Maroc : le marché automobile portugais grimpe à deux chiffres

Malgré une baisse de 4,8 % sur l’ensemble des marchés, le Maroc reste un relais stratégique pour les ventes de composants auto portugais én 2025.
Commentaire du Président de l’AFIA sur les exportations portugaises
Les exportations portugaises de biens ont résisté aux tensions géopolitiques et au nouveau contexte tarifaire instauré par l’administration Trump aux États-Unis, enregistrant une légère croissance de 0,5 % en 2025 par rapport à 2024, pour atteindre 79,3 milliards d’euros, un record en termes nominaux (sans ajustement pour l’inflation). Cependant, le déficit commercial s’est aggravé pour atteindre 32,1 milliards d’euros. Une analyse détaillée des chiffres publiés cette semaine par l’Institut National de Statistique (INE) montre des comportements différenciés selon les marchés et les produits.
Baisse des exportations vers les États-Unis
Le point négatif revient aux États-Unis, avec un recul de 13,4 % des exportations, dû :
- à la politique protectionniste de Donald Trump,
- à l’arrêt des opérations de la raffinerie de Sines, entraînant une forte baisse des ventes de produits pétroliers.
D’autres produits ont également souffert des hausses tarifaires, notamment :
- les instruments et appareils,
- les métaux communs et leurs ouvrages.
Les États-Unis restent le quatrième marché d’exportation pour le Portugal, mais ont perdu en importance : 5,8 % du total en 2025 contre 6,7 % en 2024.
L’Allemagne et la reprise des exportations
À l’inverse, l’Allemagne se distingue en renforçant sa position de deuxième marché d’exportation portugais, derrière l’Espagne, représentant près de 14 % du total.
Malgré le manque de dynamisme de l’économie allemande, les exportations portugaises ont augmenté de 14,5 % en 2025, tirées par :
- les produits des industries chimiques et connexes, notamment pharmaceutiques, presque doublés à 2,5 milliards d’euros,
- les machines et appareils, en croissance notable.
Dans le secteur de la métallurgie, qui termine l’année avec un record de 24,2 milliards d’euros et quatre mois parmi les dix meilleurs de tous les temps, Rafael Campos Pereira, vice-président de l’association sectorielle AIMMAP, souligne l’exemple allemand :
« Nous nous imposons comme des partenaires fiables. Même si l’Allemagne achète moins globalement, elle achète plus aux Portugais. Cela montre l’efficacité de notre stratégie. »
L’Angola, un marché redécouvert
Après une période difficile, l’Angola a été « redécouvert » par les exportateurs portugais, réintégrant le top 10 des marchés principaux, avec une croissance des exportations de 6,1 %, portée par :
- la métallurgie,
- l’industrie alimentaire et boissons, notamment le vin, intégré au programme de promotion internationale.
L’essor des produits pharmaceutiques
Deolinda Silva, directrice exécutive de PortugalFoods, souligne :
- l’importance de travailler sans relâche,
- la recherche de nouveaux marchés, sans négliger les États-Unis, le Brésil (intérêt accru via l’accord Mercosur), et l’Allemagne (opportunités dans le segment premium).
Parmi les produits exportés, l’huile d’olive, le vin, les fruits et légumes, le poisson, mais aussi la boulangerie et la pâtisserie, gagnent des parts de marché, dépassant largement le simple « pastel de nata ».
En termes de catégories de biens :
- Machines et appareils : +5,9 %, 15,6 % de part de marché
- Industries chimiques (médicaments inclus) : +25 %, passant de la 5ᵉ à la 3ᵉ place nationale
Augusto Mateus, économiste et ancien ministre de l’Économie, explique :
« La priorité de l’Europe à garantir des produits pharmaceutiques à moindre coût a créé des opportunités. »
Et Joaquim Cunha, directeur exécutif du Health Cluster Portugal, ajoute :
« Malgré la volatilité, l’Allemagne a dépassé les États-Unis comme premier marché de l’industrie pharmaceutique au troisième trimestre. »
Défis dans d’autres secteurs
- Les produits minéraux, notamment pétroliers, ont chuté de 21,6 %, reléguant le secteur de la 3ᵉ à la 8ᵉ position.
- D’autres secteurs ont enregistré des baisses : pâtes de bois ou papier (-6,5 %), textiles (-0,8 % à 5,49 milliards d’euros).
Xavier Leite, PDG de Têxteis Penedo, entreprise spécialisée dans le textile-habitat à Guimarães :
« L’incertitude sur certains marchés, surtout aux États-Unis, où nous avons perdu 20 % de notre activité, montre qu’il est crucial de diversifier les marchés. »
L’entreprise s’oriente vers la Corée du Sud, le Japon, la Chine, le Vietnam et l’Inde, sur des produits haut de gamme différenciés.
Commerce international et déficit commercial
Augusto Mateus souligne :
- Les problèmes structurels du commerce international portugais entraînent un déficit important, les importations surpassant largement les exportations.
- De nombreux secteurs exportateurs ont un fort contenu importé, ce qui pénalise le solde commercial : automobile, électronique, chimie et métallurgie.
Recentrer les exportations
La reconfiguration des chaînes de valeur mondiales complique l’exportation :
- L’industrie automobile et composants dépend majoritairement de l’Europe, où le secteur connaît des difficultés, la Chine prenant la tête du marché des véhicules électriques.
- José Couto, président de l’AFIA, indique que malgré des croissances à deux chiffres sur certains marchés (Roumanie, Maroc, Turquie), les exportations totales de composants ont chuté de 4,8 %, à 12,6 milliards d’euros.
Les marchés deviennent plus fragmentés, avec moins de règles universelles et plus de règles bilatérales, avantageant les économies de plus grande taille. Les fluctuations de change renforcent le poids de l’UE, mais limitent le potentiel de croissance.
Enfin, Augusto Mateus conclut :
« Notre modèle exportateur est trop centré sur la production. Il devrait intégrer davantage le design, les marques, les services associés, les boutiques physiques et digitales, pour cibler une demande plus sophistiquée et à plus forte valeur ajoutée. Cela nécessitera des réformes et des incitations plus ciblées. »



