Guerre en Ukraine: comment les réseaux russes recrutent des Marocains

La guerre en Ukraine ne concerne pas que l’Europe. Selon l’ONG suisse INPACT, la Russie a recruté 28 Marocains pour combattre sur le front, dans le cadre d’un effectif total de 1.417 Africains, selon des données publiées ce mois-ci par l’organisation non gouvernementale (ONG) INPACT.
L’INPACT, basée en Suisse, a indiqué dans son rapport « Le business du désespoir : le recrutement de combattants africains par l’armée russe », consulté par l’agence Lusa, que depuis 2023, la Russie recrute des citoyens de pays tiers, notamment africains, pour participer à la guerre contre l’Ukraine, dont le quatrième anniversaire est commémoré aujourd’hui.
Contactée par la Lusa, l’ONG a révélé que les Angolais Luís Urbano da Costa Duarte, né le 24 novembre 1970, a signé un contrat le 15 juin 2024, et Maxime Rodrigo Talla Nganou, né le 10 mai 1999, a signé un contrat le 26 octobre 2023.
Recrutement pour pallier les besoins de l’armée russe
Selon le rapport, ce recrutement vise à pallier la pénurie de personnel dans les forces armées russes, alors que Moscou cherche à gérer une guerre d’usure en Ukraine et à faire face au renforcement des sanctions internationales ciblant ses capacités économiques, son secteur militaro-industriel et les activités de ses réseaux paramilitaires à l’étranger.
« L’INPACT a identifié des tactiques de recrutement ciblant les jeunes aspirant à poursuivre des études supérieures à l’étranger, en particulier dans des domaines présentés comme stratégiques, ainsi que des personnes à la recherche d’un emploi », précise le rapport.
Le recrutement se fait de diverses manières : par de fausses offres d’emploi — sécurité privée, construction, industrie, agriculture — ; par des promesses de salaires élevés et de régularisation du statut migratoire ; par la facilitation de visas pour la Russie et le transport ; et via des réseaux informels, des intermédiaires privés et des agences de recrutement.
Parmi les promesses fausses figurent un paiement initial en espèces, entre 2.000 et 30.000 dollars (environ 1.840 à 27.600 euros) à la signature du contrat, suivi d’un salaire mensuel d’environ 2.200 à 2.500 dollars (environ 1.860 à 2.100 euros), avec assurance santé incluse, la naturalisation russe pour chaque candidat après trois à six mois de service, et un entraînement militaire en Russie selon le programme des forces d’élite.
Conditions de recrutement et déploiement sur le terrain
Des témoignages cités par l’ONG indiquent que de nombreux citoyens recrutés ont été contraints de signer des contrats militaires en russe — langue qu’ils ne maîtrisent pas — et ont été rapidement envoyés sur le terrain, souvent au front, avec « un entraînement minimal ou inexistant ».
Le rapport précise les chiffres par pays : 32 personnes recrutées en Afrique du Sud, 56 en Algérie, 2 en Angola, 15 au Bénin, 19 au Burundi, 335 au Cameroun, 2 au Tchad, 11 en Côte d’Ivoire et un record de 361 en Égypte.
D’autres pays : Éthiopie 10, Gabon 1, Gambie 56, Ghana 234, Guinée-Conakry 9, Libye 6, Madagascar 1, Mali 51, Maroc 28, Mauritanie 3, Niger 9, Nigeria 36, Kenya 45, République centrafricaine 2, République du Congo 15, Rwanda 1, Sénégal 14, Sierra Leone 9, Somalie 2, Soudan 17, Tanzanie 9, Togo 18, Tunisie 7, Ouganda 7, Zambie 2 et Zimbabwe 6.
L’âge moyen des citoyens recrutés est de 31 ans.
Le rapport répertorie également les Africains tués dans ce conflit, avec leur identification et pays d’origine. Aucun citoyen africain lusophone n’y figure.
Mesures et recommandations
L’INPACT souligne que certains gouvernements africains ont pris des mesures contre des individus et organisations impliqués.
« Une plus grande collaboration avec les gouvernements pour identifier les cas et enquêter sur les réseaux de recrutement aiderait à agir contre les entreprises et organisations impliquées et augmenterait les risques pour ceux qui continuent d’opérer », conseille l’ONG.



