Washington propose une union dans les minerais critiques pour contrer la Chine

Le vice-président américain JD Vance a présenté mercredi un projet visant à créer un bloc commercial dédié aux minerais critiques qui fixerait des prix planchers coordonnés, Washington intensifiant ses efforts pour affaiblir l’emprise de la Chine sur les matériaux essentiels à la fabrication de produits de haute technologie.
Ces annonces font suite au lancement par le président Donald Trump, lundi, d’une réserve stratégique de minerais critiques (« Projet Vault ») soutenue par un financement initial de 10 milliards de dollars de la part de la Banque d’import-export des États-Unis et de 2 milliards provenant de fonds privés.
La Chine utilise son emprise sur le traitement de nombreux minerais comme levier géoéconomique en limitant parfois ses exportations, en faisant baisser les prix et en entravant les tentatives d’autres pays visant à diversifier leurs sources d’approvisionnement en matériaux utilisés dans les semi-conducteurs, les smartphones, les véhicules électriques ou encore les armes de pointe.
Instaurer des prix planchers
« Nous voulons mettre fin à l’afflux de minerais critiques à bas prix qui pénalisent nos fabricants », a déclaré JD Vance lors d’une réunion de ministres en visite à Washington, sans toutefois mentionner explicitement la Chine.
Washington souhaite établir un mécanisme international afin de garantir l’approvisionnement de ces composants essentiels à l’innovation technologique, à la puissance économique et à la sécurité nationale.
Cet « Accord sur le commerce des minerais critiques » prévoit en particulier de fixer des prix planchers et la mise en place d’une zone commerciale préférentielle.
Washington espère ainsi débloquer les investissements privés dans les projets d’exploitation minière et de transformation ayant du mal à rivaliser avec les capacités chinoises, moins coûteuses.
Leviers politiques
L’année dernière, le renforcement des contrôles à l’exportation des terres rares par Pékin a entraîné des retards et des arrêts de production pour les constructeurs automobiles en Europe et aux États-Unis, tandis que la surabondance de lithium générée par la Chine a bloqué des projets de développement aux États-Unis.
Cette dépendance inquiète Washington et ses partenaires, qui s’efforcent depuis des années de mettre en œuvre des politiques favorisant des alternatives durables pour l’extraction et le traitement du lithium, du nickel, des terres rares et d’autres minerais essentiels.
La réunion de mercredi illustre la volonté plus globale des États-Unis de travailler avec leurs partenaires pour contrer la domination de la Chine dans ce secteur en coordonnant leurs outils politiques, alors même que Donald Trump irrite ses alliés avec ses droits de douane.
La Corée du Sud, l’Inde, la Thaïlande, le Japon, l’Allemagne, l’Australie et la République démocratique du Congo faisaient partie des 55 pays représentés lors de cette réunion.
Reuters/cab
Les terres rares
Les minerais dits critiques ou stratégiques – une désignation non scientifique – incluent des dizaines de matériaux dont le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et le lithium.
Parmi eux figurent aussi les terres rares, une catégorie bien définie de 17 éléments métalliques dont la chaîne de production est largement dominée par la Chine.
Les terres rares sont par exemple présentes dans chaque smartphone ou dans les véhicules à moteurs thermiques.
Partenariat USA/UE/Japon
Les Etats-Unis ont déjà signé des accords bilatéraux sur les minerais critiques avec plusieurs pays mais entendent construire une coalition d’alliés, soucieux également de diversification.
Les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) et le Japon ont d’ailleurs annoncé à cette occasion mettre en place un partenariat stratégique visant à améliorer leurs approvisionnements en minéraux critiques.
Eux-mêmes très en retard, malgré l’étendue et la richesse de leur territoire, les Etats-Unis vont créer une réserve de terres rares d’une valeur de 12 milliards de dollars afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine. rtsinfo
La Corée du Sud présidera le FORGE (Forum sur l’engagement géostratégique en matière de ressources) jusqu’en juin. Cette nouvelle initiative multinationale, promue par les États-Unis, vise à renforcer la coopération avec les alliés sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, dans le cadre des efforts déployés par Washington pour contrer la domination de la Chine dans ce secteur. Le département d’État américain l’a annoncé à l’issue de la première réunion des ministres des Affaires étrangères sur les minéraux critiques, qui s’est tenue hier à Washington. L’initiative a pour objectif de renforcer et de diversifier les chaînes d’approvisionnement en minéraux essentiels à la production de technologies de pointe, tant militaires que civiles.
Selon le Département d’État, sous la présidence sud-coréenne, l’initiative Forge prendra des mesures audacieuses et décisives pour relever les défis du marché mondial des minéraux critiques. Les pays participants collaboreront aux niveaux politique et opérationnel afin de bâtir des chaînes d’approvisionnement plus diversifiées, résilientes et sûres. Forge s’appuie sur l’expérience du précédent Partenariat pour la sécurité minière (PSM), également présidé par la Corée du Sud, et représente une évolution de ce partenariat, avec une coordination plus structurée entre les pays participants. AN



