
La Thaïlande cherche à accroître ses recettes en mettant à contribution les voyageurs, une décision qui met à l’épreuve un secteur touristique qui ne s’est pas encore totalement remis de la pandémie.
Le gouvernement du Premier ministre Anutin Charnvirakul envisage d’instaurer une taxe de départ d’environ 1 000 bahts (30 dollars) pour les voyageurs thaïlandais et étrangers quittant le pays. Parallèlement, les autorités prévoient de mettre en place une redevance de 450 bahts pour les visiteurs étrangers arrivant par avion.
Ces mesures illustrent un dilemme économique pour un pays confronté à une demande intérieure atone et à une croissance peu dynamique. Après plusieurs années de déficits budgétaires représentant environ 3 à 4 % du produit intérieur brut (PIB), la Thaïlande doit mobiliser de nouvelles recettes, alors que ses marges de manœuvre budgétaires se réduisent. Toutefois, le tourisme demeure une source majeure d’emplois, de dépenses et de recettes en devises étrangères.
L’Association thaïlandaise des agences de voyages a averti que la taxe de départ pourrait entraîner une forte baisse du nombre de passagers. Les compagnies aériennes pourraient alors réduire la fréquence de leurs vols, ce qui finirait par pénaliser le tourisme récepteur. Un tel scénario irait également à l’encontre de l’ambition du gouvernement de faire de la Thaïlande une plateforme aérienne régionale, a souligné l’organisation.
Au 10 octobre, le pays avait accueilli environ 24 millions de touristes étrangers, soit une baisse de 4 % sur un an. Ce chiffre reste nettement inférieur aux près de 40 millions de visiteurs enregistrés en 2019, avant la pandémie.
L’Autorité du tourisme de Thaïlande prévoit d’accueillir environ 33 millions de visiteurs cette année. Si le nombre d’arrivées passe sous le niveau de 32,97 millions enregistré l’année dernière, le pays connaîtrait deux années consécutives de recul, une situation inédite en dehors de la période pandémique depuis au moins 1995.
Selon Lavaron Sangsnit, secrétaire permanent du ministère des Finances, la taxe envisagée rétablirait un prélèvement dont le dernier montant était fixé à 500 bahts il y a environ vingt ans. La législation en vigueur autorise le gouvernement à percevoir jusqu’à 5 000 bahts, mais le montant actuellement à l’étude avoisine les 1 000 bahts, a-t-il précisé.
Le prélèvement pourrait être directement intégré au prix des billets d’avion, plutôt que d’être collecté séparément au moment du départ, a ajouté Lavaron Sangsnit.
Il a défendu cette mesure en estimant que les personnes disposant des moyens financiers nécessaires pour voyager à l’étranger sont davantage en mesure d’en supporter le coût supplémentaire. Les recettes pourraient notamment servir à promouvoir le tourisme intérieur et à financer des assurances voyage ou une couverture des frais médicaux d’urgence.
Par ailleurs, le gouvernement prévoit de facturer 450 bahts aux visiteurs étrangers arrivant par avion, selon le ministre du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul. Plus de 80 % des participants à une récente consultation publique en ligne se seraient déclarés favorables à cette proposition, a-t-il indiqué. BLOOMBERG



