
Conformément aux dispositions de l’article 88 de la Constitution et aux règlements intérieurs des deux Chambres du Parlement, le Parlement, réuni en séance plénière commune, a tenu, ce lundi 19 octobre 2026 à 15 heures, dans la salle des séances de la Chambre des représentants, une séance consacrée à la présentation du programme gouvernemental par Mme la Cheffe du gouvernement.
Voici le texte du discours de Mme Fatima Ezzahra El Mansouri, Cheffe du gouvernement :
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Que la prière et la paix soient sur le plus noble des Messagers.
- Monsieur le Président de la Chambre des représentants,
- Monsieur le Président de la Chambre des conseillers,
- Mesdames et Messieurs les ministres,
- Mesdames et Messieurs les députés et les conseillers,
Je tiens, tout d’abord, à renouveler mes plus vifs remerciements et ma profonde gratitude à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, pour la Haute confiance royale dont Il m’a honorée en me nommant Cheffe du gouvernement.
Cette nomination constitue un honneur qui témoigne de la considération que Sa Majesté accorde à la femme marocaine.
En mon nom personnel et au nom des femmes du Maroc, j’exprime notre fierté face à cette confiance, ainsi que notre détermination à assumer pleinement cette responsabilité au service de notre pays et de ses intérêts supérieurs.
J’ai l’honneur de présenter devant vos deux honorables Chambres, conformément à l’article 88 de la Constitution, le programme que le gouvernement s’engage à mettre en œuvre au cours du mandat 2026-2031.
Il s’agit d’un contrat politique et institutionnel fondé sur la Haute confiance royale et sur la volonté exprimée par les citoyennes et les citoyens lors des élections du 23 septembre 2026. Sa responsabilité se mesurera aux résultats concrets obtenus dans leur vie quotidienne.
Nous sommes pleinement conscients de l’ampleur de cette responsabilité et de l’importance des échéances à venir. Nous nous engageons à être à l’écoute, à faire preuve de transparence quant aux moyens disponibles et aux contraintes, et à traduire nos engagements en programmes réalisables.
Notre réussite dépendra de notre coopération avec le Parlement, du respect de ses prérogatives législatives, de contrôle et d’évaluation, ainsi que d’une bonne gestion du temps politique et législatif, majorité comme opposition, chacun dans le cadre de ses responsabilités.
Une étape décisive dans le processus de réforme
Mesdames et Messieurs,
Ce mandat constitue une étape décisive dans le processus de réforme conduit par Sa Majesté le Roi depuis 27 ans. Ce processus associe la stabilité de l’État, la modernisation des institutions, l’élargissement des droits, la régularité des élections et l’alternance dans l’exercice des responsabilités.
La Constitution de 2011 a consacré le choix démocratique, lié la nomination du Chef du gouvernement aux résultats des élections, consacré l’indépendance de la justice, renforcé le rôle du Parlement, affirmé le principe de parité et consolidé les principes de bonne gouvernance, de participation citoyenne, de responsabilité et de reddition des comptes, ainsi que l’équilibre et la coopération entre les pouvoirs.
La régionalisation avancée a, quant à elle, ouvert de vastes perspectives pour un développement porté par les régions.
Ces acquis ont fait du Maroc un modèle associant stabilité et réforme, dans lequel la monarchie constitutionnelle garantit la continuité et l’unité de l’État, tandis que le choix populaire constitue le fondement de la formation de la majorité et de l’exercice des responsabilités.
C’est dans le prolongement de ce processus que s’inscrivent les élections législatives du 23 septembre dernier, lesquelles ont confirmé la maturité de la pratique démocratique marocaine et le recours aux urnes.
À cette occasion, les Marocaines et les Marocains ont exprimé leurs attentes : protéger leur pouvoir d’achat, ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes, améliorer l’école publique et l’hôpital public, réduire les disparités territoriales et garantir au pays ses besoins en eau, en énergie et en denrées alimentaires.
La majorité s’emploiera à transformer ces attentes en politiques claires, dans un esprit de coopération et d’équilibre entre les pouvoirs, et en s’ouvrant aux acteurs économiques, sociaux et territoriaux.
Notre pays a réalisé des réformes et des projets d’envergure. Il a renforcé sa présence en Afrique et à l’international, ainsi que sa capacité à faire face aux crises. Toutefois, les fruits du progrès n’ont pas bénéficié de manière équivalente à toutes les catégories sociales et à tous les territoires.
