Economie

Énergie : Rabat revoit sa copie sur le GNL ?

La décision du Maroc, prise plus tôt cette année, de suspendre certains éléments de sa stratégie tant attendue d’importation de GNL (gaz naturel liquéfié) marque moins un retard qu’un réajustement stratégique – reflétant à la fois l’évolution des dynamiques du marché mondial et une approche plus pragmatique du développement des infrastructures.

En janvier 2026, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a suspendu les appels d’offres relatifs à un terminal d’importation de GNL prévu à Nador West Med ainsi qu’aux infrastructures de pipelines associées, quelques semaines seulement après leur lancement en décembre 2025. Le projet envisagé était ambitieux : un terminal flottant avec une capacité de regazéification d’environ 5 milliards de mètres cubes (bcm) par an – soit plus de quatre fois la demande actuelle du Maroc, estimée à environ 1 bcm – destiné à servir de pilier à un réseau gazier national reliant les pôles industriels de Nador à Kénitra et Mohammedia.

Si la volatilité du marché mondial du GNL, la hausse des coûts de financement et les incertitudes concernant la demande à long terme ont compliqué l’équation économique des infrastructures d’importation à grande échelle, la décision du Maroc de réévaluer à la fois le calendrier et la structure du projet traduit une approche mesurée et tournée vers l’avenir. Plutôt que de s’engager dans un modèle intensif en capital, le pays se donne la possibilité d’aligner davantage le développement des infrastructures sur les réalités du marché.

Cette décision intervient à un moment critique. La demande en gaz devrait atteindre environ 8 bcm d’ici 2027, portée par la production d’électricité et la croissance industrielle, alors que le Maroc réduit sa dépendance au charbon tout en visant une part de 52 % d’énergies renouvelables dans la capacité installée d’ici 2030. Répondre à cette demande nécessitera de nouvelles infrastructures, mais de plus en plus sous des formes offrant flexibilité, évolutivité et meilleure répartition des risques.

Une piste qui gagne en importance est celle des solutions modulaires de GNL. Des infrastructures déployées par phases – notamment des unités flottantes de stockage et de regazéification – permettent de mettre en service des capacités plus rapidement tout en réduisant les investissements initiaux. Ces modèles permettent d’ajuster l’offre à la demande et offrent une meilleure résilience dans un environnement de prix volatile.

Parallèlement, le Maroc poursuit des réformes visant à renforcer la structure du marché et à améliorer sa compétitivité. Les décideurs insistent sur la nécessité d’une plus grande participation du secteur privé, ainsi que sur la réforme des entités publiques, notamment ONHYM, afin d’améliorer la transparence des prix et l’efficacité du marché. À mesure que l’ONHYM évolue vers un cadre plus commercial, son rôle dans la facilitation des partenariats et des investissements, notamment dans les segments intermédiaires et la production d’électricité à partir de gaz, devrait s’élargir.

Les infrastructures existantes du Maroc soutiennent également cette transition. Depuis 2022, le pays importe du GNL via des terminaux espagnols en utilisant les flux inversés du gazoduc Maghreb-Europe, ce qui permet d’assurer un approvisionnement transitoire sans nécessiter immédiatement de grandes capacités nationales de regazéification. Bien que limitée, cette solution offre une certaine flexibilité et permet d’optimiser le calendrier et la structure des investissements futurs.

Pour les investisseurs, ce réajustement élargit le champ des opportunités. Au lieu d’un seul grand terminal GNL, il existe désormais des possibilités sur une chaîne de valeur plus diversifiée – du stockage et de la regazéification aux usages industriels et à la production d’électricité. Les projets de taille plus réduite et déployés progressivement sont non seulement plus adaptables, mais aussi mieux alignés avec les conditions actuelles de financement.

La stratégie évolutive du Maroc sera au cœur du forum Invest in African Energy Forum 2026, qui se tiendra à Paris le mois prochain, où le pays fera l’objet d’une session dédiée. Avec la participation de l’ONHYM et de plusieurs responsables de haut niveau, dont sa directrice générale Amina Benkhadra, cet événement offrira une plateforme pour présenter la feuille de route révisée du gaz et dialoguer directement avec les investisseurs sur les opportunités émergentes.

Avec une demande en gaz qui pourrait atteindre 12 bcm d’ici 2030, les fondamentaux à long terme du Maroc restent solides. Ce qui change, c’est le modèle : une orientation vers des solutions plus flexibles et davantage guidées par des logiques commerciales, en phase avec les conditions du marché et les attentes des investisseurs.

En affinant sa stratégie GNL, le Maroc illustre une tendance plus large dans les marchés émergents : dans un contexte énergétique mondial volatil, la capacité d’adaptation devient un facteur clé de succès pour les investissements. Agence

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