Grève des pharmaciens : Les trois erreurs d’appréciation du Conseil de la concurrence

Le 9 avril 2026, les pharmaciens du Maroc ont organisé un sit-in devant le Conseil de la concurrence. Leur contestation actuelle révèle que la rigueur technique ne suffit pas à légitimer une réforme. En défendant publiquement le dossier de l’ouverture du capital des pharmacies, le Conseil de la concurrence a commis trois erreurs d ‘appréciation qui ont transformé un débat économique en crise sociale.
Une confusion des rôles
Ce n’est peut-être pas une première mondiale, mais voir une profession entière faire grève devant le siège du Conseil de la concurrence reste un fait exceptionnel, révélateur d’un glissement du pouvoir économique vers des institutions techniques.
Ce qui est vraiment inhabituel et rend la situation marocaine particulière : une grève structurée d’un secteur entier (pharmaciens). En devenant la cible directe de la grève, le Conseil de la concurrence s’est retrouvé dans une position délicate, perçu comme un décideur politique, alors qu’il est censé être une instance technique et consultative. En général, les grèves visent les ministères ou les gouvernements Pas une autorité de régulation indépendante. Cela montre que le Conseil de la concurrence est perçu comme un acteur décisionnel central, même s’il est censé être technique.
Une communication peu convaincante
Le Conseil a souffert d’un déficit de pédagogie : à la difficulté à justifier concrètement ses positions, s’ajouté l’absence d’un discours accessible qui a créé un fossé entre les chiffres et la réalité opérationnelle des officines. Résultat : ses décisions ont été perçues comme déconnectées du terrain.
Les multiples sorties médiatiques autour de la crise des pharmaciens apparaissent comme non suffisamment maîtrisées et mal calibrées. Dans un contexte aussi sensible, chaque prise de parole publique devient un élément d’influence directe sur la perception des acteurs du secteur, la confiance des professionnels et l’opinion publique
Or, certaines déclarations ont semblé réactives plutôt que stratégiques, ce qui a contribué à amplifier les tensions au lieu de les apaiser.
Conséquence : Une perception d’arbitraire. Le Conseil, lui, n’écrit pas la loi, applique des principes de concurrence, donne des avis techniques et économiques et vise en priorité l’intérêt du consommateur. C’est un organe d’expertise, pas une instance politique.
Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur la cohérence de la communication du Conseil de la concurrence selon les secteurs concernés. Dans le cas des pharmaciens, l’institution a été très présente dans le débat public, avec des prises de position largement relayées et fortement commentées. En revanche, sur des sujets tout aussi sensibles comme les marges dans le secteur pétrolier, la communication a été beaucoup plus discrète, voire essentiellement technique.
Un débat qui aurait dû être parlementaire
Le prix des médicaments n’est pas qu’une variable économique ; c’est un enjeu de santé publique, de pouvoir d’achat et de l’équilibre du système de santé. Autant de sujets qui relèvent du débat démocratique. Le Parlement aurait dû être le lieu du débat et de la décision finale. En court-circuitant le débat parlementaire, le Conseil a privé la réforme de sa base démocratique.
Initialement instance technique et consultative, le Conseil s’est retrouvé en première ligne, devenant la cible directe des grèves.
Bref, le fond de l’analyse du Conseil est peut-être juste, mais son exécution a péché par manque de vision politique. Dans le secteur de la santé, la forme et le timing sont aussi cruciaux que la donnée économique.
Sans un portage politique clair et un débat démocratique, l’expertise technique est perçue comme une injustice.



