
Après plusieurs pénuries de carburant depuis le début de 2026, la Guinée équatoriale veut placer la société publique Gepetrol Servicios au cœur de l’approvisionnement national. Les autorités lui ont donné 48 heures pour présenter un plan visant à en faire l’unique distributeur officiel du pays, une orientation susceptible de rebattre les cartes pour les opérateurs privés TotalEnergies et Tradex.
Un monopole public envisagé après les pénuries
Le gouvernement équato-guinéen envisage une réorganisation profonde de son marché des carburants. Le 21 octobre 2026, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a demandé aux responsables de Gepetrol Servicios de présenter, sous 48 heures, un plan destiné à faire de l’entreprise publique le distributeur officiel unique de carburants dans le pays.
Cette initiative intervient après trois crises d’approvisionnement enregistrées depuis le début de l’année, qui ont entraîné des ruptures simultanées dans les réseaux des principaux distributeurs. Pour les autorités, ces difficultés révèlent les limites du dispositif actuel et la nécessité de mieux contrôler les achats, les stocks et la distribution.
TotalEnergies et Tradex dans l’incertitude
La réforme envisagée pourrait modifier les conditions d’activité de TotalEnergies et de Tradex, qui opèrent actuellement aux côtés de Gepetrol. Le projet prévoit que les entreprises du secteur, ainsi que les partenaires commerciaux des pays voisins, s’approvisionnent directement auprès de la société publique.
Une telle centralisation renforcerait le rôle de Gepetrol dans la chaîne d’approvisionnement et pourrait réduire l’autonomie des distributeurs privés. À ce stade, toutefois, les autorités n’ont annoncé ni retrait de licence ni interdiction d’exploitation de leurs réseaux.
Cette perspective intervient après les sanctions financières annoncées à la suite des retards d’approvisionnement : une amende d’un milliard de FCFA pour TotalEnergies Guinée équatoriale et de 500 millions de FCFA pour Tradex. Les deux opérateurs avaient notamment évoqué des difficultés de paiement à l’international et des délais dans les procédures de garanties bancaires.
Renforcer les stocks et récupérer les capacités de stockage
Pour soutenir cette stratégie, Malabo prévoit d’augmenter les volumes de carburants achetés et de récupérer des réservoirs de stockage actuellement loués à d’autres opérateurs. De nouvelles infrastructures pourraient également être construites afin de constituer des réserves stratégiques plus importantes.
Le gouvernement envisage parallèlement de faire raffiner une partie du pétrole brut national dans des pays voisins, en attendant la réalisation d’une raffinerie en Guinée équatoriale. L’objectif est de réduire la vulnérabilité du pays face aux ruptures d’approvisionnement et, à terme, de permettre à Gepetrol de fournir également des carburants aux marchés de la sous-région.
Un pays producteur de pétrole toujours dépendant des importations
La crise met en évidence un paradoxe économique : malgré ses ressources pétrolières, la Guinée équatoriale reste dépendante des importations de produits raffinés pour satisfaire sa demande intérieure. L’insuffisance des capacités de raffinage constitue un point de fragilité pour son marché énergétique.
La centralisation des achats autour de Gepetrol pourrait faciliter la coordination des approvisionnements et la gestion des stocks. Mais elle soulève aussi une question déterminante : le renforcement du contrôle public suffira-t-il à prévenir les pénuries sans affaiblir la concurrence ni perturber les réseaux de distribution existants ?
Le plan attendu devra notamment s’appuyer sur l’analyse de la consommation nationale des cinq dernières années pour dimensionner les besoins et les capacités nécessaires. Sa mise en œuvre permettra de préciser la place que conserveront TotalEnergies et Tradex dans le nouveau dispositif.
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