Pourquoi S&P maintient la note souveraine du Maroc à «BBB- /A-3», avec perspectives stables

Le Maroc confirmé à ‘BBB-/A-3’ ; Perspectives Stables
S&P Global Ratings estime qu’il existe un degré élevé d’imprévisibilité concernant la durée et l’ampleur de la guerre au Moyen-Orient et ses effets potentiels sur les prix des matières premières, les chaînes d’approvisionnement, les économies et les conditions de crédit. Par conséquent, nos prévisions de base comportent une part d’incertitude significative. À mesure que la situation évolue, nous évaluerons la matérialité macroéconomique et de crédit des changements potentiels et réajusterons nos orientations en conséquence.)
Vue d’ensemble
L’économie marocaine est exposée au conflit au Moyen-Orient via les pressions inflationnistes, une facture d’importation plus élevée (prix du pétrole et du gaz), des perturbations des routes commerciales — notamment pour le soufre, intrant clé des engrais dont le Maroc est un exportateur de premier plan — ainsi que par la performance de la croissance en Europe.
Néanmoins, nous pensons que le Maroc dispose de tampons solides qui l’aideront à naviguer à travers les vents contraires actuels, y compris les impacts économiques défavorables potentiels et les pressions budgétaires associées.
La croissance économique en 2025 a dépassé nos attentes et est restée robuste. Les précipitations récentes ont reconstitué les réserves d’eau, offrant un élan significatif au secteur agricole à court terme, et nous prévoyons une croissance importante du tourisme cette année.
Par conséquent, nous avons confirmé nos notes de crédit souverain à long et à court terme pour le Maroc à ‘BBB-/A-3’. La perspective est stable.
Action sur la note
Le 27 mars 2026, S&P Global Ratings a confirmé ses notes de crédit souverain à long et court terme ‘BBB-/A-3’ sur le Maroc. La perspective est stable.
Perspectives
La perspective stable équilibre la forte dynamique de réformes structurelles du Maroc — soutenant une croissance du PIB plus élevée, la diversification économique et la consolidation budgétaire — face à l’incertitude significative liée à la guerre au Moyen-Orient, ainsi qu’au faible PIB par habitant, au chômage élevé persistant et à la vulnérabilité aux événements liés au climat.
Scénario de baisse
Nous pourrions abaisser les notes du Maroc si la performance budgétaire du gouvernement dévie négativement et de manière significative de nos prévisions actuelles, ou si la position extérieure se détériore substantiellement (par exemple, en raison de tensions commerciales ou d’une baisse de la demande de ses partenaires commerciaux).
Scénario de hausse
Nous pourrions relever les notes du Maroc si la croissance économique et sa position budgétaire s’améliorent au-delà de nos prévisions actuelles, ou si de nouvelles mesures significatives sont prises vers un régime de change plus flexible.
Fondements de l’analyse (Rationale)
Le Maroc est exposé aux répercussions du conflit au Moyen-Orient émanant de la hausse des coûts d’importation d’énergie, des ruptures d’approvisionnement et d’une demande extérieure plus faible. Malgré des progrès constants et significatifs dans la production d’énergies renouvelables, le Maroc importe une large part de ses besoins en hydrocarbures, ce qui le rend vulnérable aux hausses de prix inflationnistes. Les mesures de soutien budgétaire pour atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages et les entreprises pourraient ralentir le rythme de la consolidation budgétaire.
De plus, les perturbations des approvisionnements en soufre — essentiel à la production d’engrais — suite à la fermeture du détroit d’Ormuz posent des risques, étant donné que les phosphates et leurs dérivés représentaient 21,3 % des exportations de biens du Maroc l’année dernière. Cela dit, le Groupe OCP, qui contrôle environ 70 % des réserves mondiales de phosphate, s’est engagé à doubler sa production d’ici 2030.
Néanmoins, nous prévoyons que le Maroc maintiendra une croissance économique solide. Nous projetons une croissance moyenne du PIB réel de 4,4 % sur la période 2026-2029. Après plusieurs années de sécheresse, les précipitations récentes ont ramené les barrages à 72 % de leur capacité au 21 mars, contre seulement 36,6 % un an plus tôt. Les performances à l’exportation (tourisme, IDE) ont soutenu l’accumulation de réserves de change. Enfin, les investissements en cours dans les usines de dessalement soutiendront des rendements agricoles plus stables.
Profil institutionnel et économique : Des perspectives de croissance solides
Nous prévoyons que la croissance bénéficiera des réformes pro-business, de la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’Investissement et du Fonds Mohammed VI.
- Tourisme : Performance exceptionnelle avec près de 20 millions de touristes en 2025 (+14 % par rapport à 2024). Les recettes touristiques ont atteint 138 milliards de dirhams (MAD), soit environ 8 % du PIB.
- Infrastructure : L’activité bénéficiera des grands projets liés à la Coupe du Monde de la FIFA 2030, ainsi que des investissements dans l’énergie, la santé et les transports.
- Eau : Le projet de dessalement de Casablanca, opérationnel l’année prochaine, sera le plus grand du continent et le quatrième mondial. Il sera entièrement alimenté par des énergies renouvelables.
- Défis sociaux : Le gouvernement vise à ramener le chômage à 9 % d’ici 2030, en s’appuyant sur la généralisation de l’assurance maladie (25 millions de bénéficiaires en 2024) et le registre social unifié.
Les prochaines élections législatives auront lieu le 23 septembre 2026. Nous ne prévoyons pas de changements majeurs de politique après le scrutin.
Profil de flexibilité et de performance : Des revenus accrus et des réserves de change protectrices
Bien que la facture d’importation puisse s’alourdir, les réformes fiscales continuent d’élargir l’assiette fiscale.
- Balance extérieure : Le déficit de la balance courante devrait s’établir en moyenne à 2,4 % du PIB sur 2026-2029. Les réserves de change ont augmenté pour atteindre près de 50 milliards de dollars l’année dernière (environ 6 mois d’importations). La ligne de crédit de 4,5 milliards de dollars du FMI constitue un tampon supplémentaire.
- Budget : Nous prévoyons que le déficit budgétaire continuera de diminuer progressivement vers 3 % du PIB, grâce aux réformes de la TVA, de l’IR et de l’IS.
- Dette : Le profil de la dette reste favorable avec une maturité moyenne de 8 ans. La dette en devises ne représente qu’un quart de la dette totale. Le Maroc a émis deux Eurobonds en mars 2025 pour un total de 2 milliards d’euros, avec une demande de 7 milliards d’euros.
- Monétaire : La Banque Centrale du Maroc (BAM) a maintenu son taux directeur à 2,25 % en mars 2026. Le dirham est ancré à un panier (60 % Euro / 40 % Dollar) avec une bande de fluctuation de ±5,0 %.
- Secteur bancaire : La rentabilité devrait se renforcer. Nous notons favorablement le nouveau cadre réglementaire exigeant un ratio Tier 1 minimum de 11 % pour les banques d’importance systémique d’ici décembre 2025.



