Étude: la Ritaline n’agit pas là où on le pensait dans le cerveau

La Ritaline aide‑t‑elle vraiment à se concentrer? Une étude publiée dans la revue Cell apporte une réponse inattendue. Le médicament, couramment prescrit pour traiter le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), agit bien sur le cerveau, mais pas dans les zones que l’on croyait impliquées dans l’attention.
Selon cette étude, la Ritaline n’active pas les circuits cérébraux de l’attention, mais ceux liés à l’éveil, à la vigilance et à la récompense. En clair, elle permet de rester plus longtemps sur une tâche, même répétitive ou ennuyeuse, sans pour autant agir directement sur les zones du cerveau qui gèrent l’attention.
Ces résultats reposent sur l’observation, sur plusieurs années, du développement du cerveau de milliers d’enfants. Ils rejoignent les travaux du neuropsychologue québécois Joël Monzée, qui appelle depuis longtemps à faire preuve de prudence dans le diagnostic du TDAH.
« Quand des enfants ou des adolescents prennent de la Ritaline, cela les amène à se concentrer sur des tâches qui n’ont pas de sens pour eux et qui ne les intéressent pas. Ce type d’attention répond alors surtout à des attentes de performance scolaire ou comportementale », explique‑t‑il dans La Matinale.
Selon lui, la Ritaline est « très proche d’un point de vue physiologique de la cocaïne ». Dès lors, juge‑t‑il, il est « logique que l’étude démontre » une action « sur le système de la récompense et non sur celui de l’attention ».
Quand l’école façonne la lecture des symptômes
Pour le neuroscientifique, il ne s’agit ni de culpabiliser, ni de diaboliser la Ritaline. Le risque, selon lui, est surtout de confondre un trouble neurodéveloppemental avec une difficulté d’adaptation au cadre scolaire ou social.
« Comme notre mode de vie est de plus en plus complexe, que le système d’apprentissage est de plus en plus difficile et que nos familles sont de plus en plus bousculées, certains jeunes répondent de moins en moins aux stratégies pédagogiques. On va malheureusement trop vite vers une hypothèse de trouble neurodéveloppemental d’origine génétique », souligne-t-il.
Selon lui, nous allons trop vite vers « une hypothèse de trouble neurodéveloppemental d’origine génétique », parce que « nous nous intéressons beaucoup trop au comportement que nous avons associé au TDAH », alors que « cela peut s’expliquer autrement ».
D’autant que des symptômes identiques à ceux du TDAH peuvent avoir des causes très différentes: l’exposition aux écrans, le manque de sommeil, des difficultés familiales, l’alimentation ou des troubles respiratoires nocturnes. Avec, à la clé, un risque de surdiagnostiquer certains enfants et d’oublier que, derrière un enfant qui bouge ou qui décroche, il n’y a pas toujours un trouble, mais souvent un contexte.
rtsinfo




