L’Iran attaque les plus grandes usines d’aluminium au monde

Jusqu’à présent, l’impact se concentrait sur l’énergie, mais Téhéran cible désormais le métal. Des missiles ont frappé les usines d’ALBA et d’EMAL, qui produisent 5 % de l’offre mondiale. Les prix de la matière première s’envolent de 6 %.
Jusqu’à présent, le grand impact de la guerre était énergétique. Le blocage du détroit d’Ormuz provoque l’isolement d’un cinquième du gaz et du pétrole de la planète. De son côté, Téhéran a lancé des missiles vers les plus importantes usines de gaz et de raffinage de la région, le cas de Rass Laffan (le plus grand champ de gaz au monde) étant particulièrement notable. Si d’autres secteurs étaient touchés, ils ne semblaient pas être la cible prioritaire, mais plutôt des victimes collatérales. Des matériaux comme le nickel, les engrais ou le cuivre dépendent de produits transitant par le détroit et ont donc subi les contrecoups de la guerre énergétique de l’Iran.
Cela a changé ce week-end. Pour la première fois, le pays perse a mené des attaques visant à déstabiliser les marchés d’une autre matière première clé : l’aluminium.
Lundi à l’aube, l’Iran a lancé des attaques de missiles et de drones contre deux usines géantes : Emirates Global Aluminium (EMAL) et Aluminium Bahrain (ALBA). À l’annonce de la nouvelle, le prix de l’aluminium a bondi de 6 % dès les premières transactions, atteignant 3 492 dollars la tonne.
Des dégâts irréparables sur la production
Dans le cas de la première usine (EMAL), les attaques ont visé les sous-stations électriques, les systèmes de refroidissement et les zones de traitement. La compagnie a confirmé plusieurs blessés et annoncé une évacuation partielle.
C’est toutefois l’usine Aluminium Bahrain (ALBA) qui a été la plus durement touchée. Des explosions de grande magnitude ont eu lieu dans des zones sensibles, provoquant des incendies et des dommages structurels majeurs. Les évacuations ont dû être plus larges et l’entreprise a annoncé une interruption totale de ses exportations. Selon ING, ces attaques ont fait perdre une capacité de production d’environ 560 000 tonnes, soit 8 % à 9 % de l’offre totale du Moyen-Orient.
Une région vitale pour l’industrie mondiale
Le Moyen-Orient représente à lui seul 9 % de la production mondiale d’aluminium. Si l’on exclut la Chine (qui produit essentiellement pour son propre marché), la région pèse pour 22 % du marché international. En 2025, elle a exporté 3,7 millions de tonnes métriques.
Jusqu’à présent, le marché restait relativement calme car les fonderies disposaient de réserves pour deux mois. Mais l’attaque d’aujourd’hui change la nature de la crise : il ne s’agit plus seulement d’attendre la réouverture du détroit d’Ormuz ; une capacité de production physique a été irrémédiablement endommagée.
L’Iran justifie ces frappes via son agence de presse publique, qualifiant ces usines de « cibles de guerre légitimes » en raison des applications militaires de l’aluminium et du fait qu’une partie de la production est destinée aux États-Unis.
Pourquoi l’aluminium est-il crucial ?
L’aluminium est un métal de base pour la défense (avions de combat, hélicoptères, missiles, véhicules militaires) en raison de sa légèreté et de sa résistance. Mais il est aussi vital pour :
- L’automobile : clé pour réduire le poids des véhicules (jusqu’à 40 %) et les émissions.
- L’énergie : infrastructures de réseaux.
- La technologie et la construction.
L’Europe en première ligne
Le marché était déjà sous tension avec un déficit annuel de 600 000 tonnes, notamment car la Chine a plafonné sa production en 2025. Les prix atteignent désormais des sommets inédits depuis 2021.
Selon S&P Global, l’Europe est particulièrement exposée car elle s’est déjà déconnectée de l’aluminium russe et avait cherché des alternatives au Moyen-Orient, eleconomista. Le Japon et la Corée du Sud sont également cités comme des pays vulnérables à cette rupture brutale d’approvisionnement. Le redémarrage d’une fonderie à l’arrêt étant un processus de plusieurs mois, la perte de fourniture risque d’être durable.