L’emploi, le pouvoir d’achat, la qualité des services publics et l’équité territoriale demeurent ainsi au cœur des attentes des citoyens.
Nous voulons donc passer de l’élargissement de la couverture sociale à l’amélioration de la qualité des services, du volume des investissements à leur rendement, et de la multiplication des programmes à leur intégration et à leur impact concret.
Nous considérons les cinq prochaines années comme une occasion de préserver les acquis, de poursuivre les grands chantiers et de corriger les dysfonctionnements, en concentrant les ressources de l’État sur des priorités dont les citoyens pourront mesurer les effets dans leur emploi, leurs conditions de vie, l’éducation de leurs enfants, leur accès aux soins, leur logement et leur territoire.
Un contexte international marqué par l’incertitude et la concurrence
Ce mandat intervient également dans un contexte international moins stable et plus concurrentiel.
Les tensions géopolitiques redessinent les routes commerciales et énergétiques. Les politiques protectionnistes entraînent une relocalisation des chaînes de production. La transition numérique et l’intelligence artificielle transforment la nature des métiers et les sources de valeur ajoutée, tandis que le changement climatique exerce une pression croissante sur les ressources en eau, l’agriculture et la sécurité alimentaire.
La proximité du Maroc avec les marchés européens, sa profondeur africaine, sa façade atlantique, sa stabilité institutionnelle, ses infrastructures et sa base industrielle constituent autant d’atouts susceptibles de lui permettre d’attirer de nouveaux investissements, d’accroître ses exportations et de s’intégrer aux secteurs émergents.
La mission du gouvernement, aux côtés des différents acteurs, consiste donc à transformer ces opportunités en un véritable levier pour concrétiser l’ambition du Maroc de devenir une puissance économique émergente, tout en assurant un équilibre et une cohérence entre croissance économique et renforcement de la justice sociale.
Les fondements du programme gouvernemental
Mesdames et Messieurs,
Notre programme repose sur les constantes de la Nation : l’islam modéré, la monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, l’unité nationale et territoriale, ainsi que le choix démocratique. Il vise également à préserver la diversité culturelle et linguistique, les droits et les libertés, l’égalité et l’égalité des chances.
La question du Sahara marocain demeure au premier rang de nos causes nationales.
Dans le prolongement de la portée historique de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, le gouvernement poursuivra la défense de la souveraineté du Royaume, de son intégrité territoriale et de ses intérêts. Il continuera à mobiliser les soutiens en faveur de l’initiative marocaine d’autonomie dans le cadre de la souveraineté du Maroc et à accélérer le développement des provinces du Sud, considérées comme une porte d’entrée vers notre profondeur africaine et notre espace atlantique.
Le gouvernement réaffirme également la position constante du Royaume concernant la question palestinienne et Al-Qods Acharif, ainsi que son attachement à un règlement pacifique fondé sur la solution à deux États, en vue de parvenir à une paix juste et durable, sous la conduite de Sa Majesté le Roi, Amir Al-Mouminine et Président du Comité Al-Qods.
Les Hautes Orientations royales constituent la première référence de l’action gouvernementale.
Dans le discours du Trône de 2026, Sa Majesté le Roi, que Dieu Le glorifie, a appelé à ouvrir un nouveau cycle de développement fondé sur la consolidation des acquis et la poursuite des grands projets et des réformes structurantes.
À l’ouverture de cette session, Sa Majesté a également renouvelé les priorités de la nouvelle étape : assurer l’équilibre entre croissance économique, justice sociale et équité territoriale ; placer les jeunes au cœur des politiques publiques ; faire du secteur privé un acteur stratégique ; accélérer les efforts en matière de sécurité hydrique, énergétique et alimentaire ; promouvoir l’industrialisation, l’économie numérique et l’intelligence artificielle ; et mettre pleinement en œuvre la régionalisation avancée et la déconcentration administrative.
Nous nous inspirons du Nouveau Modèle de développement et de l’ambition Maroc 2035, fondés sur une économie productive, un capital humain qualifié, une inclusion plus large, un développement territorial durable et un État efficace, capable de libérer les énergies tout en protégeant l’intérêt général.
Nous nous appuyons également sur l’évaluation des expériences précédentes.
