Au milieu des hôpitaux détruits de Gaza, le système de santé maternelle et néonatale est « décimé »

Le système de santé maternelle et néonatale de Gaza a été « décimé », estime l’Organisation des Nations unies. Le taux de mortalité des femmes enceintes a bondi de 30 à 948 décès pour 100’000 grossesses à la suite d’octobre 2023, et la détérioration des conditions de vie des femmes enceintes et allaitantes se poursuit.
Près de trois ans après le début de la campagne militaire israélienne à Gaza, plus de 73’000 Palestiniens et Palestiniennes auraient été tués, dont au moins 21’500 enfants, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
Pour les femmes enceintes et allaitantes, la guerre a engendré des risques particuliers. Le système de santé de Gaza ayant été presque intégralement détruit, l’accès aux soins reste extrêmement compliqué et bien trop coûteux. Les conditions d’hygiène sont également précaires. Les femmes n’ont souvent pas d’autres choix que d’accoucher sous des tentes ou dans d’autres abris de fortune.
Selon une étude menée par la London School of Hygiene & Tropical Medicine et l’Université Al-Quds de Gaza et publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en juin 2026, sur 17’713 femmes réfugiées de la bande de Gaza et répertoriées comme enceintes au 8 octobre 2023, 168 sont décédées, soit un taux de 948 pour 100’000 grossesses.
A titre de comparaison, le taux de mortalité maternelle [soit, par convention, le nombre de femmes enceintes décédées par rapport au nombre de naissances vivantes; lire encadré] avant l’invasion israélienne se situait à 30. Ce chiffre est proche de 18 aux Etats-Unis, de 5 en Suisse et un peu en dessous de 3 en Israël, l’Etat hébreu figurant parmi les pays au taux le plus bas au monde.
Un système de santé en ruine
Selon l’OMS, les attaques israéliennes menées au cours des trois dernières années auraient détruit ou endommagé la quasi-totalité des hôpitaux, perturbé l’approvisionnement en matériel médical et tué une partie importante du personnel médical, soit entre 1500 et 1700 professionnels de la santé, selon les dernières estimations. Dans un contexte de déplacements massifs et de famine, elles ont également contribué à une forte augmentation de la mortalité maternelle, des fausses couches et des décès de nouveau-nés.
En décembre 2025, l’ONU a déclaré que le système de santé maternelle et néonatale de Gaza avait été « décimé ». « A la fin de l’année 2024, les femmes de Gaza couraient un risque trois fois plus élevé de mourir en couches et un risque trois fois plus élevé de faire une fausse couche par rapport à la période d’avant la guerre », avait alors estimé le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Et dans ce risque triplé n’entre pas le cas des femmes enceintes tuées de manière directe par les bombardements israéliens.
Les dirigeants politiques et militaires israéliens ont toujours assuré que les opérations de leur armée à Gaza étaient menées en légitime défense, afin de vaincre le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens. Ils ont aussi insisté sur le fait que les forces israéliennes agissaient dans le respect du droit international et prenaient toutes les mesures possibles pour limiter les dommages causés à la population civile.
Une commission d’enquête de l’ONU a pour sa part constaté qu’Israël n’avait pas fourni de preuves à l’appui de son affirmation générale selon laquelle plus de 85% des principaux établissements médicaux de Gaza avaient été occupés par le Hamas. Elle a toutefois confirmé l’existence d’un tunnel et d’un puits à l’hôpital Al-Shifa (un des trente-six hôpitaux que la bande de Gaza comptait avant la guerre), ainsi que des preuves indiquant le transit de membres de groupes armés par le bâtiment.
Où en est la prise en compte des femmes enceintes et des nourrissons?
La violence liée à la reproduction fait l’objet de peu d’attention à l’échelle mondiale, alors même que le droit international humanitaire prévoit des protections spécifiques pour les femmes enceintes et les nourrissons en cas de conflit armé.
« La guerre à Gaza illustre à quel point la violence dirigée contre les femmes enceintes, celles qui accouchent et celles qui allaitent, ainsi que contre celles qui luttent pour maintenir en vie leurs nouveau-nés, est totalement absente des débats politiques mondiaux sur les obligations des parties dans un conflit armé », a déclaré Fionnuala Ní Aoláin, ancienne rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme et les droits humains, dans la publication en ligne Just Security en février 2024.
La campagne militaire israélienne a entraîné une baisse de 41% des naissances au cours du premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2022, selon des rapports distincts publiés en janvier 2026 par Physicians for Human Rights et Physicians for Human Rights-Israel (PHRI). Ces organisations font également état d’une augmentation significative de la mortalité maternelle, des fausses couches, des décès néonatals et des naissances prématurées.
« Les risques graves et persistants pour la santé et la vie auxquels sont confrontées les femmes enceintes et allaitantes ainsi que leurs enfants sont la conséquence logique de l’effondrement du système de santé, du déni des conditions de vie élémentaires et d’un cycle sans fin de survie réduite au strict minimum nécessaire pour tenir le coup », a déclaré Lama Bakri, cheffe de projet au sein de l’organisation israélienne de défense des droits humains PHRI.
Vers une caractérisation en « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité », voire « génocide »?
Ces organisations, ainsi que la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, accusent désormais Israël de démanteler délibérément le système de santé reproductive de Gaza.
Les enquêteurs et enquêtrices de l’ONU ainsi que les organisations de défense des droits humains affirment que la destruction des infrastructures de santé reproductive soulève des questions au regard du droit international. Les violences perpétrées à l’encontre des femmes enceintes et des enfants à Gaza pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Il s’agit là d’évaluations juridiques formulées par les organisations concernées et non de conclusions judiciaires définitives.
La Commission d’enquête de l’ONU, par exemple, a conclu en mars 2025 que les forces israéliennes avaient systématiquement détruit des services de maternité et des établissements de santé reproductive, et qu’elles avaient délibérément attaqué la clinique de fertilité Al-Basma en décembre 2023. Ces actes ont été qualifiés de « violence reproductive » et de « violence obstétricale » par les organisations de défense des droits humains et les spécialistes de l’ONU.
Dans un rapport adressé au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, des spécialistes indépendants ont déclaré que la destruction des services de maternité à Gaza et des embryons conservés à la clinique de fertilité pourraient indiquer une stratégie visant à empêcher les naissances au sein d’un groupe de population particulier. En vertu de la Convention sur le génocide, cela peut constituer un génocide si ces actes sont commis avec l’intention de détruire ce groupe. Israël a rejeté cette conclusion.
Une détérioration qui se poursuit malgré le cessez-le-feu
Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025, les indicateurs de santé reproductive à Gaza ont continué de se détériorer. Quelque 37’000 femmes enceintes et allaitantes souffriront de malnutrition aiguë d’ici la mi-octobre 2026, d’après les estimations des Nations unies relatées par le Monde en mars.
Entre janvier et juin 2026, 3958 fausses couches ont été recensées, selon l’OCHA. Cela représente plus de 208 fausses couches pour 1000 naissances vivantes, soit une multiplication par 3,3 par rapport au second semestre de 2025. Le nombre de naissances a également baissé de 3,2% au cours du premier semestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente.
L’OMS a indiqué début août que 45 attaques avaient été perpétrées contre des établissements de santé à Gaza depuis le début de l’année 2026.
RTSinfo:



