
Le divorce connaît une véritable aggravation en 2025. Après le recul observé en 2024, les demandes de dissolution du mariage repartent brutalement à la hausse et atteignent un niveau supérieur à celui enregistré deux ans auparavant.
Au total, 154 377 affaires de dissolution du mariage ont été enregistrées en 2025, contre 147 895 en 2024. En une seule année, 6 482 dossiers supplémentaires sont venus grossir les statistiques judiciaires, soit une progression de 4,38 %, selon le rapport 2025 Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ)
Plus frappant encore : le volume de 2025 dépasse de 3 209 affaires celui de 2023. Le mariage semble ainsi connaître une nouvelle vague de ruptures devant les tribunaux.
Le divorce judiciaire tire l’explosion
Le principal moteur de cette poussée est le divorce judiciaire (Tatliq).
Après avoir reculé en 2024, les demandes de Tatliq bondissent à 112 911 affaires en 2025, contre 107 681 un an plus tôt. Soit 5 230 demandes supplémentaires en douze mois, pour une progression de 4,86 %.
Le Tatliq représente à lui seul près de trois quarts de l’ensemble des demandes de dissolution du mariage.
Mais le Talaq n’est pas en reste. Les affaires passent de 40 214 en 2024 à 41 466 en 2025, soit 1 252 dossiers supplémentaires et une hausse de 3,11 %.
Les deux principales voies de dissolution du mariage progressent donc simultanément en 2025.
2025 : le divorce change d’échelle
La comparaison avec 2024 est particulièrement révélatrice. Après une année de recul, le nombre global de demandes repart fortement à la hausse.
| Demandes de dissolution | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|
| Total | 151 168 | 147 895 | 154 377 |
| Tatliq | 111 140 | 107 681 | 112 911 |
| Talaq | 40 028 | 40 214 | 41 466 |
Le chiffre de 154 377 constitue ainsi le point culminant de la période 2023-2025.
Et derrière cette poussée se trouve un phénomène particulièrement spectaculaire : 97,82 % des demandes de Tatliq en 2025 sont liées au Chiqaq, c’est-à-dire au désaccord entre les époux.
Répartition des divorces judiciaires (Tatliq) par motif
| Motif du divorce judiciaire | 2023 | 2024 | 2025 | Évolution 2023-2025 | Part 2025 | Lecture analytique |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Désaccord – Chiqaq | 107 679 | 104 898 | 110 454 | +2 775 (+2,58 %) | 97,82 % | Hégémonie totale. Le Chiqaq concentre pratiquement tout le contentieux du Tatliq et gagne encore 0,93 point de part entre 2023 et 2025. |
| Préjudice – Dharar | 2 498 | 1 859 | 1 406 | -1 092 (-43,71 %) | 1,25 % | Forte marginalisation. Le nombre de dossiers a presque diminué de moitié en deux ans. |
| Absence – Ghayba | 557 | 557 | 531 | -26 (-4,67 %) | 0,47 % | Procédure stable mais très marginale. |
| Vice – ‘Ayb | 224 | 305 | 456 | +232 (+103,57 %) | 0,40 % | Forte progression en relatif, mais sur un volume qui reste très faible. |
| Défaut d’entretien | 20 | 23 | 20 | 0 (0 %) | ~0,02 % | Procédure quasiment résiduelle. |
| Défaut de paiement / abstention | 24 | 29 | 22 | -2 (-8,33 %) | ~0,02 % | Poids statistique négligeable. |
| Abandon du foyer | 17 | 9 | 11 | -6 (-35,29 %) | ~0,01 % | Motif devenu extrêmement marginal. |
| Manquement aux clauses du contrat | 3 | 1 | 1 | -2 (-66,67 %) | ~0,001 % | Pratiquement inexistant dans les statistiques. |
Ce que révèle le tableau
Le Chiqaq ne domine pas : il écrase les autres motifs.