Nous consoliderons les acquis en matière de protection sociale, de réforme de la santé et de l’éducation, d’investissement, d’aides, de logement, d’eau, d’énergie et d’infrastructures.
Nous corrigerons les difficultés rencontrées dans la transformation de l’investissement en emplois, ainsi que les insuffisances dans l’amélioration des services et de l’équité.
Le programme repose également sur la convergence des référentiels, des programmes et des engagements électoraux des partis de la majorité. Ces engagements seront mis en œuvre progressivement, dans le respect du réalisme opérationnel et de la soutenabilité des finances publiques.
Sept priorités complémentaires
Mesdames et Messieurs,
Notre programme s’articule autour de sept priorités complémentaires :
- Consolider l’État de droit et la primauté de la loi.
- Lutter contre la corruption et la rente.
- Préserver l’identité nationale et la cohésion sociale.
- Garantir des conditions de vie dignes et consolider l’État social.
- Favoriser l’insertion des jeunes.
- Assurer la souveraineté stratégique et renforcer le rayonnement international du Maroc.
- Bâtir une économie capable de financer cette ambition.
Il convient de souligner que, si les questions relatives à la jeunesse bénéficient d’une priorité particulière dans ce programme, elles constituent également un fil conducteur commun à l’ensemble de ses axes.
Elles sont notamment présentes dans :
- La participation politique et institutionnelle ;
- La stratégie nationale intégrée en faveur des jeunes ;
- La qualité de l’école publique, l’orientation et la formation professionnelle ;
- La stabilisation des jeunes agriculteurs dans le monde rural ;
- L’intégration des jeunes dans les marchés liés aux grands projets et aux chantiers de la Coupe du monde 2030 ;
- La formation des jeunes aux métiers du numérique ;
- Le retour des compétences marocaines établies à l’étranger et la réduction de l’émigration des diplômés de l’enseignement supérieur.
Le gouvernement mettra en place une stratégie nationale intégrée en faveur des jeunes. Celle-ci reposera sur une gouvernance cohérente, globale et participative, ainsi que sur l’amélioration du cadre institutionnel, afin de garantir aux jeunes des droits clairement définis, un accompagnement adapté et un meilleur accès aux opportunités économiques.
1. Consolider l’État de droit et les institutions
Le programme gouvernemental repose avant tout sur une conviction politique fondamentale : la consolidation de l’État de droit et des institutions, l’ancrage de la pratique démocratique ainsi que de la culture des droits humains et des libertés constituent des conditions essentielles pour rétablir la confiance dans l’action publique et, plus généralement, dans la vie politique.
Nous renforcerons cette confiance à travers une présence institutionnelle accrue, une interaction positive avec les propositions constructives de l’opposition et le renforcement de la participation citoyenne.
Considérant que la justice constitue un droit fondamental, le gouvernement s’engage à la rapprocher des citoyens en lançant un programme de modernisation visant à garantir à la fois un accès équitable à la justice et la sécurité juridique.
Le gouvernement réaffirme également son engagement en faveur de la promotion des droits humains, considérés comme un choix national constant, à travers :
- La mise en œuvre de réformes législatives et institutionnelles permettant de consolider les acquis positifs du Maroc et d’accélérer les progrès réalisés, notamment en intégrant davantage la dimension des droits humains dans les politiques publiques ;
- La mise en place d’une gouvernance institutionnelle inclusive et équitable, garantissant l’exercice effectif des droits et des libertés, tout en renforçant les liens entre les dynamiques nationales et internationales.
Le gouvernement œuvrera également à :
- Poursuivre l’amélioration de la condition des femmes ;
- Renforcer l’égalité et l’égalité des chances ;
- Favoriser leur autonomisation économique grâce à l’emploi décent, au soutien à l’initiative et à l’indépendance financière ;
- Lutter contre les violences faites aux femmes ;
- Garantir leur protection et leur accompagnement ;
- Accroître leur participation aux postes de décision ;
- Améliorer leur accès à l’éducation, à la santé et à la protection sociale, notamment en milieu rural et parmi les catégories les plus vulnérables.
Conscient de l’importance de la régionalisation avancée, considérée comme un pilier institutionnel indispensable à l’amélioration de la gouvernance territoriale au Maroc, le gouvernement entend opérer un changement qualitatif dans la conception de la gestion des affaires régionales.
