
En doublant sa production d’« aliments bleus », tels que le poisson, les coquillages, les crustacés et les plantes aquatiques, l’Afrique pourrait réduire son déficit protéique par rapport au reste du monde d’un quart, créer jusqu’à 3,3 millions d’emplois et générer 17 milliards de dollars supplémentaires de PIB, selon un nouveau rapport du World Economic Forum en partenariat avec le Boston Consulting Group (BCG).
Le rapport, intitulé Investing in Blue Foods: Innovation and Partnerships for Impact, montre qu’un investissement ciblé et l’innovation pourraient transformer l’un des secteurs alimentaires les moins développés mais à fort potentiel du continent en un moteur de croissance économique inclusive et durable.
Actuellement, l’Afrique produit 13,1 millions de tonnes d’aliments bleus par an. Cependant, le secteur connaît des pertes et des contraintes importantes : jusqu’à un tiers de la production est perdu après récolte, l’alimentation représente 70 à 80 % des coûts de production (contre environ 60 % au niveau mondial), et les épidémies de maladies peuvent anéantir des récoltes entières. Sans intervention stratégique, le continent risque de prendre du retard : d’ici 2032, l’Afrique pourrait être le seul continent où la consommation par habitant d’aliments bleus diminue, la croissance de la production étant attendue en dessous de celle de la population.
« L’Afrique dispose des ressources, du talent et de la demande pour développer son secteur des aliments bleus », déclare Tolu Oyekan, directeur général et associé chez BCG et responsable de BCG Afrique de l’Ouest. « Mais des chaînes de valeur fragmentées et un sous-investissement continuent de freiner la croissance. Ce rapport décrit des stratégies pour améliorer la productivité, l’échelle et la compétitivité grâce à l’innovation et à une action coordonnée entre les secteurs public et privé. »
L’innovation : moteur d’impact à grande échelle
Le rapport identifie cinq domaines où l’innovation peut améliorer la productivité, la durabilité et la création de valeur :
- Intrants : De nouvelles solutions alimentaires, telles que les larves de mouche soldat noire et les protéines fermentées au méthane, peuvent réduire la dépendance aux importations coûteuses. Au Ghana, des travaux transforment les déchets organiques en aliments aquatiques et en fertilisants riches en protéines. En Égypte et au Kenya, des incubateurs améliorés et des vaccins oraux augmentent les rendements et réduisent les pertes liées aux maladies.
- Production : Les outils pilotés par l’IA pour le suivi en temps réel des poissons et l’alimentation de précision aident les petits exploitants à réduire les pertes et à améliorer le taux de survie. En Afrique du Sud, des diagnostics en direct sont utilisés pour prévenir les pertes. En Égypte et au Bangladesh, des systèmes d’écloserie améliorés ont augmenté la survie des alevins de 30 à 50 %.
- Transformation : Des séchoirs solaires abordables en Ouganda et des systèmes de tri basés sur l’IA au Maroc et au Nigeria améliorent la qualité et la durée de conservation, notamment pour les transformateurs dirigés par des femmes.
- Chaîne d’approvisionnement : Des innovations telles que des chambres froides solaires au Nigeria (ColdHubs) et des tours de contrôle numériques en Afrique de l’Est réduisent le gaspillage et améliorent la logistique, permettant aux petits exploitants d’accéder à des marchés premium.
- Circularité et gestion des déchets : La conversion des déchets en insectes au Ghana et les systèmes de récupération d’équipements pour les pêcheries côtières d’Afrique de l’Ouest créent de nouvelles sources de valeur tout en réduisant la pollution et les pertes de ressources.
Cadre politique et partenariats
Le rapport souligne également la nécessité de cadres réglementaires et partenariaux coordonnés. Les interventions requièrent l’implication des régulateurs, des financiers, des partenaires au développement et du secteur privé afin de concevoir des mécanismes de réduction des risques attirant des capitaux à long terme.
« Le Blue Food Innovation Hub au Ghana rassemble le gouvernement, le secteur privé, le monde académique et la société civile pour coordonner l’innovation et la recherche dans le secteur des aliments bleus », explique Tania Strauss, membre du comité exécutif du World Economic Forum.
Des expériences de pays tels que l’Indonésie, la Chine et la Nouvelle-Zélande montrent qu’une transformation à grande échelle est possible lorsque politiques, financements et écosystèmes d’innovation sont alignés. Le rapport met en avant l’initiative mondiale Food Innovation Hubs du Forum économique mondial comme plateforme pour accélérer ces efforts.
Traiter les aliments bleus comme une infrastructure essentielle
« Pour réaliser le plein potentiel de l’économie des aliments bleus en Afrique, nous devons la considérer comme une infrastructure clé, et non comme un segment de niche », précise Oyekan. « Cela implique d’intégrer les aliments bleus dans les stratégies alimentaires nationales, d’investir dans les chaînes froides et la logistique rurale, et de collaborer avec le secteur privé pour étendre les approches réussies. » bizcommunity
Le rapport complet est disponible en téléchargement.



