Crise Iran–USA : Au large du Maroc, le USS Gerald R. Ford se rapproche de Gibraltar

L’Iran et les États-Unis ont accentué jeudi leur « diplomatie de la canonnière », alors que les négociations nucléaires entre les deux pays restent incertaines. Téhéran a mené des exercices militaires avec la Russie, tandis que Washington a rapproché un second porte-avions du Moyen-Orient.
Les manœuvres iraniennes et l’arrivée du porte-avions USS Gerald R. Ford près de l’entrée de la Méditerranée illustrent la montée des tensions. Plus tôt cette semaine, l’Iran avait également lancé un exercice à balles réelles dans le détroit d’détroit d’Hormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial.
Le déploiement de navires et d’avions militaires américains supplémentaires ne signifie pas nécessairement une frappe imminente contre l’Iran, mais il offre au président Donald Trump la capacité d’en ordonner une s’il le décide. Jusqu’à présent, il s’est abstenu d’attaquer, malgré ses « lignes rouges » concernant la répression de manifestants pacifiques et les exécutions massives en Iran, tout en relançant des discussions nucléaires interrompues par la guerre Iran-Israël en juin.
Dans un message publié sur Truth Social, Trump a évoqué la possibilité pour les États-Unis d’utiliser la base de Diego Garcia ainsi qu’un aérodrome à Fairford, au Royaume-Uni, pour contrer une éventuelle menace iranienne, exerçant au passage une pression diplomatique sur Londres dans le contexte du règlement du dossier des îles Chagos avec Maurice.
Exercices conjoints irano-russes
Selon l’agence officielle IRNA, les forces iraniennes et des marins russes ont conduit des opérations dans le golfe d’Oman et l’océan Indien, dans le cadre de l’exercice baptisé « Security Belt ». L’objectif affiché est de renforcer la coordination opérationnelle et l’échange d’expériences militaires. Les années précédentes, la Chine avait également participé à ces exercices, sans qu’une implication soit confirmée cette fois-ci.
Ces derniers jours, un navire ressemblant à une corvette russe de classe Steregushchiy a été observé dans le port militaire iranien de Bandar Abbas. L’Iran a par ailleurs émis un avertissement aérien signalant des tirs de roquettes et de missiles antinavires prévus dans le cadre des manœuvres.
Des données de suivi maritime montraient mercredi le USS Gerald R. Ford au large du Maroc, dans l’Atlantique, suggérant un possible transit par Gibraltar vers la Méditerranée orientale, accompagné de destroyers lance-missiles. Un tel déploiement permettrait aux forces américaines de renforcer la protection d’Israël et de la Jordanie en cas d’escalade régionale.
Contestation intérieure en Iran
En parallèle, l’Iran fait face à une contestation persistante. Des cérémonies de deuil marquant les 40 jours après la mort de manifestants tués par les forces de sécurité ont rassemblé des foules, notamment au cimetière Behesht-e Zahra à Téhéran. Certaines commémorations ont donné lieu à des slogans antigouvernementaux, malgré les menaces des autorités.
Les manifestations ont débuté le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran, initialement en réaction à l’effondrement du rial, avant de s’étendre à l’ensemble du pays. Les tensions ont culminé le 8 janvier, à la suite d’appels à manifester lancés par le prince héritier en exil Reza Pahlavi.
Le gouvernement iranien a fait état de 3 117 morts. L’ONG Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis, avance pour sa part un bilan dépassant les 7 000 morts, un chiffre impossible à vérifier de manière indépendante.
Ainsi, entre pressions militaires extérieures et fragilité intérieure, la République islamique évolue dans un contexte explosif, où chaque mouvement naval ou déclaration politique peut peser sur l’équilibre déjà précaire des négociations nucléaires.
The Associated Press