Cette évolution passera par la poursuite de la mise en œuvre de la loi organique relative aux régions, notamment à travers une redéfinition des compétences régionales selon une logique de clarté et d’efficacité, ainsi que par la modernisation des mécanismes de réalisation des projets à l’échelle régionale.
Parallèlement, les ressources financières des régions seront renforcées et leur autonomie consolidée, grâce à une augmentation des transferts financiers qui leur sont destinés, lesquels devront atteindre au moins 12 milliards de dirhams à partir de 2027.
Nous poursuivrons également la généralisation des contrats-programmes entre l’État et les régions, en les liant à des objectifs explicites en matière d’emploi, d’investissement et de réduction des disparités.
Afin d’accompagner le chantier de la régionalisation avancée et de relever le défi du développement territorial intégré, le gouvernement accélérera la mise en œuvre complète de la Charte de la déconcentration administrative, conformément aux Hautes Orientations royales.
Dans le même cadre, le déploiement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré constituera l’un des piliers fondamentaux du programme gouvernemental. Le gouvernement en fera une priorité majeure, en tant que cadre de convergence des politiques publiques territoriales au cours des prochaines années, afin de renforcer leur impact concret sur la vie des citoyennes et des citoyens.
2. Lutter contre la corruption, la rente et les pratiques contraires à l’éthique dans la vie publique
Nous sommes convaincus que les institutions ne pourront pas retrouver la confiance des citoyens sans une lutte effective contre la corruption et les conflits d’intérêts.
Nous œuvrerons à compléter le dispositif national d’intégrité, notamment par :
- La criminalisation de l’enrichissement illicite ;
- La sanction des conflits d’intérêts, conformément à l’article 36 de la Constitution ;
- Le renforcement de l’obligation de déclaration du patrimoine ;
- La criminalisation de la divulgation d’informations dans le but d’obtenir des avantages indus.
Nous lancerons également une réforme structurelle de l’organisation des marchés afin de lutter contre les monopoles et les pratiques d’intermédiation opportunistes. Cette réforme s’appuiera sur un mécanisme dédié et des moyens adaptés, en coordination avec le Conseil de la concurrence.
Nous mettrons en place des mécanismes de contrôle des marchés publics et d’investigation des pratiques de collusion dans les appels d’offres.
Parallèlement, la commande publique sera utilisée comme un levier de production et d’intégration économique. À cette fin, les donneurs d’ordre publics seront légalement tenus de réserver 30 % de la valeur de leurs marchés aux petites et moyennes entreprises (PME) marocaines.
3. Préserver l’identité, renforcer la citoyenneté et consolider la cohésion sociale
Cette priorité repose sur la protection de l’identité marocaine fédératrice, la consolidation des valeurs de solidarité entre les catégories sociales, les générations et les régions, ainsi que la préservation de la famille, considérée comme un fondement de l’équilibre social.
Nous poursuivrons la mise en œuvre de la réforme du Code de la famille à la lumière des Hautes Orientations d’Amir Al-Mouminine.
Nous adopterons une politique intégrée en faveur de l’enfance, de la jeunesse et des personnes âgées, tout en garantissant la protection des femmes et des enfants ainsi que les droits des personnes en situation de handicap.
Nous renforcerons également les institutions constitutionnelles chargées des droits, de l’égalité et de la parité, et mettrons en place une politique intégrée visant à autonomiser les femmes et à réduire les discriminations.
Le gouvernement s’emploiera à protéger les données à caractère personnel et à renouveler son partenariat avec la société civile, en simplifiant les procédures d’autorisation des associations et en assurant la mise en œuvre effective du droit d’accès à l’information.
Afin de concrétiser le caractère officiel de la langue amazighe, nous créerons un fonds spécial doté de 2 milliards de dirhams, ainsi qu’une commission interministérielle permanente placée auprès de la Cheffe du gouvernement, chargée de suivre son intégration dans l’éducation, l’administration, la justice, les médias et la communication publique.
Des indicateurs de couverture seront publiés dans un rapport annuel.
Nous veillerons également à préserver le patrimoine, à élargir l’accès à la culture dans le respect de l’équité territoriale et à renforcer sa contribution au développement, à l’attractivité touristique et à la durabilité.
