Maroc: Pour un modèle national de justice sociale et de résilience

Le chantier de généralisation de la protection sociale constitue un choix stratégique impulsé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dans le but d’édifier un État social de nouvelle génération qui fait de l’élément humain la finalité des politiques de développement, a souligné, lundi à Rabat, le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara.
Intervenant à l’ouverture de la 10è édition du Forum parlementaire international sur la justice sociale, tenue sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI sous le thème “La justice sociale dans un monde en mutation : la nécessité de politiques équitables pour des sociétés plus résilientes”, Amara a noté que le Maroc avance avec assurance sur la voie de la consécration de la protection sociale comme un droit effectif et non pas comme un privilège conjoncturel.
Selon le président du CESE, les efforts soutenus déployés par le Royaume et les grandes réformes réalisées soulignent aujourd’hui l’urgence d’élaborer un modèle national intégré pour la justice sociale visant à renforcer la résilience, à faire de la protection sociale un levier d’autonomisation et à ériger l’équité en base de la stabilité et du développement durable.
Le Conseil estime que ce modèle devrait reposer sur quatre piliers, à savoir la définition d’objectifs clairs plaçant le citoyen au cœur des différents programmes, l’adoption de critères d’évaluation clairs et objectifs pour assurer l’efficacité des politiques sociales de l’État, la mise en convergence des politiques publiques en rapport avec la justice sociale et l’optimisation des mécanismes de financement pour pérenniser ledit modèle, a-t-il expliqué.
Malgré les réalisations accomplies, de véritables défis restent à relever pour réussir la mise en œuvre de ce chantier sociétal, a signalé Amara, ajoutant que la protection sociale, aussi importante soit-elle, ne peut à elle seule assurer la résilience de la société, celle-ci étant tributaire d’un ensemble de facteurs qui renforcent la capacité de l’élément humain à s’adapter aux mutations, à saisir les opportunités et à supporter les chocs.
Relevant que la résilience des sociétés n’est plus un choix mais une nécessité stratégique qui passe par des politiques publiques inclusives, équitables et durables, le président du CESE a indiqué que cette résilience ne se mesure pas seulement à l’aune du potentiel de développement des sociétés, mais aussi à leur capacité à assurer la protection des individus en temps de crise et à leur garantir dignité et égalité des chances.
Pour construire des sociétés plus résilientes, il est impératif de valoriser le capital humain, protéger les catégories vulnérables, accélérer la mise en œuvre de la régionalisation avancée, en plus de promouvoir le tiers-secteur représenté par l’économie sociale et solidaire, a insisté Amara, plaidant également pour la diversification du tissu économique afin d’intégrer les différentes activités productrices et pour la promotion de l’innovation et de la recherche scientifique.
Il s’agit aussi, a-t-il poursuivi, d’accélérer la transformation numérique, de stimuler l’emploi et de renforcer la sécurité alimentaire et hydrique en tant que vecteur de résilience aux changements climatiques, tout en développant les mécanismes d’adaptation à ces changements.
Les travaux du 10è Forum parlementaire international sur la justice sociale se déclinent en trois axes majeurs, à savoir “La justice sociale dans le sillage des mutations mondiales”, “L’équité et la protection sociale : des politiques inclusives pour des sociétés résilientes” et “La gouvernance parlementaire de la justice sociale : législation, contrôle et évaluation d’impact”. MAP
Le chantier de généralisation de la protection sociale, un choix stratégique impulsé par le Roi
• La résilience des sociétés ne se mesure plus uniquement à leur capacité de croissance et de progrès, mais aussi aux mécanismes dont elles disposent pour protéger leurs citoyens en temps de crise, garantir leur dignité, l’égalité des chances et l’équité.
• Partant de ce principe, la justice sociale n’est pas seulement un objectif en soi, mais un processus continu et une réforme ouverte qui interagit avec les mutations et anticipe les risques.
• Dans notre pays, le chantier de généralisation de la protection sociale constitue l’une des manifestations les plus marquantes de ce choix, dont Sa Majesté le Roi Mohammed السادس (VI), que Dieu l’assiste, a jeté les bases stratégiques dans le cadre de l’édification d’une « État social de nouvelle génération », plaçant l’humain au centre et comme finalité de toutes les politiques de développement.
