
Investissements : un net ralentissement des flux bilatéraux
Contrairement à la dynamique des échanges commerciaux, les flux d’investissements suivent une trajectoire différente. Les investissements espagnols au Maroc ont brutalement ralenti en 2026, après plusieurs années de croissance et un montant cumulé de près de 5 milliards d’euros depuis le début des statistiques disponibles.
Après avoir atteint 61,5 millions d’euros en 2024, puis 95,2 millions en 2025, les investissements espagnols au Maroc sont tombés à seulement 3,1 millions d’euros au premier semestre 2026.
L’évolution est similaire dans le sens inverse. Les investissements marocains en Espagne ont chuté à un niveau historiquement bas, avec seulement 60 000 euros entre janvier et juin 2026, contre 26,8 millions d’euros en 2024 et 4 millions en 2025.
Le contraste entre les deux pays reste considérable : l’Espagne a investi au Maroc un montant 40 fois supérieur à celui des investissements marocains reçus sur son territoire, selon les chiffres présentés par l’article.
L’évolution des investissements nets espagnols depuis la crise diplomatique de Ceuta en 2022, au cours de laquelle 10 000 personnes avaient franchi la frontière au niveau de la digue d’El Tarajal, suivie de plusieurs tentatives de franchissement de la clôture séparant Melilla du Maroc, a été marquée par une tendance à la baisse.
Selon les données de DataInvex, les investissements nets espagnols ont ainsi terminé l’année 2023 à seulement 24 millions d’euros.
| Période | Investissements espagnols au Maroc | Investissements marocains en Espagne |
|---|---|---|
| 2022 | 39,7M€ | 70 000 € |
| 2023 | 24,7 M€ | 7M€ |
| 2024 | 61,5 M€ | 26,8 M€ |
| 2025 | 95,2 M€ | 4 M€ |
| S1 2026 | 3,1 M€ | 60 000 € |
| Indicateur | Montant cumulé |
|---|---|
| Investissements de l’Espagne au Maroc | 5 000 millions d’euros |
| Investissements du Maroc en Espagne | 117,7 millions d’euros |
Les experts interrogés par elEconomista.es estiment toutefois que cette baisse est en partie normale : après des niveaux d’investissement élevés, les entreprises ont besoin de temps pour consolider leurs projets et préparer de nouveaux investissements au cours des exercices suivants. Les flux bruts d’investissements espagnols avaient d’ailleurs rebondi en 2025, atteignant 95,2 millions d’euros, avant de s’effondrer à nouveau au premier semestre 2026.
Malgré les différends récurrents entre les deux gouvernements et les crises diplomatiques, le Maroc demeure, sur les dix dernières années, la première destination des investissements espagnols en Afrique.
Cette position fait du Royaume un partenaire économique majeur de l’Espagne, même si les relations économiques marocaines restent davantage orientées vers son principal allié européen, la France.
Comme l’avait expliqué Nadia Fettah, ministre marocaine de l’Économie et des Finances, lors d’un entretien exclusif accordé au journal, le Maroc est le seul pays africain auquel Donald Trump n’a pas imposé de droits de douane, ce qui lui ouvre des perspectives en tant que plateforme entre l’Europe et les États-Unis.
La proximité géographique avec l’Espagne constitue un atout déterminant pour accéder au marché européen. La ministre avait également souligné que le Maroc avait mis en place des conditions fiscales favorables afin d’inciter les entreprises européennes à y installer une partie de leur activité industrielle et à sécuriser leurs chaînes de valeur en cas de nouvelle crise.
« Nous disposons d’un cadre favorable à l’investissement, assorti d’incitations. Mais je pense que le plus important est que nous proposons un cadre fiscal lisible et très stable », avait déclaré Nadia Fettah au journal à la fin de l’année dernière.
« Nous proposons des zones industrielles, des procédures, une fiscalité claire et des primes à l’investissement, ainsi qu’une proximité géographique que tout le monde connaît et une électricité propre », avait-elle ajouté.
Certains experts établissent un lien entre les tensions actuelles et la visite effectuée en Algérie, le 20 juillet dernier, par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. Cette visite visait à mettre fin à la crise diplomatique provoquée en 2022 par le changement de position de l’Espagne sur le Sahara occidental, avec la reconnaissance de la souveraineté marocaine, ainsi qu’à renforcer la coopération énergétique et commerciale entre Madrid et Alger.
L’Algérie demeure le principal rival stratégique du Maroc au Maghreb, dans un contexte de concurrence entre les deux pays pour l’influence régionale.
Le Maroc double ses exportations vers l’Union européenne et réalise 40 % de ses ventes en Espagne
Le Maroc tire pleinement profit de ses échanges commerciaux avec l’Europe. Au cours de la dernière décennie, les États membres de l’Union européenne ont doublé leurs importations en provenance du Royaume, consolidant ainsi la position du pays nord-africain parmi leurs principaux fournisseurs dans des secteurs tels que le textile, l’automobile et l’agroalimentaire.
Les importations européennes en provenance du Maroc sont passées de 13,78 milliards d’euros en 2016 à un total de 25,5 milliards d’euros en 2025. L’Espagne représente une part essentielle de ces échanges. Avec des achats de 10,426 milliards d’euros auprès du Royaume au cours de la dernière année, le pays représente environ 41 % du total.
Après avoir dépassé la France il y a plus de dix ans, l’Espagne s’est ainsi imposée comme le principal partenaire commercial du Maroc, malgré la montée des tensions et les crises diplomatiques liées aux vagues successives d’immigration à Ceuta, dont la plus récente remonte au mois de juillet dernier.
Dans le cas de l’Espagne, les importations en provenance du Maroc ont progressé à un rythme nettement supérieur à celui des exportations espagnoles vers le Royaume : elles ont augmenté de 100 %, contre 78 % pour les exportations.
La balance commerciale demeure néanmoins favorable à l’Espagne, avec un excédent de 1,904 milliard d’euros en 2025, bien inférieur au record de 3,114 milliards enregistré en 2023. Cette tendance s’est poursuivie sur la dernière période mobile disponible, d’août 2025 à juillet 2026 : les importations espagnoles en provenance du Maroc ont atteint 10,675 milliards d’euros, tandis que les exportations espagnoles vers le Royaume se sont élevées à 12,576 milliards d’euros. L’excédent commercial espagnol s’est ainsi établi à 1,9 milliard d’euros.
L’Espagne achète principalement au Maroc des composants électriques et électroniques, des vêtements, des véhicules et des pièces automobiles, ainsi que du poisson, des fruits de mer, des fruits, des légumes et des meubles.
La structure de ces importations témoigne de l’intégration croissante des deux pays dans les chaînes de production industrielles, notamment dans les secteurs du textile et de l’automobile. Elle reflète également le poids grandissant du Maroc en tant que fournisseur de produits agroalimentaires.
En sens inverse, l’Espagne exporte vers le marché marocain principalement des machines industrielles, des véhicules, des équipements électriques et électroniques, des combustibles, des matières plastiques, du cuivre et des produits sidérurgiques. Ces biens répondent aux besoins de l’industrie marocaine ainsi qu’à ceux des secteurs de l’énergie et des infrastructures. elEconomista.es