Enfin, nous mettrons en place une politique intégrée en faveur des Marocains du monde, garantissant leur participation citoyenne, un dialogue permanent avec eux, une meilleure prise en compte de leurs besoins et la facilitation de leur contribution au développement de leur pays d’origine.
Quatrième axe : garantir une vie digne et consolider l’État social
Nous ferons face à la hausse du coût de la vie à travers une stratégie visant à :
- renforcer les revenus des ménages ;
- agir sur les causes de la hausse des prix ;
- élargir la protection sociale ;
- garantir des services publics de qualité.
Pour ramener les prix des produits alimentaires à des niveaux raisonnables, nous mettrons en place des plans d’approvisionnement pour les produits stratégiques. Nous rapprocherons également les producteurs des consommateurs grâce à des sociétés régionales et à des plateformes professionnelles de regroupement et de commercialisation, encadrées par un cahier des charges unifié.
Nous procéderons à la réforme des circuits de commercialisation des viandes et des poissons et établirons des règles transparentes et stables pour réguler l’articulation entre les exportations et l’approvisionnement du marché national.
Le gouvernement instaurera par ailleurs une aide sociale automatique équivalente à la facture mensuelle d’électricité, lorsque celle-ci ne dépasse pas 100 dirhams, pour la résidence principale des ménages éligibles. Cette aide sera accordée sans dossier papier ni déplacement administratif.
Nous engagerons également une réforme progressive de l’impôt sur le revenu afin d’augmenter le revenu net des salariés et d’encourager l’emploi déclaré.
Nous accélérerons le chantier royal de la protection sociale afin de parvenir à une couverture sanitaire universelle et effective et de garantir la pérennité de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).
Le gouvernement procédera aussi à un meilleur ciblage des aides sociales, sur la base des revenus réels, et portera leur montant de 500 à 1 000 dirhams d’ici à la fin du mandat. Ces aides devront devenir un levier d’insertion sociale. Le dispositif d’indemnisation pour perte d’emploi sera également élargi.
Réformer les retraites pour garantir des pensions suffisantes et durables
Dans le cadre d’une concertation avec les partenaires sociaux et économiques, le gouvernement entend lancer une réforme globale des régimes de retraite.
Nous sommes conscients que cette réforme ne saurait se limiter à modifier l’âge de départ à la retraite, à revoir les taux de cotisation ou à changer les modalités de calcul des pensions.
Le véritable défi consiste à reconstruire un système cohérent, capable d’étendre la protection aux personnes qui ne disposent d’aucune pension, de rapprocher les droits et les obligations entre les différents régimes, et de garantir à la fois un niveau suffisant de pension et la pérennité de son financement, dans le cadre d’une transition équitable préservant les droits acquis.
Dans cette perspective, le gouvernement fait de la réforme des retraites un chantier social et structurel intégré, encadré par le dialogue social et assorti d’objectifs, d’étapes de mise en œuvre et de financements clairement définis.
Convaincu que l’efficacité d’un régime de retraite ne se mesure pas uniquement à sa capacité à verser les pensions dans les délais, mais aussi à leur niveau, le gouvernement entend lier cette réforme structurelle à une amélioration tangible des revenus des retraités. Il prévoit ainsi de relever progressivement le montant minimum des pensions principales à 3 000 dirhams par mois dans les différents régimes.
Le gouvernement œuvrera également à garantir aux veuves une pension correspondant à 100 % de la pension principale à laquelle leur conjoint décédé avait droit, contre 50 % actuellement, tout en préservant les droits des orphelins et des autres ayants droit.
De la couverture sanitaire à l’accès effectif aux soins
Le gouvernement entend également faire évoluer le chantier de la protection sociale : au-delà de la généralisation du droit à la couverture sanitaire, il s’agit de garantir un accès effectif, équitable et continu à des services de santé de qualité.
À cette fin, il s’attachera à :
- combler les déficits territoriaux en matière d’offre de soins ;
- institutionnaliser le parcours de soins ;
- réformer l’accueil des patients et les services des urgences ;
- généraliser le service d’aide médicale urgente ;
- mettre en place un système national unifié d’information sanitaire.
Ces mesures seront menées parallèlement à la poursuite de la réforme institutionnelle, à l’amélioration de la fonction publique de la santé et au renforcement des ressources humaines.
Éducation : porter à 80 % la maîtrise des apprentissages fondamentaux d’ici à 2031
L’amélioration du système national d’éducation, d’enseignement supérieur, de recherche scientifique et de formation professionnelle constitue l’une des principales priorités du gouvernement.