• Dans ce contexte, un système multidimensionnel intégré a été adopté, amorcé par la publication de la loi-cadre n° 21.09 relative à la protection sociale en 2021, suivie de programmes et de mesures exécutives ayant permis d’atteindre des acquis concrets soulignés par les chiffres officiels, notamment :
- L’AMO (Assurance Maladie Obligatoire) : le taux d’immatriculation a atteint environ 88%, contre moins de 60% en 2020.
- « AMO-Tadamoun » : 11 millions de citoyennes et citoyens issus de familles démunies en bénéficient.
- Aide Sociale Directe : environ 4 millions de familles nécessiteuses bénéficient du programme de soutien financier direct.
• Ce sont des indicateurs qui confirment que le Maroc avance à pas fermes pour faire de la protection sociale un droit effectif et non un privilège conjoncturel. C’est un projet structurel nécessitant une vision à long terme et des études actuarielles précises pour garantir sa pérennité et son efficacité.
• Malgré les accomplissements, des défis réels subsistent pour parachever la mise en œuvre optimale de ce chantier sociétal, afin qu’il atteigne pleinement ses objectifs humains et de développement.
• Dans ce cadre, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) participera à la deuxième session thématique de ce forum avec un exposé détaillé mettant en lumière les différentes dimensions de cette réforme.
• La protection sociale, malgré son importance, ne peut constituer à elle seule le socle de la résilience. La véritable résilience, selon les avis du CESE, repose sur un système intégré de piliers permettant à l’humain d’accompagner les mutations, de saisir les opportunités, de supporter les chocs et de s’adapter aux aléas de la vie.
• De ce fait, l’édification de sociétés plus résilientes nécessite de renforcer les facteurs et conditions essentiels d’immunisation contre les risques et les crises, considérés comme des piliers vitaux pour la protection des individus et de la société.
• Parmi ces piliers majeurs :
- La valorisation du capital humain : par l’instauration d’un système d’éducation et de formation accessible, inclusif, flexible et adapté aux exigences du marché du travail et aux évolutions technologiques, garantissant l’insertion professionnelle et renforçant l’employabilité.
- La protection des catégories vulnérables : notamment par le développement de l’Économie du Care (Soin) et de la Silver Economy (Économie des seniors) comme leviers d’inclusion sociale, et la création d’opportunités d’emploi durables, parallèlement au renforcement du système de soutien monétaire direct basé sur un ciblage précis et évolutif.
- L’accélération de la régionalisation avancée : pour faire des territoires des espaces de création de richesse et de réduction des disparités sociales et spatiales.
- La promotion de l’Économie Sociale et Solidaire (Le Tiers-Secteur) : qui offre des alternatives durables pour lutter contre la pauvreté et favoriser l’inclusion économique.
- La diversification du tissu économique : par des mesures fiscales et réglementaires facilitant l’intégration du secteur informel vers le formel.
- La promotion de l’innovation et de la recherche scientifique : pour accompagner les grandes transformations au service du développement.
- L’accélération de la transition numérique : par l’adoption des technologies digitales et de l’Intelligence Artificielle au service de l’inclusion, du désenclavement des zones reculées et de la promotion de l’emploi.
- La sécurité hydrique et alimentaire : pilier essentiel de la résilience face aux changements climatiques, par des approches proactives de qualification et d’adaptation.
• À la lumière des efforts continus et des grandes réformes réalisées par notre pays, un besoin urgent émerge aujourd’hui pour élaborer un modèle national intégré de justice sociale. Ce modèle doit reposer sur quatre piliers structurels :
- La définition d’objectifs clairs : placer le citoyen au cœur des programmes pour réduire l’exclusion, la pauvreté et les inégalités de revenus, tout en renforçant l’employabilité des jeunes et des femmes et en garantissant une retraite digne.
- L’adoption de critères d’évaluation précis : mesurer l’efficacité des politiques publiques sur la base de l’équité et de la traçabilité, via des organismes indépendants pour renforcer la confiance entre le citoyen et l’État.
- La garantie de la convergence des politiques publiques : pour augmenter l’efficacité des mesures, comme coupler la couverture santé au renforcement des infrastructures médicales et à la formation des ressources humaines.
- L’amélioration des mécanismes de financement : pour assurer la pérennité du modèle via l’élargissement de l’assiette fiscale (intégration de l’informel) et le recours aux financements innovants et aux partenariats public-privé.



