
L’innovation ne se décrète pas dans un forum : elle se finance, se développe et se mesure dans les entreprises.
Pour Mehdi Tazi, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’avenir passe par l’innovation. « Une économie qui vend des heures de travail aura toujours un concurrent moins cher. Une économie qui vend de l’innovation se bat sur un autre terrain que celui du prix », a-t-il déclaré samedi à Casablanca, à l’ouverture du forum « Entrepreneurs en mouvement : Transformer les priorités en actions », organisé par la CGEM, a rapporté la MAP.
Le raisonnement est pertinent, mais il soulève une question que les discours patronaux ne peuvent éluder : les entreprises marocaines disposent-elles réellement des moyens et de la volonté d’investir dans l’innovation ?
Or, alors que la CGEM appelle les entreprises marocaines à sortir de la compétitivité par les coûts, la question du crédit d’impôt recherche reste posée : comment encourager les entreprises à investir davantage dans la R&D si les dispositifs fiscaux incitatifs, le crédit d’impôt recherche par exemple, attendus ne sont pas adoptés ?
Le paradoxe est là : la CGEM appelle à faire de l’innovation un levier de compétitivité, alors que la participation des entreprises marocaines aux dépôts de brevets nationaux reste limitée.
Organiser un forum pour appeler à l’innovation peut contribuer à sensibiliser les acteurs économiques. Mais le véritable test se situe ailleurs : dans les budgets de R&D, les partenariats industriels avec les universités, le financement des projets technologiques et la capacité à commercialiser les inventions.
Mais les chiffres de la propriété industrielle posent une question plus fondamentale : le tissu productif marocain innove-t-il suffisamment pour soutenir cette ambition ?
Au cours des sept premiers mois de 2026, l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC) a reçu 1 931 demandes de brevets d’invention. Sur ce total, seules 271 provenaient du Maroc, contre 1 660 d’origine étrangère. Les demandes marocaines représentent ainsi à peine 14 % de l’ensemble.
Répartition des demandes de brevets d’invention au Maroc-Janvier – juillet 2026
| Origine des demandes | Nombre | Part |
|---|---|---|
| Marocaines (MA) | 271 | 14 % |
| Étrangères | 1 660 | 86 % |
| Total | 1 931 | 100 % |
Plus préoccupant encore, les entreprises ne représentent que 17 % des demandes de brevets d’origine marocaine. Si cette proportion porte bien sur les 271 demandes nationales, cela correspond à environ 46 demandes d’origine entrepreneuriale en sept mois.
L’enjeu n’est plus seulement d’appeler les entreprises à innover, mais de créer les conditions pour qu’elles investissent davantage dans la recherche et développement, recrutent des compétences scientifiques, coopèrent avec les universités et transforment leurs inventions en produits commercialisables.
Car la compétitivité ne se décrète pas dans un forum. Elle se construit dans les laboratoires, les bureaux d’études, les usines et les budgets de recherche des entreprises. Et les chiffres de l’OMPIC invitent à mesurer le chemin qui reste à parcourir.



