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Bank of Africa face à une pression accrue sur la qualité d’actifs

Derrière la croissance commerciale, le bilan de Bank of Africa au 31 décembre 2025 laisse apparaître les stigmates d’une conjoncture tendue. Les créances en souffrance ont franchi la barre des 16,2 milliards de dirhams, en progression de 14 % sur un an.

Ce sont principalement les créances compromises qui tirent cette hausse, témoignant des difficultés persistantes de certains opérateurs économiques. Face à ce défi, l’état-major de la banque a opté pour la vigilance : les provisions pour risques ont été portées à 10,8 milliards de dirhams, permettant d’afficher un taux de couverture renforcé à près de 67 %. Une stratégie de « fortification » du bilan essentielle pour rassurer le marché en ce printemps 2026.

Créances compromises : Le point critique (+18,1 %)

C’est l’augmentation la plus préoccupante. Les créances compromises (impayés de longue date avec un fort risque de non-recouvrement) bondissent de 12 MMDH à 14,2 MMDH.

Créances douteuses : Une légère amélioration (-11,2 %)

Le stock de créances douteuses recule, passant de 1,71 MMDH à 1,51 MMDH. Ce repli peut s’expliquer de deux manières : soit une amélioration des remboursements sur cette catégorie, soit (plus probable) un basculement de ces dossiers vers la catégorie « compromise » mentionnée ci-dessus.

Créances pré-douteuses : Stabilité relative

Elles stagnent autour de 500 millions DH. Il s’agit du premier stade de l’impayé. Leur stabilité montre que le « flux » de nouveaux dossiers en difficulté semble maîtrisé pour le moment.

Stratégie de Provisionnement : La prudence avant tout

Bank of Africa a fait un choix clair en 2025 : renforcer massivement ses couvertures.

Les provisions ont augmenté plus vite que les créances (+18,7 % contre +14 %). Le taux de couverture s’améliore pour atteindre 66,76 %.

Pourquoi est-ce positif ? En période d’incertitude économique en 2026, une banque qui provisionne davantage protège ses fonds propres. BOA préfère sacrifier une partie de ses bénéfices immédiats pour s’assurer que les pertes futures sur ces 16 milliards de dirhams d’impayés sont déjà « payées » comptablement.

Un excédent de collecte de dépôts de plus de 18 milliards de dirhams

Le groupe dirigé par Othman Benjelloun affiche une santé de fer au terme de l’exercice 2025. Avec des dettes envers la clientèle bondissant à plus de 275 milliards de dirhams, la banque confirme sa force de frappe dans un marché de l’épargne de plus en plus concurrentiel. Les états de synthèse arrêtés au 31 décembre 2025 révèlent une dynamique de collecte particulièrement robuste. Le poste « Dettes envers la clientèle », indicateur clé de la confiance des déposants, s’établit à 275,84 milliards de dirhams (MMDH), marquant une progression de 7,07 % par rapport à l’exercice précédent (257,63 MMDH).

L’embellie des ressources non rémunérées

Le fait marquant de cet exercice réside dans la structure même de ces dépôts. Les comptes ordinaires créditeurs (dépôts à vue) ont enregistré une croissance organique à deux chiffres, s’établissant à 184,72 MMDH, soit une hausse de 11,4 %.

Pour les analystes de la place, cette performance est stratégique : elle permet à la banque d’abaisser significativement son coût moyen des ressources. En captant davantage de liquidités non rémunérées, BOA optimise sa marge d’intermédiation, un atout précieux alors que les taux directeurs restent sous surveillance en ce début d’année 2026.

Arbitrage des épargnants : la liquidité avant tout

À l’inverse, on observe une certaine frilosité des clients pour les placements à blocage. Les comptes à terme reculent de 6,6 % pour s’établir à 28,25 MMDH, tandis que les bons de caisse s’effritent de 11 %.

Ce glissement des dépôts à terme vers les comptes courants suggère un changement de comportement des agents économiques : dans un contexte d’incertitude mondiale et de tensions sur les prix de l’énergie, les ménages et les entreprises privilégient la disponibilité immédiate des fonds plutôt que le rendement à long terme.

Moins de repo, plus d’autonomie

La forte baisse des opérations de pension observée chez Bank of Africa entre 2024 et 2025 – en recul de 56% à 518 millions de dirhams – traduit un net changement dans la gestion de sa liquidité. Ces instruments, qui consistent en des emprunts de court terme garantis par des titres, sont généralement mobilisés pour répondre à des besoins ponctuels de trésorerie Cette évolution reflète, en creux, un profil de liquidité plus confortable et une orientation vers une gestion plus prudente et structurée du bilan, dans un contexte de normalisation des conditions de financement.

Une base de dépôts stable

L’épargne « classique » reste, quant à elle, un socle de stabilité pour le groupe panafricain. Les comptes d’épargne progressent modestement de 3,5 % pour atteindre 48,75 MMDH. Cette croissance régulière témoigne de l’ancrage de la banque dans le quotidien des Marocains, malgré la montée en puissance des solutions de paiement digitales concurrentes.

Bank of Africa : Un empire des dépôts entre deux continents

Le groupe BOA confirme sa stature panafricaine au terme de l’exercice 2025. Sur les 275,8 milliards de dirhams collectés auprès de la clientèle, le Maroc demeure le premier contributeur avec 176,3 MMDH, enregistrant une progression solide de près de 8 %.

Cependant, c’est au sud du Sahara que la banque consolide sa singularité. Avec 98,5 MMDH de dépôts africains (hors Royaume), BOA s’affirme comme l’un des principaux collecteurs d’épargne du continent. Le groupe frôle désormais la barre symbolique des 100 milliards de DH de ressources clientèle hors de ses frontières historiques, un actif stratégique pour financer le commerce intra-africain en 2026. À l’inverse, le pôle européen semble perdre de sa superbe avec une décollecte de 14,5 %, confirmant le pivot définitif du groupe vers le Sud.

Perspectives 2026

Avec un excédent de collecte de plus de 18 milliards de dirhams en un an, Bank of Africa aborde l’exercice 2026 avec une réserve de liquidité confortable. Cette solidité du passif sera déterminante pour accompagner les grands chantiers structurants du Royaume, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables et de la gestion du stress hydrique, où le groupe entend jouer un rôle de premier plan.


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