à 0,51 en 2017, puis à 0,50 en 2019 et 2020, avant de poursuivre son recul jusqu’à 0,48 en 2022.
Évolution du score du Maroc (2015-2026)
| Année | Score |
|---|---|
| 2015 | 0,52 |
| 2016 | 0,53 |
| 2017 | 0,51 |
| 2018 | Non indiqué |
| 2019 | 0,50 |
| 2020 | 0,50 |
| 2021 | 0,49 |
| 2022 | 0,48 |
| 2023 | 0,48 |
| 2024 | 0,48 |
| 2025 | 0,48 |
| 2026 | 0,48 |
Depuis, le score est resté inchangé pendant cinq éditions consécutives, de 2022 à 2026. Cette trajectoire ne signifie pas que tous les aspects de l’État de droit ont évolué de manière identique. Elle montre toutefois que les éventuels progrès enregistrés dans certaines dimensions ne se sont pas traduits par une amélioration du résultat global.
Pour le Maroc, l’enjeu n’est donc plus seulement de gagner quelques places dans un classement international, mais de consolider des améliorations tangibles et durables dans les domaines qui déterminent la qualité de l’État de droit.
Droits fondamentaux : le point noir du classement
Parmi les huit dimensions évaluées par le WJP, les droits fondamentaux constituent l’un des principaux points de faiblesse du Royaume. Le Maroc obtient un score de 0,42 sur 1 et se classe au 113e rang mondial, ainsi qu’au 8e rang régional sur 10.
Le résultat est inférieur à la moyenne mondiale de 0,55, même s’il dépasse légèrement la moyenne régionale de 0,40. Ce positionnement place le pays parmi les catégories les moins bien classées de son évaluation globale.
La justice pénale affiche un score encore plus faible, à 0,38, correspondant au 91e rang mondial. Cette dimension constitue le résultat le plus bas des huit facteurs évalués. La justice civile obtient, en revanche, 0,51, pour une 76e place mondiale. L’écart entre ces deux résultats souligne l’hétérogénéité des performances du système judiciaire selon les domaines considérés.
L’application de la réglementation atteint également 0,50, plaçant le Maroc au 70e rang mondial. Il s’agit de son meilleur classement parmi les huit facteurs, sans pour autant atteindre la moyenne mondiale de 0,54.
Classement par composante de l’État de droit
| Facteur évalué | Score / 1 | Rang mondial | Rang régional |
|---|---|---|---|
| Contraintes sur les pouvoirs du gouvernement | 0,50 | 77e | 4e |
| Absence de corruption | 0,42 | 86e | 7e |
| Gouvernement ouvert | 0,43 | 99e | 3e |
| Droits fondamentaux | 0,42 | 113e | 8e |
| Ordre et sécurité | 0,69 | 86e | 7e |
| Application de la réglementation | 0,50 | 70e | 5e |
| Justice civile | 0,51 | 76e | 6e |
| Justice pénale | 0,38 | 91e | 7e |
Comparaison avec les moyennes mondiales et régionales
| Facteur | Maroc | Moyenne mondiale | Moyenne régionale |
|---|---|---|---|
| Contraintes sur les pouvoirs | 0,50 | 0,53 | 0,47 |
| Absence de corruption | 0,42 | 0,51 | 0,52 |
| Gouvernement ouvert | 0,43 | 0,52 | 0,37 |
| Droits fondamentaux | 0,42 | 0,55 | 0,40 |
| Ordre et sécurité | 0,69 | 0,72 | 0,74 |
| Application de la réglementation | 0,50 | 0,54 | 0,53 |
| Justice civile | 0,51 | 0,54 | 0,53 |
| Justice pénale | 0,38 | 0,47 | 0,45 |
Corruption et transparence : des progrès encore insuffisants
La lutte contre la corruption demeure un autre défi. Avec un score de 0,42, le Maroc occupe le 86e rang mondial, loin des moyennes mondiale et régionale, toutes deux supérieures à 0,50.
Ce résultat met en évidence un écart persistant entre les exigences de transparence et de probité et l’évaluation globale du cadre institutionnel. Il ne constitue pas, à lui seul, une mesure directe de la corruption effectivement constatée, mais reflète l’appréciation du WJP à travers les indicateurs composant son indice.
Le facteur « gouvernement ouvert » offre une lecture plus contrastée. Le Maroc obtient 0,43 et se classe au 99e rang mondial, mais au 3e rang régional. Son score dépasse la moyenne régionale de 0,37 tout en restant inférieur à la moyenne mondiale de 0,52.
Cette position suggère que le Royaume dispose d’atouts relatifs dans son environnement régional, sans avoir encore atteint les niveaux de référence internationaux.
L’ordre et la sécurité, un atout relatif
L’ordre et la sécurité représentent la dimension la mieux notée par le Maroc, avec un score de 0,69. Le Royaume se classe au 86e rang mondial, mais reste en dessous des moyennes mondiale et régionale, respectivement de 0,72 et 0,74.
Les contraintes imposées aux pouvoirs du gouvernement obtiennent un score de 0,50, pour une 77e place mondiale et une 4e place régionale. Le résultat est supérieur à la moyenne régionale de 0,47, mais inférieur à la moyenne mondiale de 0,53.
Ces écarts montrent que les performances du Maroc ne sont pas uniformément faibles. Certaines dimensions affichent un positionnement régional relativement favorable, tandis que d’autres, notamment les droits fondamentaux et la justice pénale, tirent l’évaluation globale vers le bas.
Un enjeu institutionnel qui concerne aussi les entreprises
Au-delà du classement, l’État de droit représente un paramètre économique. La sécurité juridique, la prévisibilité des décisions administratives, l’application équitable des règles et l’efficacité de la justice influencent les conditions dans lesquelles les entreprises investissent, recrutent et exécutent leurs contrats.
Pour les investisseurs, la qualité du cadre institutionnel ne se limite pas à la stabilité macroéconomique ou aux infrastructures. Elle concerne également la capacité à faire respecter les engagements contractuels, à résoudre les différends dans des délais raisonnables et à bénéficier de règles transparentes et prévisibles.
Les résultats du WJP ne permettent pas d’établir, à eux seuls, un lien causal entre le score du Maroc et les décisions d’investissement. Ils fournissent néanmoins des repères sur des dimensions institutionnelles susceptibles d’influencer la confiance économique.
Pour le Royaume, qui cherche à renforcer son attractivité et à accélérer l’investissement privé, la progression du classement devra donc s’accompagner d’améliorations concrètes dans le fonctionnement de la justice, la protection des droits, la transparence publique et la prévention de la corruption.
Le véritable défi n’est pas de gagner une place, mais de sortir de la stagnation. Après plusieurs années à 0,48 sur 1, le Maroc doit désormais transformer ses ambitions de réforme en résultats suffisamment tangibles pour améliorer durablement son évaluation de l’État de droit.
Maroc : comparaison internationale de l’État de droit en 2026
| Pays | Rang mondial | Score / 1 |
|---|---|---|
| Danemark | 1 | 0,90 |
| Norvège | 2 | 0,89 |
| Finlande | 3 | 0,87 |
| France | 23 | 0,72 |
| Espagne | 25 | 0,71 |
| Émirats arabes unis | 36 | 0,64 |
| Maurice | 48 | 0,60 |
| Sénégal | 58 | 0,56 |
| Jordanie | 61 | 0,55 |
| Maroc | 90 | 0,48 |
| Égypte | 135 | 0,35 |
| Mauritanie | 132 | 0,36 |
Source : données 2026 du World Justice Project



