
Le Maroc, à l’instar de nombreux pays, se trouve à la croisée de défis socio-économiques, environnementaux et technologiques majeurs. Selon le Global Risks Report 2026, 21ᵉ édition du rapport annuel sur les risques mondiaux, le monde vit une période de turbulence sans précédent, marquée par l’accélération des risques interconnectés et l’émergence d’un nouvel ordre compétitif. Ce rapport, qui rassemble les points de vue de plus de 1 300 experts et décideurs mondiaux, examine les risques à court terme (2026), moyen terme (2028) et long terme (2036), mettant en lumière leurs impacts directs et indirects sur les économies nationales, dont celle du Maroc.
Les principaux risques pour le Maroc à court et moyen terme
Le Global Risks Perception Survey (GRPS) 2025 identifie les priorités de risque pour le Maroc :
- Manque d’opportunités économiques et chômage, considéré comme le risque le plus immédiat.
- Insuffisance des services publics et des protections sociales, incluant l’éducation, les infrastructures et les retraites.
- Inflation, qui continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
- Pénuries de ressources naturelles, notamment alimentaires et en eau, un défi renforcé par le changement climatique.
- Inégalités de richesse et de revenus, facteur d’instabilité sociale et de fragilité du contrat social.
Le Maroc fait face à une pression sociale latente, plus structurelle que conjoncturelle. Le risque n’est pas l’effondrement, mais l’érosion progressive de la cohésion sociale si la croissance ne devient pas plus inclusive.
Les politiques de généralisation de la protection sociale et les investissements industriels jouent un rôle d’amortisseur, mais l’eau et l’emploi des jeunes sont les deux lignes rouges à moyen terme.
Analyse par pays
Tunisie
Risques clés :
- Chômage et absence de perspectives économiques
- Dégradation des services publics
- Ralentissement économique
- Dette publique et financière
- Inflation
Lecture stratégique :
La Tunisie cumule tous les facteurs de vulnérabilité économique : faible croissance, finances publiques sous tension et mécontentement social.
Le risque majeur est une asphyxie économique prolongée, qui affaiblit l’État et nourrit l’instabilité sociale, sans marge budgétaire suffisante pour amortir les chocs.
Égypte
Risques clés :
- Inflation très élevée
- Ralentissement économique
- Dette publique et extérieure
- Bulle potentielle sur certains actifs
- Inégalités sociales
Lecture stratégique :
L’Égypte est confrontée à un risque macroéconomique systémique.
La combinaison inflation + dette + inégalités crée une pression directe sur le pouvoir d’achat et la stabilité sociale.
Le principal danger n’est pas une crise soudaine, mais une détérioration continue du niveau de vie, avec des tensions sociales difficiles à contenir.
Turquie
Risques clés :
- Chômage et manque d’opportunités
- Inflation structurelle
- Érosion des libertés et droits civiques
- Ralentissement économique
- Polarisation sociale
Lecture stratégique :
La Turquie illustre un modèle de fragilité hybride : économique et politique.
L’inflation persistante alimente la polarisation sociale et affaiblit la confiance. Le risque principal est une instabilité prolongée, où les déséquilibres économiques renforcent les tensions politiques.
Afrique du Sud
Risques clés :
- Chômage massif
- Défaillance des services publics
- Criminalité et économie informelle
- Infrastructures critiques dégradées
- Ralentissement économique
Lecture stratégique :
L’Afrique du Sud est le pays du panel où les risques sont les plus interconnectés.
Le chômage alimente la criminalité, qui fragilise l’investissement, ce qui aggrave la stagnation économique.
Le danger central est un affaiblissement structurel durable de l’État, avec une montée des tensions sociales et sécuritaires.
Conclusion orientée Maroc
Le Maroc apparaît moins exposé à une crise brutale que la Tunisie ou l’Égypte, mais reste vulnérable à une dégradation progressive si :
- la création d’emplois ne s’accélère pas,
- le stress hydrique s’aggrave,
- les inégalités persistent.
Sa différence clé est la capacité d’anticipation et d’amortissement, à condition de maintenir l’investissement productif, la stabilité institutionnelle et la cohésion sociale.
Au niveau global
Au niveau global, la confrontation géoéconomique apparaît comme le risque le plus immédiat, tandis que l’inégalité reste le facteur le plus interconnecté sur le long terme. Le rapport envisage un futur où la résilience actuelle cède face à une turbulence sans précédent, définie par l’ampleur, l’interconnexion et la vitesse croissante des risques globaux. Parmi les contributeurs à l’enquête et au rapport, les perceptions négatives de l’avenir augmentent. On constate que 50 % des leaders et experts interrogés anticipent un avenir turbulent ou orageux sur les deux prochaines années, chiffre qui passe à 57 % sur dix ans, avec seulement 1 % prévoyant un horizon calme à chacun des trois horizons temporels.
La confrontation géoéconomique apparaît comme le risque le plus grave à court terme (deux ans), tandis que les risques économiques connaissent la plus forte hausse de toutes les catégories, en raison des inquiétudes concernant le ralentissement économique, la hausse de l’inflation et les bulles d’actifs potentielles, dans un contexte de fort endettement et de marchés volatils.
L’inégalité est à nouveau identifiée comme le risque mondial le plus interconnecté sur la prochaine décennie, alimentant d’autres risques mondiaux à mesure que le contrat social entre citoyens et gouvernement s’affaiblit. À court terme, alors que ces préoccupations immédiates prennent le pas sur les objectifs globaux à long terme, les risques environnementaux sont relégués dans l’horizon de deux ans, leur gravité et leur classement diminuant, même s’ils restent préoccupants sur dix ans.
Enfin, l’accélération technologique, tout en générant des opportunités inédites, crée également d’importants risques, notamment la désinformation et la mésinformation, un risque prioritaire à court terme, et suscite des inquiétudes quant aux conséquences négatives potentielles de l’IA à long terme, un risque qui connaît la plus forte hausse de classement entre le court et le long terme parmi les 33 risques étudiés.



