Chaque Marocain jette en moyenne 113 kg de nourriture par an

Le CESE appelle à l’adoption d’un plan d’action ciblé pour la réduction des pertes et le gaspillage alimentaires
Le Conseil économique, social et environnemental a organisé, le mercredi 11 mars 2026, correspondant au 21 ramadan 1447, une rencontre de communication consacrée à la présentation des conclusions de son avis intitulé : « Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace ».
Dans son allocution d’ouverture, M. Abdelkader Amara, Président du Conseil économique, social et environnemental, a souligné que le choix du Conseil d’étudier cette question tient à l’importance économique, sociale et environnementale croissante des pertes et du gaspillage alimentaires, ainsi qu’aux défis qu’ils soulèvent en matière de modèles de production, de distribution et de consommation alimentaires, afin de garantir une utilisation optimale des ressources et de renforcer leur durabilité pour notre pays. Il a précisé que ce phénomène s’observe tout au long de la chaîne de valeur alimentaire, certaines filières agricoles, notamment les fruits, les légumes et les céréales, enregistrant des pertes comprises entre 20 et 40 % au cours des phases de production, de récolte, de stockage et de transport. Il a également relaté certaines données d’importance, découlant de la participation de citoyennes et citoyens via la plateforme « Ouchariko ».
À cet égard, le Président du CESE a insisté sur la nécessité d’intégrer l’objectif de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires au cœur d’une future stratégie nationale d’alimentation durable, visant à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, à préserver les ressources naturelles, à optimiser les importations alimentaires et à instaurer un modèle alimentaire plus durable, socialement équitable et résilient face aux crises et aligné sur le mode de consommation des Marocains.
De son côté, Mme Mina Rouchati, membre du Conseil et rapporteure de l’avis, a indiqué que les pertes et le gaspillage alimentaires constituent un défi multidimensionnel en raison de leurs impacts économiques, sociaux et environnementaux. Elle a précisé, dans ce cadre, que les données indiquent que les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit 113 kilogrammes par habitant et par an.
Elle a également souligné que, au-delà de leur coût économique qui affecte la disponibilité des produits alimentaires, ces pertes et ce gaspillage exercent une pression accrue sur les ressources naturelles. En effet, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées alimentaires qui n’atteignent pas le stade de la consommation finale.
Recommandations du Conseil
Dans la perspective de l’élaboration d’une stratégie nationale pour des systèmes alimentaires durables, le Conseil économique, social et environnemental propose l’élaboration d’un plan d’action ciblé pour la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, susceptible d’être ultérieurement intégré à cette stratégie. Dans ce sens, un ensemble de recommandations ont été formulées:
Élaborer une loi anti-gaspillage et pertes alimentaires;
clarifier et harmoniser les dates de péremption, en distinguant « à consommer jusqu’au » (sécurité) et « à consommer de préférence avant » (qualité), tout en permettant, lorsque cela est possible, de prolonger la durée de vie des produits ou de supprimer certaines dates jugées inutiles ;
Mettre en place un mécanisme de gouvernance fédérant les ministères, le secteur privé et la société civile, afin de coordonner les actions et assurer la cohérence des interventions de lutte contre les PGA à tous les niveaux;
Créer un observatoire national des PGA chargé de centraliser les données, produire des indicateurs et analyses stratégiques et proposer des mesures correctives adaptées aux réalités locales ;
Développer des infrastructures adaptées de stockage et de transport dans les zones à fort potentiel agricole, notamment des silos hermétiques et des chambres froides solaires, pour prolonger la durée de vie des produits périssables;
Installer, à l’échelle communale, des unités de transformation de proximité, y compris des mini-unités mobiles pour traiter rapidement les récoltes et valoriser localement les produits périssables;
Favoriser les circuits courts et renforcer la régulation des marchés dans l’optique de réduire le nombre d’intermédiaires, limiter les pertes liées au transport et à la logistique et améliorer la rémunération des producteurs;
Inciter et soutenir les entreprises à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution;
Encourager les entreprises intervenant à différents maillons de la chaîne alimentaire à effectuer des dons en nature, portant sur leurs surplus ou sur des produits exposés au risque de perte ou de gaspillage , dans le cadre des incitations fiscales en vigueur;
Développer des applications numériques dédiées à la gestion des stocks, à la traçabilité des produits et à la redistribution rapide des invendus, notamment au profit des réseaux de solidarité et d’action caritative;
Soutenir les solutions citoyennes anti-gaspillage, telles que les frigos solidaires et les applications de dons alimentaires, pour renforcer les actions locales à fort impact social.
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