Ale-Mercosur : l’Union européenne donne son feu vert, sans la France

Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur le 9 janvier 2026.
Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne (UE) a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué un accord historique
avec l’Amérique latine, qu’elle a hâte
de parapher.
Selon le gouvernement argentin, cette signature est prévue le 17 janvier au Paraguay.
Ce traité entre l’UE, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, de plus de 700 millions de consommateurs.
Sa ratification dépend encore d’un vote du Parlement européen, probablement en février ou en mars. Le scrutin pourrait être serré, alors que la contestation agricole s’amplifie.
La FNSEA, premier syndicat agricole français, a promis un grand rassemblement le 20 janvier à Strasbourg, devant le siège du Parlement européen.
Vendredi, des manifestations ont eu lieu en Pologne et en Italie et la mobilisation s’est poursuivie en France.
Une cinquantaine de tracteurs d’agriculteurs français et allemands ont bloqué le pont de l’Europe reliant Strasbourg à Kehl, de l’autre côté du Rhin.
Deux autoroutes à la frontière franco-belge étaient également bloquées, ainsi qu’un dépôt pétrolier dans le nord de la France.
Des agriculteurs et leurs tracteurs étaient aussi à Paris pour dénoncer le Mercosur, le prix des engrais et la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.
L’Italie décisive
À Bruxelles vendredi, une majorité d’États européens a donné son aval à cet accord avec le Mercosur, grâce au soutien décisif de l’Italie.
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a vanté un équilibre
entre les bénéfices pour les industriels et les garanties
apportées aux agriculteurs.
En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a salué un signal fort
qui soulage l’industrie automobile, déboussolée par les droits de douane des États-Unis et la concurrence chinoise.
Comme la Hongrie, la Pologne, l’Irlande et l’Autriche, la France s’est opposée à cet accord d’un autre âge
, négocié depuis 1999. Elle compte poursuivre la bataille au Parlement européen et s’alarme d’une éventuelle application du traité avant sa ratification à Strasbourg.
En tout, 150 eurodéputés, sur 720, ont en outre appelé à saisir la justice pour tenter de suspendre l’accord.
Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
Pour ses thuriféraires, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, et de renforcer l’autonomie stratégique
de l’UE, s’est félicité le gouvernement espagnol.
En supprimant une large part des droits de douane, cet accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages.
Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, de volaille, de sucre, de riz, de miel et de soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées.
Échec diplomatique
français
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.
C’est un jour historique pour le multilatéralisme
, s’est aussi réjoui le président brésilien Lula.
Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.
Sur ce volet, les Vingt-Sept se sont alignés vendredi sur la position mieux-disante du Parlement européen pour protéger les agriculteurs en cas de déstabilisation du marché.
Mais rien n’y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle.
En France, empêtrée dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter au sujet de ce traité avec le Mercosur, pas acceptable en l’état
.
Mais la pression était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement en cas de soutien à l’accord.
Et malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir. La gauche radicale a également annoncé le dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée.
L’UE va aller signer un accord commercial contre l’avis de la première puissance agricole européenne, une situation quasiment inédite.
Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes en faveur des agriculteurs. Mais c’est un échec diplomatique et tactique
, cingle un ancien ministre français, anonymement.
AFP
Le 29 juin 2019, l’Union européenne et le Mercosur* ont conclu des négociations en vue d’un accord commercial**.
Le 6 décembre 2024, les deux parties ont donné une nouvelle dimension à leur accord par de nouveaux engagements en faveur de la durabilité, y incluant notamment l’accord de Paris en tant qu’élément essentiel ainsi que des dispositions efficaces sur la lutte contre la déforestation.
Le nouvel accord UE-Mercosur est crucial pour les deux parties. Il permettra:
- d’opérer une évolution radicale grâce à des engagements sans précédent en matière de lutte contre le changement climatique et la déforestation;
- de renforcer la compétitivité en diversifiant et en sécurisant les chaînes d’approvisionnement et en diversifiant les sources d’énergie et de matières premières;
- de stimuler le commerce et les investissements de part et d’autre, en contribuant à la croissance économique et à la création d’emplois;
- de favoriser le développement durable des deux régions, en renforçant les droits des travailleurs et la protection de l’environnement;
- de renforcer les liens politiques, économiques et culturels entre les deux régions et d’assurer la présence de l’UE dans la région du Mercosur.
* Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay.
** Le volet politique de l’accord a été conclu en 2020
ÉLÉMENTS ESSENTIELS CONCERNANT LE MERCOSUR
Population totale de 270 millions de personnes
84 milliards d’euros d’exportations de l’UE présentant un fort potentiel de croissance (chiffres de 2023 pour les services et de 2024 pour les biens)
388 milliards d’euros de stocks d’investissements de l’UE en 2023
La 6e plus grande économie en dehors de l’UE, avec un PIB annuel de 2 700 milliards d’euros
Plus de 30 000 petites entreprises de l’UE exportent vers le Mercosur
Les exportations de l’UE vers le Mercosur soutiennent 756 000 emplois dans l’UE
PRINCIPAUX AVANTAGES POUR LES ENTREPRISES DE L’UE

- La suppression des droits de douane élevés du Mercosur permettra aux exportateurs de l’UE d’économiser plus de quatre milliards d’euros par an.
- La simplification des procédures douanières facilitera l’exportation.
- Les entreprises de l’UE pourront participer à des marchés publics sur un pied d’égalité avec les entreprises du Mercosur.
- Un accès préférentiel exclusif sera accordé pour certaines matières premières critiques et certains biens environnementaux.
- Tarifs actuels: pièces détachées automobiles (35%), machines (20%), produits chimiques (18%) et produits pharmaceutiques (14%).
DÉFENSE DES INTÉRÊTS DES AGRICULTEURS DE L’UE

L’accord de partenariat défend les intérêts des agriculteurs et des producteurs de denrées alimentaires de l’UE, tout en leur permettant de tirer le meilleur parti des nouveaux débouchés offerts par le Mercosur.
Ainsi, l’accord permettra:
- de stimuler les exportations de l’UE en supprimant les droits de douane élevés sur les principaux produits exportés par l’UE;
- d’éviter l’imitation de plus de 340 produits alimentaires traditionnels de l’UE qui bénéficient d’indications géographiques (IG). À ce jour, il s’agit du plus grand nombre d’IG protégées dans un accord de l’UE;
- de rendre les procédures concernant la sécurité des denrées alimentaires plus claires, plus prévisibles et moins contraignantes pour les exportateurs de l’UE;
- d’octroyer un accès très limité au marché de l’UE pour des produits agroalimentaires sensibles tels que la viande bovine, la volaille ou le sucre.
- Tarifs actuels: produits laitiers (28%), chocolat et confiserie (20%), spiritueux (35%) et vins (27%).



