International

Radiographie du bras de fer commercial : la Chine et l’Union européenne mesurent leurs forces à Pékin

Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, poursuit ce vendredi à Pékin le deuxième cycle du mécanisme de consultations sur le commerce et l’investissement entre la Chine et l’Union européenne (UE). Cette visite est axée sur le déficit commercial européen, l’accès au marché chinois et les tensions liées aux exportations du pays asiatique.

Jeudi, le commissaire a déjà rencontré le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, auquel il a demandé des résultats « tangibles » après « trois mois d’interactions intensives ».

Voici les principaux enjeux de la situation commerciale entre Pékin et Bruxelles.

Un déficit « insoutenable »

Bruxelles aborde ce nouveau cycle de consultations avec un message central : la relation économique avec la Chine est « insoutenable », en raison d’un déficit commercial qui a atteint 359,8 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 15,3 % par rapport à l’année précédente.

À Pékin, Šefčovič a répété que son objectif était de « commencer à rééquilibrer » cette relation. Il a également réclamé des résultats « tangibles » après « trois mois d’interactions intensives » avec ses interlocuteurs chinois.

L’accès au marché chinois

L’accès au marché chinois constitue une autre source de mécontentement structurel pour les entreprises européennes. Celles-ci dénoncent des obstacles réglementaires, un traitement inégal dans les marchés publics, des exigences de localisation ainsi que des difficultés à rivaliser à armes égales avec les entreprises nationales.

Avant sa rencontre avec Wang Wentao jeudi, Šefčovič a déclaré avoir directement écouté les entreprises européennes présentes en Chine. Il a résumé leurs attentes autour de deux priorités : un meilleur accès au marché et un renforcement de la sécurité économique.

La Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine a récemment averti que le pays asiatique perdait de son attractivité en tant que marché de consommation, tout en renforçant son rôle de plateforme industrielle et exportatrice. Une évolution qui accentue les tensions avec ses partenaires commerciaux.

Les véhicules hybrides électriques

Selon le Financial Times, la Chine a rejeté, avant la visite européenne, une demande de Bruxelles visant à limiter volontairement ses exportations de véhicules hybrides vers l’Union européenne.

Bruxelles souhaitait plafonner ces exportations à environ 15 % du marché communautaire, contre plus d’un tiers actuellement. L’Union européenne étudie également la possibilité d’instaurer une mesure de sauvegarde permettant de fixer des quotas et d’appliquer des droits de douane élevés aux volumes dépassant les seuils autorisés.

Les terres rares

L’Union européenne cherche à réduire ses dépendances critiques vis-à-vis de la Chine dans plusieurs domaines stratégiques : les matières premières essentielles, les terres rares, les batteries, les semi-conducteurs, les véhicules électriques, la biotechnologie et les technologies de l’information.

Cette semaine, le Parlement européen a demandé l’ouverture d’une enquête sur d’éventuelles pratiques coercitives de la Chine concernant les terres rares, dont Pékin contrôle la production et le traitement. Il a également appelé à envisager le recours à l’instrument anticoercition de l’UE.

Cette résolution, qui n’est pas juridiquement contraignante, avertit que les relations entre les deux partenaires se trouvent à un « point critique ».

Les boucliers commerciaux européens

La visite de Šefčovič intervient dans un contexte d’offensive politique en Europe. Cette semaine, le président français, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, ont demandé à la Commission européenne de mettre en place de nouveaux instruments de protection contre les pratiques commerciales déloyales.

Parmi les propositions avancées figurent un mécanisme de diversification destiné à limiter les dépendances à l’égard de certains fournisseurs, ainsi qu’une procédure d’urgence qui permettrait, dans des circonstances extrêmes, d’exclure des pays tiers du marché unique européen.

La Commission européenne a qualifié cette proposition de « contribution précieuse » au débat sur les risques géoéconomiques et les déséquilibres mondiaux. La question doit être examinée par les dirigeants européens la semaine prochaine.

6. La riposte chinoise

La Chine accuse l’Union européenne de « politiser » les échanges commerciaux et de s’orienter vers le « protectionnisme ». Pékin a également demandé à la France et à l’Allemagne de ne pas inciter l’Union européenne à recourir « à la moindre occasion » à des instruments « restrictifs ».

Les autorités chinoises ont par ailleurs averti qu’elles réagiraient fermement si des mesures « discriminatoires » étaient adoptées contre les entreprises ou les produits chinois.

Parmi les ripostes possibles figurent des enquêtes pour discrimination, des investigations portant sur la sécurité des chaînes industrielles et d’approvisionnement, ainsi que des enquêtes sur les effets des subventions étrangères. Pékin présente ces instruments comme des moyens de défendre ses intérêts face aux mesures prises à l’étranger.

Ces dernières années, la Chine a déjà engagé des procédures visant des produits européens. C’est notamment le cas de l’enquête antisubventions sur certains produits laitiers de l’Union européenne, ouverte après l’approbation par Bruxelles de droits de douane sur les véhicules électriques chinois.

Cet échange de mesures commerciales a également touché d’autres secteurs, notamment celui des produits chimiques.

: EFE

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page