
- Le commerce mondial change de règles.
- Le Maroc fait partie des gagnants du nouveau jeu économique mondial.
Le commerce mondial pourrait se révéler plus résilient que beaucoup ne l’anticipaient face au nationalisme économique et à la hausse des droits de douane, selon une nouvelle analyse de scénarios du Boston Consulting Group (BCG). Un scénario qui gagne du terrain prévoit une croissance annuelle du commerce mondial de biens de 2,5 % au cours de la prochaine décennie, légèrement plus rapide que celle du PIB mondial, avec une expansion d’environ 23 000 milliards de dollars en 2024 à près de 30 000 milliards de dollars en 2034. Les routes commerciales empruntées par ces flux seraient toutefois profondément remodelées.
Telles sont quelques-unes des conclusions du dernier rapport du Center for Geopolitics du BCG, intitulé Trade in Transition: How to Prepare for a Patchwork World Order, publié aujourd’hui.
Compte tenu de la grande difficulté à prévoir avec précision les contours du paysage commercial mondial à l’horizon de dix ans, le BCG a identifié quatre scénarios possibles. Celui qui bénéficie de la plus forte dynamique est un scénario plus modéré, qualifié de « patchwork commercial multinodal », dans lequel les flux commerciaux s’organisent autour de quatre pôles principaux adoptant des approches distinctes : les États-Unis, la Chine, ainsi que deux groupements informels d’économies que le BCG appelle les « Plurilatéralistes » ( y compris le Maroc), et les « BRICS+ hors Chine ».
« L’avenir du commerce mondial ne sera pas défini par un ensemble unique de règles, mais par une mosaïque de relations et de priorités régionales », a déclaré Aparna Bharadwaj, directrice générale et associée senior, responsable mondiale de la pratique Global Advantage du BCG et co-auteure du rapport. « Pour les entreprises, il ne s’agit pas simplement d’un changement de politique, mais d’un véritable point d’inflexion stratégique. Nos modèles montrent que, même dans un contexte de fragmentation croissante, le commerce suit une trajectoire claire de croissance, et l’avantage ira à ceux qui sauront s’adapter et prendre les devants dans ce paysage en évolution. »
Dans le cadre de ce scénario de patchwork commercial multinodal :
- La part des États-Unis dans le commerce mondial de biens devrait reculer, le pays maintenant une approche « America First » privilégiant la production nationale au détriment des importations.
- Ce recul s’explique par la hausse des droits de douane et d’autres barrières : la part des importations américaines couvertes par des tarifs est passée de 13 % à 61 % depuis janvier 2025.
- Toutefois, un ralentissement de la croissance des échanges n’implique pas nécessairement un ralentissement du PIB, si la consommation et la production domestique augmentent.
- La croissance des échanges bilatéraux des États-Unis avec les BRICS+ hors Chine devrait se limiter à 1,5 % par an, tout comme celle avec les Plurilatéralistes.
- Le commerce États-Unis–Chine reculerait de 4,5 %, prolongeant une tendance baissière observée depuis plusieurs années.
- La croissance du commerce chinois devrait rester dynamique, la Chine demeurant le premier partenaire commercial du Sud global.
- Cette dynamique serait portée par les besoins croissants de la Chine en énergie, produits alimentaires et intrants industriels, ainsi que par la recherche de nouveaux débouchés pour ses produits finis.
- Le BCG prévoit un TCAC de 5,5 % pour les échanges de la Chine avec les autres pays BRICS+ sur la prochaine décennie, et de 3 % avec le reste du monde.
- Les Plurilatéralistes enregistreraient une croissance des échanges supérieure à la moyenne entre eux et avec une grande partie du Sud global jusqu’en 2034.
- Ce groupe hétérogène d’économies avancées et émergentes reste attaché au commerce fondé sur des règles. Sans constituer un bloc formel, chacune participe à un ou plusieurs accords commerciaux plurilatéraux (impliquant au moins trois pays).
- Il comprend l’ensemble des pays de l’Union européenne, les quatre membres européens de l’AELE, les 11 membres originels du CPTPP (Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam), ainsi que le Royaume-Uni, la Corée du Sud, et des économies ouvertes plus petites comme le Costa Rica et le Maroc.
- Les Plurilatéralistes pourraient approfondir leurs relations mutuelles, avec un TCAC de 3 % sur la prochaine décennie, en abaissant les barrières commerciales et en cherchant à se diversifier au-delà des États-Unis et de la Chine.
- Le commerce avec les économies BRICS+ afficherait un TCAC de 2,5 %, et de 3 % avec le reste du monde.
- Les BRICS+ hors Chine développeront leurs relations commerciales avec le Sud global ainsi qu’avec la Chine.
- Ce groupe inclut les membres fondateurs des BRICS — Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud — ainsi que des pays ayant rejoint ultérieurement comme l’Égypte, l’Éthiopie, l’Indonésie, l’Iran et les Émirats arabes unis.
- Ces pays cherchent à renforcer leur coopération commerciale, qu’ils considèrent comme un moteur de croissance, même si leurs approches diffèrent selon qu’ils concluent ou non des accords avec d’autres groupements.
- Les BRICS+ hors Chine pourraient enregistrer un TCAC de 3 % avec le reste du monde et une croissance moyenne des échanges entre eux.
- Les pays n’appartenant à aucun de ces quatre pôles sont regroupés dans la catégorie « Reste du monde ».
- Il s’agit majoritairement d’économies du Sud global en Asie, Afrique, Moyen-Orient et Amérique latine, qui recherchent une neutralité stratégique.
- Ces acteurs « non alignés » deviendront néanmoins de plus en plus importants à l’avenir, à la fois comme marchés et comme fournisseurs de biens et de services.
Des évolutions au cours des prochaines années — comme la conclusion des négociations sur la révision de l’accord États-Unis–Mexique–Canada en 2026 — pourraient modifier sensiblement ce scénario de patchwork commercial. D’autres répercussions pourraient également survenir, à mesure que certains pays s’adaptent au changement de cap des États-Unis ou érigent des barrières pour corriger les déséquilibres avec la Chine.
« Le commerce mondial ne recule pas, il se réorganise », a conclu Marc Gilbert, directeur général et associé senior, responsable mondial du Center for Geopolitics du BCG et co-auteur du rapport. « Les dirigeants qui intégreront la géopolitique dans leurs décisions d’investissement et de stratégie seront les mieux placés pour traverser la prochaine décennie de transformations, en assurant à la fois résilience et croissance. »
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https://www.bcg.com/publications/2026/how-prepare-patchwork-world-order