Avec 110 454 affaires en 2025, le divorce pour désaccord représente 97,82 % de l’ensemble des Tatliq. Sur 100 procédures de divorce judiciaire, près de 98 passent donc par le Chiqaq.
La domination du Chiqaq s’accentue.
Sa part passe de 96,89 % en 2023 à 97,82 % en 2025, soit +0,93 point. Après le recul de 2024, le nombre d’affaires repart fortement en 2025 : +5 556 dossiers en un an.
Le divorce pour préjudice décroche fortement.
Le Dharar passe de 2 498 à 1 406 affaires, soit une chute de 43,7 % en deux ans. Sa part tombe de 2,25 % à seulement 1,25 %. C’est l’un des mouvements les plus significatifs du tableau.
Le vice progresse, mais ne change pas la structure du divorce.
Le nombre de divorces pour ‘Ayb double pratiquement entre 2023 et 2025 (+103,6 %). Mais avec seulement 456 affaires, il reste statistiquement marginal. Une forte croissance sur une petite base ne remet donc pas en cause la domination du Chiqaq.
Les motifs traditionnels sont devenus résiduels.
Absence, défaut d’entretien, abandon du foyer ou non-respect des clauses contractuelles représentent ensemble une fraction infime des procédures. Le contentieux judiciaire s’est donc massivement concentré autour du désaccord conjugal.
Répartition des affaires de Talaq par typologie
| Type de divorce (Talaq) | 2023 | 2024 | 2025 | Évolution 2023-2025 | Part 2025 | Analyse |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Consentement mutuel – Talaq Ittifaqi | 38 783 | 38 858 | 40 211 | +1 428 (+3,68 %) | 96,97 % | Domination absolue. Près de 97 divorces sur 100 relevant du Talaq passent par le consentement mutuel. |
| Avant consommation du mariage – Qabla al-bina’ | 1 078 | 1 217 | 1 173 | +95 (+8,81 %) | 2,83 % | Deuxième catégorie, mais très loin derrière le consentement mutuel. Après un pic en 2024, le volume recule légèrement en 2025. |
| Divorce révocable – Al-Rij’i | 88 | 85 | 48 | -40 (-45,45 %) | ~0,12 % | Forte baisse et poids devenu très marginal. |
| Divorce contre compensation – Al-Khul’ | 73 | 46 | 33 | -40 (-54,79 %) | ~0,08 % | Plus de la moitié du volume perdu en deux ans. Procédure résiduelle. |
| Divorce sous condition d’option – Al-Mamlouk | 4 | 8 | 1 | -3 (-75 %) | ~0,002 % | Quasi-inexistant dans les statistiques. |
Ce que racontent réellement les chiffres
Le consentement mutuel est devenu la norme.
Avec 40 211 affaires en 2025, le Talaq Ittifaqi représente 96,97 % des divorces de cette catégorie. Sa part reste remarquablement stable autour de 97 % sur toute la période.
Le mouvement est orienté à la hausse.
Entre 2023 et 2025, les divorces par consentement mutuel progressent de 1 428 affaires, soit +3,68 %. La hausse est surtout visible en 2025, avec 1 353 affaires supplémentaires par rapport à 2024.
Les autres formes de Talaq deviennent presque invisibles.
Le Rij’i, le Khul’ et le Mamlouk représentent ensemble à peine quelques dizaines de dossiers en 2025. Leur poids est tellement faible qu’ils ne modifient pratiquement pas la structure globale du Talaq.
Le Qabla al-bina’ reste la seule catégorie secondaire significative.
Avec 1 173 affaires en 2025, il représente 2,83 % du total. Il reste toutefois près de 34 fois moins fréquent que le consentement mutuel.
Au final, les chiffres de 2023 à 2025 racontent moins une simple « explosion du divorce » qu’une recomposition des modes de rupture matrimoniale. Le véritable sujet n’est donc peut-être plus seulement le nombre de divorces. C’est la capacité du système familial et judiciaire marocain à accompagner une société dans laquelle les formes de rupture matrimoniale se sont profondément transformées.