L’enjeu ne se limite plus à élargir l’accès à l’éducation. Il s’agit de permettre au système national d’éducation et de formation d’engager une transformation profonde et intégrée, afin de former une génération qualifiée, innovante et capable de s’adapter aux mutations nationales rapides comme aux fluctuations de l’économie mondiale.
À cette fin, le gouvernement ambitionne de porter à au moins 80 % la proportion d’élèves maîtrisant les apprentissages et les compétences fondamentales à l’horizon 2031.
Pour atteindre cet objectif, il prévoit de :
- poursuivre le développement et la généralisation du modèle des établissements pionniers ;
- élaborer un référentiel national contraignant des apprentissages et compétences fondamentaux ;
- instaurer des évaluations diagnostiques régulières ;
- renforcer le soutien pédagogique et l’accompagnement individualisé des élèves.
Les outils numériques seront mobilisés pour suivre l’évolution des acquis et améliorer la qualité des apprentissages.
Le programme gouvernemental vise également le « zéro abandon scolaire » à l’horizon 2030. Cet objectif reposera sur une approche nationale intégrée fondée sur le repérage précoce des élèves menacés de décrochage, le suivi individualisé de leurs parcours et l’orientation de chaque élève ayant quitté l’école vers une solution adaptée, qu’il s’agisse d’une réintégration dans le système scolaire, d’une formation professionnelle ou d’un apprentissage.
Logement : réduire le coût pour les ménages et améliorer les quartiers
Parce que l’État social ne peut se construire sans garantir des conditions de vie dignes aux citoyennes et aux citoyens, le gouvernement mettra en œuvre, sur la période 2026-2031, une politique intégrée du logement, de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et de la ville.
Cette politique reposera sur plusieurs orientations :
- passer d’une logique principalement axée sur la production de logements à une approche privilégiant l’accès à un logement adapté ;
- réduire le coût du logement pour les ménages ;
- améliorer la qualité des quartiers ;
- rapprocher les logements des possibilités d’emploi, des transports et des services ;
- réduire les disparités territoriales.
Le gouvernement entend mettre en œuvre cette politique en adaptant les programmes de logement aux besoins des ménages et des territoires, en poursuivant le soutien à l’accession à la propriété tout en augmentant l’offre, en créant une offre nationale de logements destinés à la location et en développant des solutions de logement pour les agents des secteurs qui rencontrent des difficultés de recrutement.
Il s’engage également à achever l’élimination de l’habitat insalubre, à mettre en place un programme intégré de logement rural et à promouvoir l’autoconstruction sécurisée.
Logement rural : 100 000 logements et une aide directe de 40 000 dirhams
Dans ce cadre, le gouvernement lancera un programme de logement rural visant à réhabiliter ou à construire 100 000 logements au cours du mandat, notamment dans les centres ruraux émergents.
Les ménages éligibles bénéficieront d’une aide directe de 40 000 dirhams, complétée par un accompagnement technique gratuit.
Pour accompagner ce programme, le gouvernement prévoit également de présenter une loi sur l’urbanisme en milieu rural. Celle-ci visera principalement à simplifier les procédures d’urbanisme et de construction dans les campagnes, grâce à des documents d’urbanisme souples couvrant les douars, et à régulariser la situation des constructions existantes lorsque leur sécurité et le respect des droits des tiers sont établis.
Cinquième axe : intégrer les jeunes dans l’éducation, la formation et l’emploi décent
Près de 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans sont en dehors du système éducatif, de la formation et de l’emploi. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans atteint 29,2 %, tandis qu’environ 300 000 élèves quittent chaque année l’école sans qualification.
Cette situation exige une politique intégrée permettant d’accompagner les jeunes vers la stabilité économique et sociale.
Conformément aux Hautes Orientations Royales, le gouvernement lancera, à partir de 2027, un programme national d’accompagnement social territorial visant à :
- former 100 000 jeunes par an en fonction des besoins des entreprises ;
- permettre à près de 100 000 jeunes par an d’accéder à une première expérience professionnelle ;
- porter la capacité de la formation par apprentissage à un niveau compris entre 150 000 et 200 000 bénéficiaires par an.
