Croissance Verte

L’UE veut interdire toute destruction d’invendus textiles d’ici 2030

La Commission européenne a décidé lundi d’interdire aux entreprises textiles de détruire leurs invendus de vêtements et chaussures, sauf exceptions. Elle espère ainsi les pousser à revoir leur modèle d’affaires. Mais certains défenseurs de l’environnement se montrent sceptiques.

Cette interdiction s’appliquera dès le mois de juillet 2026 pour les grands groupes, et dès l’été 2030 pour les entreprises de taille moyenne. Selon l’UE, elle contribuera « à réduire les déchets, à limiter les atteintes à l’environnement et à garantir des conditions de concurrence équitables pour les entreprises », et permettra au secteur textile « d’accélérer sa transition vers des pratiques plus circulaires » afin d’en réduire les effets néfastes sur l’environnement.

Ces effets ont été mesurés: chaque année en Europe, entre 4 et 9% des textiles invendus sont détruits avant même d’avoir été portés, selon l’Agence européenne pour l’environnement. Cela représente jusqu’à 600’000 tonnes de textiles détruits par année, qui génèrent 5,6 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de cinq millions et demi de trajets Paris-New York en avion.

Réponse aux « préoccupations croissantes » des consommateurs

Des exceptions seront autorisées dans des cas spécifiques, comme les risques pour la sécurité des consommateurs, ou lorsqu’il s’agit de produits endommagés. Mais les producteurs devront indiquer quelle quantité de vêtements et de chaussures ils détruisent.

La Commission veut aussi une plus grande transparence au niveau de la production. A partir du mois de février de l’année prochaine, chaque société devra divulguer les volumes qu’elles émettent. Dans cette optique, les nouvelles mesures introduisent un format harmonisé permettant de déclarer, de la manière la plus simple possible et sans charge administrative supplémentaire, les volumes d’invendus éliminés.

« Cette initiative répond aux préoccupations croissantes des consommateurs concernant les déchets textiles, en raison des impacts environnementaux et sociaux de la fast fashion« , justifie enfin l’UE, qui espère ainsi inciter les entreprises à revoir en profondeur leurs modèles d’affaires.

Transfert de responsabilité

Mais Mathilde Pousseo, déléguée générale du collectif Ethique sur l’Etiquette, craint que les groupes textiles ne déversent simplement leurs excédents sur le secteur caritatif. Or, « il y a une très grave crise du textile en Europe », prévient-elle. Par conséquent, les organisations caritatives n’en peuvent plus, indique-t-elle: elles n’ont plus la capacité de trier et les habits récupérés sont de si mauvaise qualité qu’il est impossible de les vendre assez cher pour faire tenir un modèle économique.

« Donc je ne crois pas une seconde à la régulation ‘naturelle’, et j’ai très peur que les organismes caritatifs continuent d’être complètement noyés sous les invendus », poursuit-elle. « Ça transfère également la responsabilité de la destruction sur les organisations caritatives. »

rtsinfo

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