
L’ouverture récente du secteur bancaire éthiopien suscite un intérêt croissant des acteurs étrangers, et notamment des banques marocaines. Alors que le pays autorise pour la première fois depuis 1974 les banques étrangères à créer des filiales et à prendre jusqu’à 40 % de participation dans des établissements locaux, plusieurs opportunités stratégiques se dessinent pour le Maroc.
Les banques kenyanes figurent parmi les plus intéressées par une entrée sur le marché éthiopien, notamment KCB Group, qui dispose d’un bureau de représentation à Addis-Abeba depuis 2015 et pourrait acquérir un opérateur existant.
La banque kényane Equity Bank a également engagé des discussions avec la Ethiopian Investment Commission en septembre afin d’examiner les modalités de son entrée sur le marché.
D’autres banques étrangères ont manifesté leur intérêt, notamment la plus grande banque du Djibouti, Banque pour le Commerce et l’Industrie Mer Rouge (BCIMR), ainsi que la sud-africaine Standard Bank.
Par ailleurs, des banques du Maroc et des Émirats arabes unis figureraient également parmi les investisseurs potentiels.
Les responsables de la National Bank of Ethiopia ont indiqué que jusqu’à cinq licences pourraient être accordées à des banques étrangères dans les prochaines années, bien que ce chiffre reste à confirmer. Les conditions précises d’accès au marché détermineront le niveau réel de participation étrangère.
La limitation imposée aux investisseurs étrangers, qui ne peuvent pas détenir de participation majoritaire dans les banques éthiopiennes, pourrait constituer un frein. Certains candidats seraient d’ailleurs intéressés par l’obtention de dérogations leur permettant de prendre le contrôle total.
Il sera intéressant d’observer si l’arrivée d’acteurs étrangers entraînera une consolidation du secteur bancaire éthiopien, qui compte actuellement 29 établissements agréés.
Même à l’échelle de l’Afrique de l’Est, Equity Bank et KCB Group sont plus importants que toutes les banques éthiopiennes et disposent d’une expérience plus solide sur des marchés ouverts et concurrentiels. Contrairement à leurs homologues éthiopiens, ils ont également acquis une expérience significative dans plusieurs pays.
Des inquiétudes existent quant à la capacité des banques éthiopiennes à faire face à la concurrence de grands groupes étrangers. Toutefois, Mamo Mihretu, gouverneur de la banque centrale jusqu’en septembre, a affirmé que ces réformes renforceraient au contraire les établissements locaux.
La National Bank of Ethiopia a annoncé en juin 2025 qu’elle était prête à commencer à recevoir des demandes de licences bancaires de la part d’acteurs étrangers. Toutefois, Mamo Mihretu a été remplacé en septembre par Eyob Tekalign.
L’Éthiopie devient progressivement l’un des marchés bancaires les plus prometteurs d’Afrique
Les réformes bancaires sont souvent annoncées en grande pompe, mais mettent généralement du temps à produire des effets concrets. Pourtant, les mesures de déréglementation mises en œuvre en Éthiopie depuis 2018 commencent déjà à attirer les investissements étrangers dans le secteur et à stimuler la croissance des banques locales.
En conséquence, six banques éthiopiennes figurent désormais dans le classement Top 100 African Banks du magazine African Business, contre cinq l’an dernier et seulement deux en 2022.
Trois des banques africaines à la croissance la plus rapide sont éthiopiennes :
- Awash International Bank (+18 places, 50e)
- Dashen Bank (+16 places, 87e)
- Bank of Abyssinia (+17 places, 89e)
La plus grande banque du pays reste toutefois la Commercial Bank of Ethiopia, classée 29e en Afrique, un rang jugé encore inférieur au poids démographique et économique du pays.
Une région en forte dynamique
La progression globale des banques éthiopiennes contribue à faire de l’Afrique de l’Est la région bancaire la plus dynamique du continent, mesurée par le capital Tier 1.
Le taux de bancarisation reste cependant limité : seulement 46 % des adultes disposaient d’un compte bancaire ou mobile en 2022, contre près de 80 % au Kenya, selon la Banque mondiale.
L’accès progresse néanmoins, notamment grâce à des innovations locales.
Innovation et inclusion financière
La Cooperative Bank of Oromia, nouvelle entrée dans le Top 100, cible les agriculteurs et les chaînes agricoles.
Malgré ses 20 ans d’existence, elle compte déjà 745 agences et développe la banque digitale.
Face au manque d’électricité et d’internet dans certaines zones :
- près de la moitié de ses agences sont installées dans des conteneurs
- équipés d’énergie solaire et éolienne
Sa base clients est passée de 700 000 à 13,2 millions en neuf ans, lui permettant de concurrencer les grandes banques.
Ouverture du secteur bancaire
En décembre, le Parlement éthiopien a adopté une loi autorisant les banques étrangères à opérer dans le pays pour la première fois depuis 1974 :
- création de filiales autorisée
- participation jusqu’à 40 % dans les banques locales
La National Bank of Ethiopia a également supprimé l’obligation de déposer 70 % des devises auprès de la banque centrale.
Réformes sous contraintes économiques
Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018, plusieurs secteurs ont été ouverts aux investisseurs étrangers, dont les télécoms (entrée de Safaricom).
Cependant, les réformes ont été ralenties par :
- des tensions sécuritaires (Tigré, Amhara, Oromia)
- une crise macroéconomique
En 2024, le pays a :
- laissé flotter sa monnaie (birr)
- obtenu 3,4 milliards $ du Fonds monétaire international
- engagé une restructuration de 8,4 milliards $ de dette
Le birr a perdu environ un tiers de sa valeur face au dollar.
Réformes financières structurelles
L’Éthiopie dispose désormais d’un régime de change de marché pour la première fois en 50 ans.
Autres avancées :
- lancement de la Ethiopian Securities Exchange
- premières cotations : Wegagen Bank, Gadaa Bank, et Ethio Telecom
Enjeux et risques
- Limite de 40 % de participation étrangère → frein potentiel
- 29 banques locales → risque de consolidation
- Concurrence accrue avec des groupes régionaux plus expérimentés
Malgré les craintes, les autorités estiment que ces réformes renforceront les banques locales.
Un marché à fort potentiel
L’économie éthiopienne a connu une croissance moyenne de 9 % par an sur 20 ans.
Le FMI prévoit encore 7,4 % de croissance annuelle (2025–2030).
Autres atouts :
- inflation en baisse (13,6 % en août 2025 contre 33,9 % en 2023)
- population passée de 30 millions (1980) à 135 millions aujourd’hui
- projection à 225 millions en 2050
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