Le gouvernement accompagnera également 60 000 entreprises afin de garantir leur développement et leur pérennité, à travers des dispositifs d’incubation, la facilitation de l’accès au financement et aux garanties, ainsi qu’un meilleur accès aux marchés et aux marchés publics.
Il mettra en place des mécanismes de mobilité légale, au moyen d’accords conclus avec les pays ayant des besoins dans certaines professions.
Un passeport de mobilité professionnelle sera également opérationnalisé pour accompagner les personnes qui trouvent un emploi en dehors de leur zone de résidence. Ce dispositif sera complété par un programme de logements locatifs à des prix abordables.
Sixième axe : garantir la souveraineté stratégique et renforcer le rayonnement international du Maroc
Les mutations mondiales imposent une approche globale intégrant la sécurité hydrique, alimentaire, énergétique et environnementale, ainsi que les risques géostratégiques, numériques et scientifiques émergents.
Souveraineté énergétique : plus de 52 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030
En matière de sécurité énergétique stratégique, le gouvernement s’engage à accélérer le programme de développement des énergies renouvelables afin de porter leur part à plus de 52 % du mix énergétique d’ici à 2030.
Ses priorités comprennent également :
- la mise en œuvre de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert ;
- le déploiement progressif de la feuille de route relative aux infrastructures gazières.
Parallèlement, le gouvernement entend rationaliser la demande croissante en énergie et en maîtriser l’évolution, notamment par la mise en œuvre de mesures d’efficacité énergétique.
Souveraineté hydrique : diversifier les ressources et mobiliser 1,8 milliard de m³ d’eau dessalée
La stratégie gouvernementale en matière de sécurité hydrique repose sur la diversification et le renforcement de l’offre en eau.
Elle prévoit notamment d’accélérer la réalisation des barrages, en particulier dans les régions arides et semi-arides, les zones montagneuses et les oasis.
Le gouvernement entend également accélérer la construction d’usines de dessalement de l’eau de mer, avec pour objectif de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031.
Des projets de transfert d’eau entre bassins et régions seront aussi réalisés lorsque cela s’avérera nécessaire, sans porter atteinte aux équilibres hydriques des territoires concernés.
Pour assurer la pérennité de la sécurité hydrique, le gouvernement élaborera un Plan national de l’eau, destiné à constituer le cadre stratégique de la politique nationale de l’eau à long terme.
Ce plan tiendra compte des spécificités naturelles, climatiques, économiques et sociales du pays et assurera la cohérence des politiques publiques liées à l’eau, à l’agriculture, à l’énergie, à l’environnement et à l’aménagement du territoire.
Souveraineté alimentaire : porter la part des semences nationales à 50 %
En matière de sécurité alimentaire, le gouvernement entend passer d’un soutien conjoncturel à une maîtrise des facteurs de production.
Un programme de souveraineté semencière doit ainsi permettre de porter la part des semences nationales de 20 % à 50 % au cours du mandat.
Le gouvernement s’attachera également à sécuriser les stocks, à garantir l’approvisionnement du marché, à réviser les stocks de céréales et à encadrer les exportations des filières sensibles.
Il soutiendra par ailleurs la reconstitution du cheptel en facilitant l’accès des petits éleveurs aux races à haut potentiel de production, en soutenant les races locales et en renforçant la vigilance épidémiologique et sanitaire.
Souveraineté numérique : cybersécurité, intelligence artificielle et innovation
Dans le domaine de la souveraineté numérique, le gouvernement prévoit de mettre en place un mécanisme national intégré de cybersécurité et de protection des données et des systèmes vitaux.
Il entend également étendre l’accès à Internet, notamment dans les zones éloignées, élaborer un cadre pour une intelligence artificielle sûre et responsable, et créer les conditions nécessaires pour attirer les investissements tout en soutenant les start-up innovantes.
Souveraineté industrielle et défense : renforcer la place du Maroc dans les chaînes de valeur
Le gouvernement entend renforcer la souveraineté industrielle du Maroc et sa position dans les chaînes de valeur, notamment en donnant corps aux initiatives royales africaines et atlantiques.
Il prévoit également de développer les corridors maritimes, logistiques et énergétiques, les nouveaux métiers ainsi que les industries bas carbone.
Conformément aux Hautes Orientations Royales, le gouvernement œuvrera à réunir les conditions nécessaires à l’émergence d’une base industrielle et technologique de défense, à travers l’amélioration du cadre juridique, de la compétitivité et des incitations.
Il s’attachera enfin à développer une flotte marchande maritime nationale forte et compétitive, tout en accélérant les grands projets portuaires et les zones logistiques et industrielles qui leur sont associées.
Septième axe : bâtir une économie forte pour financer nos ambitions sociales et souveraines
La réussite de ces priorités exige une croissance génératrice de valeur ajoutée élevée et d’emplois.
Le gouvernement entend ainsi renforcer l’équilibre entre la production et les services, diversifier l’économie et développer les capacités nationales en matière de technologie, de transition énergétique, de souveraineté numérique et scientifique.
Il s’attachera également à consolider l’industrie et la production nationale afin de substituer les produits fabriqués localement aux importations, notamment celles de produits finis.
Le gouvernement renforcera les investissements dans les infrastructures et les secteurs productifs stratégiques, poursuivra la modernisation de l’agriculture et lancera une feuille de route touristique pour la période 2027-2030, avec pour objectif d’atteindre 26 millions de touristes en 2030.
Il prévoit également de développer les coopératives, l’économie sociale et solidaire ainsi que l’économie du sport.
Investissement : porter la contribution du secteur privé aux deux tiers de l’investissement national
Le gouvernement vise à porter la contribution du secteur privé à deux tiers de l’investissement national, en consolidant la mise en œuvre de la Charte de l’investissement.
Il entend parallèlement accélérer les projets ayant fait l’objet d’engagements contractuels, poursuivre la réforme des Centres régionaux d’investissement, accompagner les très petites, petites et moyennes entreprises et faciliter leur accès au financement, aux garanties et aux marchés publics.
En collaboration avec le secteur financier, le gouvernement œuvrera à :
- élargir les financements bancaires et non bancaires destinés à l’investissement productif ;
- soutenir les grands projets, l’innovation, l’industrialisation et les exportations ;
- mobiliser l’épargne nationale, notamment institutionnelle ;
- dynamiser les marchés financiers, conformément aux Hautes Orientations Royales.
Entreprises publiques : accélérer la restructuration du portefeuille public
Compte tenu du rôle central du secteur public dans la mise en œuvre des priorités économiques et sociales, le gouvernement entend accélérer la restructuration du portefeuille public afin de remédier à la situation financière des établissements et entreprises publics.
Croissance de 5 %, inflation de 2 % et déficit budgétaire limité à 3 %
Sur ces bases, le gouvernement adopte une trajectoire économique volontariste et réaliste, visant :
- une croissance moyenne de 5 % par an sur la période 2027-2031 ;
- une inflation d’environ 2 % par an, afin de préserver le pouvoir d’achat et la stabilité économique.
Le gouvernement entend maintenir le déficit budgétaire autour de 3 % du produit intérieur brut (PIB) sur la période 2026-2031.
Pour y parvenir, il prévoit d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques dans le cadre de la réforme de la loi organique relative à la loi de finances, de tirer parti des effets de la croissance et d’accroître la contribution des établissements et entreprises publics.
Il s’engage enfin à inscrire la dette publique dans une trajectoire baissière, avec pour objectif de la ramener à environ 62 % du PIB à l’horizon 2031.
Conclusion : un appel à la confiance et au dialogue
Mesdames et Messieurs,
La mise en œuvre de ce programme relève de la responsabilité du gouvernement. Elle sera accompagnée du contrôle et de l’évaluation du Parlement, ainsi que de la contribution des forces vives de la nation et des médias.
Notre gouvernement sera au service de l’ensemble des Marocaines et des Marocains, quelles que soient leurs catégories sociales et leurs sensibilités politiques, car la responsabilité qui nous incombe concerne la nation tout entière.
Je tiens ici à vous assurer que je tends la main à la majorité comme à l’opposition, aux partenaires sociaux et économiques, à la société civile, aux acteurs des droits humains, aux médias ainsi qu’à toutes les compétences nationales.
Je m’engage également à maintenir le dialogue ouvert aux propositions sérieuses et aux critiques constructives.
Je sollicite respectueusement la confiance de l’honorable Chambre des représentants et compte sur votre coopération pour bâtir un Maroc plus juste, offrant davantage d’opportunités, plus uni et plus rayonnant, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste et Le glorifie.
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous.



